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INFO PARTENAIRE

Le sempiternel sujet des rémunérations hors-norme des dirigeants

©Shutterstock/goodluz

Salaires et dopage défraient continuellement l’actualité malgré une inflation de mesures prises par les autorités publiques censées limiter leur progression.

La lutte contre la hausse des rémunérations des grands patrons ressemble étrangement à celle contre le dopage des sportifs de haut niveau. Salaires et dopage défraient en effet continuellement l’actualité malgré une inflation de mesures prises par les autorités publiques censées limiter leur progression, la dernière en date consistant dans le projet de plafonnement des retraites chapeaux en France.

Ainsi, le groupe de services pétroliers TechnipFMC, né de la fusion du français Technip et de l’américain FMC, accuse une perte de près de 1,9 milliard de dollars en 2018 (1,67 milliard d’euros) et le titre a perdu 40% de sa valeur depuis la fusion de 2017. En effet, Thierry Pilenko, Président exécutif, va, à l’occasion de son départ le 1er mai 2019, percevoir une somme considérable malgré la situation difficile de TechnipFMC. Selon le groupe, il va partir avec « une indemnité de départ d’un montant de 1,98 million d’euros, équivalant à une année de rémunération ». A cette somme s’ajoute une clause de non-concurrence d’un montant similaire, soit un total 3,96 millions d’euros. Le total, qui avoisine les 14 millions d’euros, a ému jusqu’au président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, qui a dénoncé « une prime à l’échec » jugée « totalement inacceptable ». La rémunération de Dough Pferdehirt l’actuel directeur général de nationalité américaine qui va lui succéder a elle-même déjà créé un malaise en 2018, lorsque les syndicats ont relevé qu’il s’était vu attribuer 12 millions de dollars pour l’exercice 2017, soit la plus haute rémunération du CAC 40, alors que TechnipFMC n’est aujourd’hui que la 38ème capitalisation de la Bourse de Paris. Thierry Pilenko, quant à lui, a touché 9 millions d’euros en 2018. A titre de comparaison, le PDG de Total, Patrick Pouyanné, a touché la même année 5,8 millions d’euros, alors que son groupe a réalisé un résultat net de 11,4 milliards d’euros.

Autre actualité, Tom Enders (61 ans), Président allemand d’Airbus, va quitter son poste le 10 avril 2019. Celui-ci va percevoir une enveloppe globale de 36,8 millions d’euros selon les calculs de Proxinvest, agence française d’analyse de gouvernance qui travaille avec Ecofi Investissements. Les plans alloués avant 2018 sont évalués par Proxinvest à 7,3 millions. Viennent s’y ajouter une clause de non concurrence de 3,2 millions d’euros et une retraite chapeau provisionnée fin 2018 dans les comptes de la société à hauteur de 26,3 millions.

Point notable, le package du Président d’Airbus ne sera pas soumis au vote des actionnaires lors de l’Assemblée générale (AG) du 10 avril car l’entreprise est de droit néerlandais. Il en sera de même pour les indemnités accordées à Thierry Pilenko puisque TechnipFMC, qui tiendra son AG le 1er mai, est une société britannique. Loïc Dessaint, Directeur général de Proxinvest, se demande s’il ne faudrait pas exclure des indices boursiers français les valeurs étrangères qui refusent de respecter la loi française de même qu’il est pour lui clair que certaines indemnités de nonconcurrence sont en réalité des primes de départ déguisées.

La marge de progression des salaires des grands patrons français reste cependant appréciable : aux États-Unis, le salaire annuel moyen d'un grand patron est de 14,2 millions de dollars, soit 265 fois plus qu’un Américain moyen. En France, le classement "Global CEO Pay Index", calculé par Bloomberg, calcule cet écart à 70 fois…

Les nombreuses études sur la rémunération des dirigeants montrent que la corrélation la plus stable dans le temps est celle reposant sur la taille de l’entreprise. Les dirigeants rétorquent que, comme le footballeur, l’acteur de cinéma ou la star de la chanson, le patron fait partie d’une « élite issue d’une sélection très étroite ». Il est donc normal qu’il soit rémunéré à la hauteur de ses compétences exceptionnelles. L’analogie est cependant trompeuse car si le salaire du footballeur est indéniablement régi par la loi de l’offre et de la demande on voit rarement - pour ne pas dire jamais - une entreprise étrangère débaucher un patron du CAC 40. Or ces salaires élevés sont justifiés en partie pour qu’ils ne soient pas débauchés…