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©Posteriori/Shutterstock

Alors que le climat social se dégrade dans un nombre croissant de pays, l’euphorie sur les places financières se poursuit.

Les investisseurs semblent prendre acte du caractère durable de l’argent facile fourni par les banques centrales, elles mêmes soulagées par l’absence d’inflation. Cette faiblesse des prix est devenue un sujet de préoccupation pour la Réserve Fédérale (Fed), au même titre que le ralentissement du rythme des créations d’emplois et l’atonie des dépenses d’investissement. Ces risques ne suffisent toutefois pas à faire basculer l’économie des États-Unis dans la récession. Économie que Jérôme Powell a décrit comme « généralement bonne » à l’occasion d’un discours prononcé à la Greater Providence Chamber of Commerce. Peut-on lui donner tort, sachant que la deuxième estimation des comptes nationaux a montré que le PIB avait progressé bien plus rapidement qu’anticipé (à 2,1% en rythme annualisé contre 1,9% initialement annoncé) ?

Attention cependant à ne pas crier victoire trop vite car ce relèvement de la croissance du 3T 2019 peut avoir un effet de balancier au 4T 2019, déjà affaibli par la longue grève chez General Motors. Même si le travail a repris chez le premier constructeur automobile américain, la longueur de la grève devrait pénaliser l’activité dans son ensemble. En effet, la consommation a montré des signes d’essoufflement avec une progression décevante des revenus (+0% en octobre contre une attente de +0,3% par le consensus) et du revenu disponible (-0,1% sur le mois d’octobre, première baisse en 10 mois). Cela devrait se traduire par un ralentissement plus prononcé de l’activité américaine comme semble le suggérer la faible progression actuelle de l’indicateur de la croissance instantanée développé par la Fed d’Atlanta (+1% anticipé pour le 4T2019).

Les investisseurs ont semblé faire fi de ces déceptions. Ils n’ont pas accordé non plus trop d’importance à la résurgence des tensions entre la Chine et les États-Unis, après la signature par Donald Trump de la loi votée par le Sénat américain soutenant les « droits de la personne et la démocratie » à Hong Kong. Signature qui a provoqué l’ire de Pékin. Nous avons même vu la volatilité s’écrouler de manière très surprenante au Japon (-5,34 points de pourcentage, à 14.37% sur le Nikkei). Au final – sur la semaine – les indices américains (S&P 500 : +1,2% à 3 144) ont une nouvelle fois surperformé les indices européens (EuroStoxx 50 : +0.27% à 3 700 points). Cette surperformance peut s’expliquer en grande partie par la fermeture des places américaines (Thanksgiving Day) au moment où les autres baissaient. Elle peut également s’expliquer par un contexte macroéconomique et politique plus morose de ce côté de l’Atlantique.

Ainsi, la défaite du ministre des Finances et vice-chancelier Olaf Scholz lors des élections du SPD fait craindre la fin de la grande coalition (GroKo) actuellement au pouvoir à Berlin. Un sondage récent montrait qu’une majorité clairement à gauche - conduite par les Verts, De Linke et le SPD - pouvait émerger, ce qui pourrait laisser sous-entendre une relance budgétaire d’envergure dans la zone Euro. Cette perspective n’a cependant pas nui à la progression des taux allemand ni à celle de l’euro.

Karamo KABA, Directeur des études économiques