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Au-delà du risque de transition, le risque d’évènement climatique extrême

©Harvepino/Shutterstock

En 2015, le gouverneur de la banque centrale d’Angleterre, Mark Carney, prononçait un discours très médiatisé sur « la tragédie des horizons » et le risque climatique qu’il décomposait en trois natures différentes :

1- Les risques physiques : ce sont les impacts financiers incertains qui résultent des effets du changement climatique (modification des températures et des régimes de précipitations, augmentation de la fréquence et de la sévérité des événements climatiques extrêmes…) sur les acteurs économiques et sur les portefeuilles d’actifs,

2- Les risques de transition : ce sont les impacts financiers incertains (positifs et négatifs) qui résultent des effets de la mise en place d’un modèle économique bas-carbone sur les acteurs économiques. Ils se caractérisent par une incertitude sur la trajectoire de réduction des émissions de gaz à effet de serre qui restructure l’économie et une autre incertitude sur les modalités de mise en œuvre de cette trajectoire en termes économiques et sociaux, comme l’a montré la crise des gilets jaunes,

3- Les risques de responsabilité : ce sont les impacts financiers incertains provoqués par d’éventuelles poursuites en justice pour avoir contribué au changement climatique ou par ne pas avoir suffisamment pris en compte les risques climatiques.

Si le risque de transition est largement étudié et commence à être pris en compte par les investisseurs institutionnels, le risque physique reste jusqu’à présent le parent pauvre des analystes climatiques et financiers. Fort à propos, en amont de la COP25 qui s’est tenue ce weekend, l’ONG allemande Germanwatch a publié un rapport sur les risques climatiques extrêmes (catégorie des risques physiques) survenus dans le monde entre 1999 et 2018. Cette ONG a développé également le Global Climate Risk Index (CRI) dans le but d’analyser les impacts quantifiables des évènements climatiques extrêmes à la fois en termes de pertes humaines et de coût matériel. Sur cette période, plus de 12 000 évènements climatiques extrêmes recensés ont provoqué le décès direct d’environ 500 000 personnes et des pertes matérielles estimées à plus de 3 500 milliards de dollars.

Les vagues de chaleur ont constitué la première cause de dommages en 2018. Elles se définissent comme une température supérieure à la normale saisonnière d’au moins 5 °C pendant 5 jours consécutifs au minimum. Parmi les pays les plus développés elles ont particulièrement affecté l’Allemagne, le Japon et l’Inde où les températures absolues ont dépassé 40°C pour les deux premiers et 50°C pour le dernier. De récentes études scientifiques ont montré un lien clair entre le réchauffement climatique et l’augmentation de la fréquence et de la gravité des vagues de chaleur, provoqué entre autres par le réchauffement des océans. En Europe par exemple, elles ont 100 fois plus de chance de survenir qu’il y a un siècle. Sans compter qu’en Afrique, la déficience du système de collecte de données, fait sousestimer à coup sûr l’impact de celles-ci. Au sens de Germanwatch Porto Rico, la Birmanie et Haïti ont été les trois pays les plus affectés de 1999 à 2018 essentiellement en raison d’ouragans et de cyclones.

La France se classe au 15e rang des pays les plus touchés au niveau mondial sur les vingt dernières années (1999-2018). Si l’on considère les décès (par 100 000 habitants), elle remonte même au quatrième rang des pays les plus impactés. La question des pertes et préjudices, plusieurs fois repoussée, est censée être au cœur de la COP25 actuelle à Madrid. « La COP25 doit s'attaquer au manque de financement climatique supplémentaire pour aider les pays les plus pauvres qui sont frappés par des événements climatiques extrêmes. Ils restent les plus durement touchés par les impacts du changement climatique car ils manquent de capacités financières et techniques pour faire face aux pertes et dommages » a déclaré Laura Schaefer de Germanwatch. Mais pour l’instant, les discussions sur ce sujet sont passées malheureusement au second plan.

François Lett, Directeur du développement éthique et solidaire