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Portrait

Pascal Demurger : “Une grande partie du défi environnemental relève des entreprises”

Pascal Demurger, directeur général de la Maif
© Maif 2020

Directeur général de la Maif, et auteur de "L’entreprise du XXIème siècle sera politique ou ne sera plus", Pascal Demurger livre sa vision du leadership à l’heure de la prise de conscience écologique. Rencontre. 

Un réseau de géothermie pour chauffer et climatiser 25 000 m2 de locaux, c’est l’un des derniers engagements affichés par la Maif, mutuelle d’assurance qui emploie plus de 10 000 salariés. "Ce chantier doit permettre de réduire de 30% la consommation d’énergie de notre siège historique, situé à Niort", annonce Pascal Demurger, directeur général de la Maif. Il nous reçoit ce jour-là dans son bureau parisien, rue de l’Université.  

"L’assureur-militant" ne tait pas ses convictions. En juillet dernier, il appelait dans une tribune du Journal du Dimanche, aux côtés d’autres dirigeants, à passer d’une “sobriété d’urgence” à une “sobriété organisée”.  

"Une grande partie du défi environnemental relève des entreprises. Faire en sorte qu’elles s’engagent en faveur de l’environnement, c’est un peu ma croisade”, sourit le dirigeant. Selon lui, les pouvoirs publics ont la responsabilité d’accompagner ce mouvement en mettant en place des incitations pour que les entreprises changent leur comportement.  

"Je ne trouve pas normal, ni de bonne gestion, que l’Etat continue de distribuer des aides à des entreprises qui polluent, que les collectivités locales continuent à passer des marchés publics sans faire des exigences environnementales et sociales un critère de choix aussi important que le prix, indique-t-il avant de poursuivre : Il est également anormal sur un plan éthique, et illogique sur un plan de bonne gestion, que les entreprises subissent les mêmes taux d’imposition alors qu’elles peuvent avoir des comportements différents."

Enarque et patron 

Si Pascal Demurger revendique un management engagé, il admet que cette posture a été le fruit d’une progressive mutation. Il a fallu dans un premier temps que le chef d’entreprise se débarrasse du costume d’ancien de l'ENA (Ecole nationale de l’administration), devenue l'Institut national du service public (INSP). Une voie qu’il a empruntée un peu par hasard.  

Originaire de la petite ville de Roanne, au nord de Saint-Etienne (Loire), l’adolescent qu’il était se souciait peu de son avenir professionnel, et préférait faire "les quatre cents coups", comme il le confie dans son livre L’entreprise du XXIème siècle sera politique ou ne sera plus. "J’étais en rupture avec les études. Je voyais que cette situation pesait sur mon père. Je lui ai alors demandé quel était pour lui le parcours scolaire idéal. Et il m’a répondu : ‘l’ENA’", se remémore celui qui n’avait jamais entendu parler de cette école qui forme les élites françaises. 

Après avoir intégré une prépa grâce aux conseils avisés d’un professeur, il déroule le cursus sans encombre. Une fois le diplôme en poche, l’ancien énarque travaille quelques années à la direction du budget au ministère de l’Economie et des Finances avant de rejoindre la Maif en 2002. Le monde de l’assurance lui est alors peu familier. "Comme d’autres collègues de Bercy, je souhaitais acquérir une expérience dans le privé", se souvient-il. Les premiers échanges avec les dirigeants de l’époque lui permettent de confirmer ce choix. "Ils étaient différents des représentations traditionnelles que je m’en faisais Je les trouvais humains et simples. J’ai senti une forme d’éthique de responsabilité chez eux. Cela m’a plu."

Réveiller la “belle endormie” 

En 2009, il devient à son tour directeur général. L’image de la Maif est alors vieillissante. "La Maif fonctionnait bien. C’est une entreprise qui avait des valeurs, une bonne réputation mais qui avait passé plusieurs décennies à sous investir, à ne pas se renouveler. Son système d’informations était dépassé." 

Audacieux, Pascal Demurger se met en tête de réveiller celle que l’on surnomme "la belle endormie". "Il y avait énormément de chantiers à ouvrir. Je l’ai fait un peu à la hussarde. Je manquais à cette époque de confiance et d’expérience", concède celui qui s'est réfugié un temps derrière son titre. "J’étais dans un management très descendant. Si c’était à refaire, je m’y prendrai autrement", précise-t-il.  

Dans L'entreprise du XXIème siècle sera politique ou ne sera plus, il se penche sur ces difficultés : "Il m’a fallu du temps avant d’y trouver ma place, de mesurer la force du collectif, de préférer la bienveillance à l’émulation, de piloter l’entreprise autant avec le cœur qu’avec de froids objectifs, d’avoir comme ambition plus de contribuer que de réussir." De ces années de tâtonnements, Pascal Demurger retient plusieurs leçons qui le poussent à développer un management par la confiance. "Il est important que nos salariés soient fiers de ce qu’ils font. La réalisation de soi n’est pas antinomique avec la performance. Cela impose d’avoir un management participatif reposant sur la confiance. Les collaborateurs ont besoin de trouver en eux-mêmes des réponses à des problèmes posés. Ils ne peuvent pas être seulement dans l'exécution", relève celui qui a été récompensé par le prix 2021 du leadership. 

Le patron de 57 ans estime également que l’engagement en faveur des défis écologiques et sociaux doit être aujourd’hui placé au cœur de l'entreprise. "L’engagement nourrit la performance", abonde-t-il. Depuis 2020, la Maif a acquis le statut de société à mission. Instauré par la loi PACTE, celui-ci permet à une entreprise “de déclarer sa raison d’être à travers plusieurs objectifs sociaux et environnementaux”.  

Défenseur de l’entreprise à mission 

"Ce statut crante une trajectoire et une orientation qui deviennent pérennes. En interne, cela crée une forme d’émulation, et en externe cela renforce le niveau d’exigence de notre entreprise", développe Pascal Demurger.  

Depuis dix ans, la Maif, qui compte plus de 4 millions d'assurés, s’est démarquée des autres assureurs avec des actions fortes. Au début de la crise sanitaire, la mutuelle d’assurances a par exemple décidé de redistribuer 100 millions d'euros à ses sociétaires face à l’effondrement du nombre d’accidents automobiles. Cela représentait alors 30 euros de gain par véhicule assuré.  

Sur le plan environnemental, plusieurs engagements ont également été pris. Parmi eux : le développement de solutions de réparation alternatives. “Nos garages partenaires ont un cahier des charges spécifiques à remplir. Il les invite à réparer plutôt que remplacer. Et si le remplacement est nécessaire, à utiliser une pièce d’occasion plutôt qu'une pièce neuve", note le chef d’entreprise.  

Un assureur, c’est aussi un gestionnaire d’actifs financiers. “Nos sociétaires nous confient leur épargne sous forme d’assurance vie. La manière dont on place ces actifs sur les marchés va avoir un impact”, détaille Pascal Demurger. 

En octobre 2021, la Maif a annoncé sa volonté de sortir des énergies fossiles (pétrole et gaz) d’ici 2030 en rejoignant la Net Zero Asset Owner Alliance, un consortium d’investisseurs sous l’égide des Nations Unies. Objectif : "faire converger tous les détenteurs d’actifs vers une contribution à la neutralité carbone à l’horizon 2050 à travers la décarbonation des portefeuilles d’investissements", informe la Maif. 

A l’heure de la prise de conscience écologique, de plus en plus d’entreprises affichent leurs engagements, au point qu’il est aujourd’hui difficile de savoir s’il ne s’agit pas de greenwashing. Un sujet essentiel pour ce défenseur de l’entreprise à mission. Selon lui, cette question rejoint celle de la “bonne connaissance par le consommateur du comportement des entreprises”. Des évolutions sont à venir. “La nouvelle directive européenne sur l’information extra financière va permettre d’avoir une représentation assez précise de l’impact des entreprises sur les mêmes standards d'exigence, de précisions que l’information financière, et donc la comptabilité.” C’est notamment l’une des conditions pour que puissent fleurir des comparateurs. “Au même titre qu'un nutriscore, on pourrait imaginer la création d’un impact score”, lance Pascal Demurger. 

 

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