Abonnez-vous

En vous abonnant, vous acceptez notre politique de confidentialité.

Dans cet espace, la rédaction d’ID n’exerce pas de droit de regard sur les informations disponibles et ne saurait voir sa responsabilité engagée.
INFO PARTENAIRE

La relance de la discorde

© Shutterstock/Andrii Vodolazhskyi

En dépit de leurs divergences, les conjoncturistes s’accordent à dire que l’Europe devrait être la zone la plus touchée économiquement par les effets de la pandémie de Covid-19.

Malgré cela, les dirigeants, même s’ils ont pris conscience de la gravité de la situation, ont du mal à trouver un compromis sur un plan de relance de 750 milliards de dollars. Comment pourrait-il en être autrement dans un système où la règle de décision requiert l’unanimité des États membres qui ont des exigences divergentes ?

Dans ces conditions, face à l’intransigeance des pays les plus « frugaux » (Pays-Bas, Autriche, Danemark, Suède), le risque de voir ce plan de relance post-Covid se dénaturer est grand. Il est par exemple désormais question d’augmenter le poids des prêts - passant à 300 milliards d’euros contre 250 milliards initialement proposés - au détriment des subventions, ainsi que de renforcer les mécanismes de conditionnalité.

Cela ne devrait pourtant pas calmer ces pays « frugaux » qui souhaitent en réalité un droit de véto sur les plans des principaux bénéficiaires de ces aides, à savoir l’Espagne et l’Italie. Ces deux pays craignent ainsi de se voir imposer des programmes de réformes, ce qui n’est pas un gage de succès si l’on se réfère au précédent grec avec la Troïka. Il est cependant nécessaire qu’un compromis se dégage rapidement car une grande partie de la reprise des indices boursiers repose justement sur la réponse budgétaire des autorités gouvernementales.

D’ailleurs, devant le risque d’écroulement de la consommation, le Congrès américain s’est mis d’accord pour prolonger les dispositifs d’aides en direction des ménages américains qui s’achevaient fin juillet. Le pouvoir d’achat des consommateurs, notamment les plus pauvres, est ainsi préservé, ce qui explique le fort rebond des ventes au détail (+7,5% en juin, après déjà +17,6% en mai) qui ne sont désormais plus qu’à 1% de leur niveau de janvier.

Il n’en fallait pas plus aux investisseurs pour continuer à prendre du risque, encouragés par la bonne orientation de plusieurs enquêtes importantes comme la production industrielle (+5,4% en juin), l’inflation (+0,6% en juin) ou l’optimisme des patrons de PME (+6 points, à 100,6). Ainsi, en dépit d’une accélération de l’épidémie, le Dow Jones a enregistré une forte progression (+2,15% à 26 651 points). Les indices européens ont aussi terminé la semaine dans le vert, aidés par les espoirs d’un compromis sur le plan de relance (EuroStoxx 50 : + 2,3%, à 3 372 points). Les investisseurs continuent de croire que, après d’âpres négociations, les dirigeants européens vont trouver un terrain d’entente qui ne pénaliserait pas trop les pays du sud en leur imposant des cures d’austérité. Le rendement des bons du Trésor pluri-annuels (Buoni del Tesoro Poliannuali) à 10 ans de l’Etat italien s’est déprécié de 7 points de base (pbs), pour terminer la semaine à 1,24%.

Cela dénote avec l’évolution du 10 ans espagnol qui s’est légèrement apprécié, le Royaume étant rattrapé par une résurgence de la pandémie avec le retour de mesures de confinement. Nous aurions pu avoir une appréciation plus importante n’eut été les propos de la Banque centrale européenne pour qui les achats de titres dans le cadre du PEPP vont se poursuivre au moins jusqu’en juin 2021.

Dans ce contexte de baisse de l’aversion pour le risque, le rendement du 10 ans américain s’est légèrement apprécié (+2 pbs, à 0,63%). Les anticipations de flambée des déficits publics et d’abondance de l’argent gratuit ont continué de soutenir l’or (+0,7% à 1809,30 dollars). L’euro aussi a poursuivi sa tendance haussière contre le dollar (+1,24%, à plus de 1,14 dollar).

Karamo Kaba, Directeur des études économiques