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Les agences de notation financière, sanctuaire des agences de notation extra-financière ?

©Shutterstock / Number1411

Le temps où les agences de notation ne s’intéressaient qu’aux données financières est désormais révolu.

Le temps où les agences de notation ne s’intéressaient qu’aux données financières est désormais révolu. Bonne nouvelle, les risques environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) commencent à influencer les notations de la qualité de crédit des émetteurs.

Le point de départ est vraisemblablement constitué par les Principes de l’Investissement Responsable (PRI) lancés en 2006 par l’ONU et signés par près de 2 400 gestionnaires (dont Ecofi Investissements) avec 86 000 milliards de dollars d’encours. Le préambule du troisième principe des PRI demande en effet aux investisseurs institutionnels de prendre en compte les comportements ESG des entreprises dans leurs décisions d’investissement pour respecter leur devoir fiduciaire vis-à-vis des intérêts à long terme de leurs clients.

De son côté, la Commission européenne a publié en 2018, une feuille de route visant à « dynamiser le rôle de la finance dans la mise en place d’une économie qui, tout en étant performante, servirait les objectifs environnementaux et sociaux ». Et Edouard Philippe, le 9 juillet de cette année, lors du Forum de Paris Europlace rappelait : « Celui qui parviendra à imposer ses valeurs imposera sa vision. Pour nous, c’est un combat. »

L’Europe a ainsi été pionnière dans l’émergence des agences de notation extra-financière au tournant des années 2000, avec notamment Vigeo (France), Oekom (Allemagne), Sustainalytics (Pays-Bas) et Eiris (Royaume-Uni). Mais, le combat récent évoqué par notre Premier ministre, a largement tourné en faveur du continent américain. En avril 2019, VigeoEiris, le leader français de l’extra-financier, a été acquis par l’agence de notation américaine Moody’s. Le géant du conseil en politique de vote Institutional Shareholder Services (ISS) a acquis le suédois Ethix SRI Advisors (2015), le Suisse South Pole (2017) et l’allemand Oekom (2018). Standard & Poor’s a repris le britannique Trucost (2016), tandis que Morningstar, le leader de la notation des sociétés de gestion, a fait racheter 40 % du capital du néerlandais Sustainalytics, en 2017.

Hors de ce cadre, subsiste un dernier « petit village gaulois » - Qivalio - fruit de la fusion en 2017, entre l’agence parisienne de notation financière Spread Research et le spécialiste de l’analyse extra-financière des petites et moyennes entreprises, EthiFinance. Nous verrons s’il parviendra à préserver son indépendance.

On peut partager l’optimisme de Nicole Notat, la dirigeante emblématique de VigeoEiris qui a déclaré juste après la fusion avec Moody’s : « il s’agit pour Moody’s d’évaluer la capacité de l’émetteur à rembourser ses dettes et, pour VigeoEiris, d'anticiper les risques futurs de durabilité des entreprises. Ces deux notations doivent se fertiliser l’une l’autre ».

Plus problématique est la suite de sa déclaration : « Le rachat va également permettre de consolider notre modèle économique. Celui que nous avions mis en place n’est plus viable. Nous allons nous calquer sur le modèle de la notation financière qui a fait ses preuves, en mettant également à contribution les émetteurs ». Toute la vertu du modèle des agences extra-financières qui faisait financer les analyses par les investisseurs et non pas les émetteurs disparait donc. C’est l’entité notée qui va payer sa notation, régénérant un conflit d’intérêt majeur qui avait participé à la crise financière des subprimes, mais elle remonte à déjà plus de 10 ans…

La notion de long terme risque également d’être mise sous le boisseau, Moody’s a ainsi affirmé que sa mission était d’analyser la matérialité financière du risque ESG, de s’assurer de son caractère vérifiable avant de l’incorporer dans la notation. « Quand un horizon de risque est lointain, il sera plutôt compris dans la dimension qualitative de l’analyse ».

Cette recomposition du paysage des agences de notation intervient au moment déterminant où l’Europe prépare son propre référentiel en matière de finance durable pour lutter contre le réchauffement climatique et faire en sorte que les émetteurs des actifs sous gestion respectent l’Accord de Paris de limitation de la hausse des températures. Il est paradoxal que ce combat vital pour l’avenir de l’Homme sur la planète soit conduit sous influence américaine alors que les autorités politiques fédérales se désintéressent totalement du sujet.