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« Peut mieux faire »

©WernerRebel/Shutterstock

L’Article 173 de la loi sur la transition énergétique du 17 août 2015 s’adresse à plus de 840 investisseurs institutionnels (mutuelles, sociétés de gestion, banques, compagnies d’assurance, etc.) désormais tenus de publier avec transparence leur intégration des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans leurs opérations d’investissement.

Ces derniers doivent indiquer la part verte de leurs portefeuilles, mais aussi la contribution de leurs investissements dans la lutte contre le changement climatique et comment ils favorisent la transition énergétique. Depuis trois ans, Novethic analyse ces rapports 173 pour les cent plus gros investisseurs institutionnels. Cette année, 72 d’entre eux – représentant 2 330 milliards d’euros d’encours sous gestion – ont accepté de se prêter au jeu. Pour sa directrice générale, Anne-Catherine Husson-Traore, l’étude montre que l’interprétation de cette réglementation fonctionne à deux vitesses : « d’un côté les plus engagés sophistiquent chaque année un peu plus leur stratégie climatique et, de l’autre, des institutions se contentent de calculer leur empreinte carbone ou, pire, restent aux abonnés absents. »

Un des objectifs du législateur dans la mise en place de cette obligation de reporting était de faire prendre conscience aux grands investisseurs français des émissions carbone générées par leurs investissements, de leur inculquer une culture du risque climatique et de les inciter à aligner progressivement leurs portefeuilles sur une trajectoire 2 degrés. Mais, sans sanction prévue par la loi, nombre d’entre eux continuent d’ignorer l’urgence climatique et son impact sur leur activité. Un dixième du panel se contente donc de déclarer ne pas prendre en compte les critères ESG ou se sont arrêtés à un unique premier rapport en 2016.

Quant aux autres, une grande partie se limite à publier une empreinte carbone, indicateur peu ambitieux au regard de l’objectif de maîtrise du réchauffement, puisque ce chiffre ne représente qu’une photographie instantanée de l’impact des portefeuilles gérés en termes d’émissions de CO2.

Faut-il pour autant rejeter cette réglementation ? Non, car elle permet de déceler quelques comportements ambitieux. Ainsi 25 investisseurs du panel ont adopté une stratégie climat que l’on peut décliner en quatre mécaniques possibles : une sélection soit positive qui investit dans des valeurs performantes sur l’empreinte carbone, soit négative qui réduit la part des émetteurs les plus carbo-intensifs ; la recherche de la neutralité carbone ; la réduction des émissions en valeur absolue ; la rénovation thermique du patrimoine immobilier.

L’étude montre que la part des investissements verts croît (+8,6 milliards d’euros par rapport à 2017) mais ne compte au total que pour 1,41% des actifs. A l’opposé, les politiques d’exclusion mises en place concernant le charbon et les énergies fossiles (la part brune des investissements) ont conduit à 617 millions d’euros de désinvestissements, en accélération par rapport aux 124 millions d'euros de l’exercice précédent.

De plus, plusieurs investisseurs déclarent muscler leur engagement actionnarial. Douze investisseurs français du panel sont membres de l’initiative Climate Action 100+ qui cible les entreprises les plus carbo-intensives du monde.

Novethic constate également la montée en puissance du calcul de la température des portefeuilles. Si cette mesure très simple à comprendre pour le non spécialiste concerne plus du tiers des encours totaux du panel, force est de reconnaître qu’elle repose sur une base scientifique balbutiante et comporte donc une marge d’incertitude très forte.

Au-delà de ces incertitudes méthodologiques, aucun investisseur ne se targue d’aligner son portefeuille sur une trajectoire 2°C car, en moyenne, la transformation des entreprises est très en retard au regard des objectifs de l’Accord de Paris. Ce « challenge » constitue cependant tout l’enjeu des années à venir pour éviter l’emballement de la température de notre planète.