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Incertitude aux États-Unis

©Shutterstock/Taiga

Avec des banques centrales au front depuis le début de la crise, une grande partie du rebond spectaculaire des indices boursiers depuis la mi-mars reposait sur les réponses qu'allaient apporter les gouvernements. En adoptant le méga plan de relance (750 milliards d'euros sur 3 ans, dont 360 milliards de dons aux pays et secteurs les plus touchés par la pandémie du Coronavirus), les dirigeants européens ont été à la hauteur des enjeux.

Même si nous pouvons regretter quelques concessions qui ont réduit la puissance de feu initiale du projet, au final c'est 0,8% du PIB qui sera injecté en plus. L'inquiétude gagne toutefois les États-Unis où le Congrès ne parvient pas à trouver un accord sur un nouveau programme de soutien à l'économie américaine, en dépit d'intenses négociations. Or, plusieurs dispositifs du plan d'aide CARES Act arrivent à échéance à la fin du mois de juillet. Parmi eux, existe notamment la hausse de 600 dollars par semaine du montant des indemnités-chômage sur une période de quatre mois. Ce dispositif, qui pouvait souvent conduire le montant de ces aides à être supérieur au salaire minimum, a surtout préservé le pouvoir d'achat des consommateurs les plus modestes. Depuis le début de la crise sanitaire, ces derniers ont vu en moyenne leurs dépenses de consommation reculer de 2,1% quand celles des riches se sont écroulées de 9,9%. Dans ces conditions, et faute d'accord, ce supplément d'aide va disparaître et l'allocation-chômage s'établira en moyenne à 350 dollars par semaine. À un moment où la première économie du monde est frappée de plein fouet par une résurgence de la pandémie du Coronavirus, cette situation risque de plonger encore plus les États-Unis, et par ricochet le monde, dans l'incertitude. 

De plus, malgré des enquêtes généralement bien orientées, les nouvelles inscriptions au chômage ont progressé pour la première fois depuis le mois de mars avec 1,416 million de demandeurs d'emploi supplémentaires. Avec le bond des contaminations, notamment dans plusieurs États du sud et de l'ouest du pays, il faudra s'attendre à ce que les embauches soient freinées au cours des prochaines semaines. Ceci explique le regain de nervosité des investisseurs, ce qui les a conduits à réduire leurs positions en actifs risqués. Tous les indices américains, à l'image du S&P 500 (-0,3% à 3 215 points), ont terminé dans le rouge, même si les reculs les plus forts ont été enregistrés en Europe où les valeurs anglaises (-2,6% à 6 124 points pour le FTSE 100) et françaises ( -2,2% à 4 956 points pour le CAC 40 ) ont subi de lourds dégagements. 

Cette hausse de l'aversion pour le risque a aidé les emprunts d'État avec le rendement du 10 ans américain qui s'est déprécié (-4 pdb à 0,59%). La nette surperformance des obligations souveraines italiennes avec un rendement du BTP à 10 ans qui s'est déprécié de près de 17 points de base, pour terminer la semaine à 0,996% est à noter. Selon toute vraisemblance, cette décrue des rendements italiens devrait se poursuivre après le jackpot obtenu par le pays après l'adoption du plan de relance européen (près de 173 milliards d'euros, dont 81,8 sous la forme de dons). Contrairement aux pays périphériques, les taux allemands (+1 pdb à -0,45% pour le 10 ans) ont légèrement remonté. La plus mauvaise performance est toutefois revenue aux taux brésiliens (+30 pdb, à 6,62%) sans doute à cause des inquiétudes liées au Covid-19. 

La hausse des craintes sur la croissance mondiale a pesé sur le pétrole qui a perdu une grande partie de ses gains en fin de semaine. Mais c'est surtout au niveau de l'euro que l'appréciation la plus importante (+2% à plus de 1,165 dollars) a été relevée, avec le bol d'oxygène apporté aux pays en difficulté. Une poursuite de cette tendance haussière est à craindre. 

Karamo Kaba, Directeur des études économiques