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INFO PARTENAIRE

Le plastique n’est plus «fantastique» !

©Shutterstock/MarinaOnokhina

La conclusion majeure du Rapport parlementaire de la mission d’information sur les perturbateurs endocriniens de décembre 2019 alerte sur « le caractère très préoccupant de l’exposition généralisée de la population aux perturbateurs endocriniens et sur ses conséquences pour la santé. »

Les plastiques, en effet, constituent l’une des sources d’exposition majeure de la population aux perturbateurs endocriniens (PE), c’est-à-dire des substances capables d’altérer le fonctionnement hormonal. L’exposition de la population générale à des faibles doses est suspectée d’être impliquée dans un grand nombre de pathologies croissantes : troubles neurocomportementaux et cognitifs ; obésité et diabète de type 2 ; cancers hormono-dépendants ; infertilité et maladies thyroïdiennes. L’usage classique des plastiques libère dans leur contenu des plastifiants (phtalates, bisphénols, ignifuges, imperméabilisants) ayant des propriétés de PE. La mise au rebut de ces mêmes plastiques génère également une pollution de l’environnement susceptible de contaminer la chaîne alimentaire et, finalement, le consommateur.

Selon Michel Vialay, député (Les Républicains) des Yvelines et président de la mission d’information, citant une étude du WWF, « chacun de nous ingère environ cinq grammes de particules de plastique chaque semaine, soit l’équivalent d’une carte bancaire. L’air, l’eau : tous les milieux sont concernés par la pollution au plastique. » Les rapporteurs relèvent que les PE ne sont pas réglementés de la même manière, au niveau européen, selon qu’ils concernent des pesticides ou des plastiques destinés au contact alimentaire, des dispositifs médicaux, des cosmétiques, etc. Les pesticides évalués comme PE « avérés » ou « présumés » ne peuvent théoriquement être autorisés à être mis sur le marché : la mission d’information propose l’extension de cette disposition aux plastiques alimentaires. « Il faut également renforcer la recherche scientifique sur le sujet car de nombreuses questions demeurent en suspens », dit M. Vialay. « En particulier, notre mission recommande de soutenir la recherche sur les nano-plastiques, qui peuvent traverser les barrières physiologiques (barrières intestinales, hémato-encéphaliques, placentaires) et dont nous ne savons encore que peu de choses. C’est crucial car, avec le temps, une part des plastiques que nous avons mis en circulation dans l’environnement se dégradent progressivement jusqu’à cette forme de nanoparticules. » La surveillance accrue, dans la population générale, des troubles et des pathologies les plus sûrement associées à l’exposition aux PE, comme par exemple la puberté précoce, est également recommandée par les parlementaires. L’évaluation chiffrée des dommages occasionnés par ces substances est cependant ardue : elles peuvent agir à très faibles doses, avoir des effets retardés après une exposition dans la période fœtale ou périnatale, se manifester sur les générations ultérieures n’ayant jamais été exposées, etc.

Les parlementaires illustrent la gravité de la situation sur la santé reproductive par quelques chiffres marquants : la qualité du sperme humain (sa concentration de spermatozoïdes) s’est dégradée de moitié en cinquante ans. Autre conséquence : un couple sur six éprouve aujourd’hui des difficultés à se reproduire naturellement. Sans attendre des mesures d’interdiction, il est déjà possible de remplacer les plastiques, dans quelques-uns de leurs usages, par du verre, de l’inox ou de la céramique.

Car, selon les rapporteurs, il est urgent d’agir sur les plastiques utilisés quotidiennement et qui présentent le plus d’impacts : alimentaires, cosmétiques et pharmaceutiques. La production de plastique a en effet été multipliée par deux de 1987 à 2017 et les scientifiques estiment sa production cumulée depuis 1950 à 6 milliards de tonnes, l’équivalent de plus de 800 000 Tour Eiffel !

François LETT, Directeur du développement éthique et solidaire