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Entretiens

“Je suis convaincue que la finance doit encore se transformer”

Pauline Becquey, Directrice Générale de Finance for Tomorrow
© DR

Dotée d’une solide expérience en développement durable et RSE, Pauline Becquey est aujourd’hui Directrice Générale de Finance for Tomorrow, la branche de Paris Europlace lancée en juin 2017. Cette initiative s’est notamment donnée pour mission de positionner Paris “en centre financier de référence” sur les enjeux de finance durable. Rencontre.  

Elle s’apprête à souffler sa première bougie. Il y a presque un an, en juillet 2021, Pauline Becquey rejoignait les quatorze membres du bureau de Finance for Tomorrow, tout juste âgée de 33 ans. “C’est l’expérience sur les sujets ESG qui compte plus que l’âge”, sourit la jeune femme qui connait la Place financière de Paris sur le bout de ses doigts. Cette Toulousaine d’origine ne se prédestinait pourtant pas à faire carrière dans la finance. 

Après un master en coopération internationale et développement à Sciences Po Bordeaux, elle choisit de s’orienter dans un premier temps vers le développement durable. Le déclic ? Son stage de fin d’études à la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) en Mauritanie où elle peine à trouver sa place. “J’évoluais dans le milieu des Nations Unies avec beaucoup d’expatriés. Je me posais des questions sur le positionnement que nous avions, en tant que pays du Nord. Je trouvais que nous avions plein de choses à revoir sur nos modes de développement avant de donner des leçons aux pays du Sud”, relève-t-elle.  

Une maîtrise des enjeux réglementaires 

Une fois le diplôme en poche, elle entre en 2011 chez EY, un cabinet d’audit financier et de conseil, en tant que consultante puis manager en développement durable. En effectuant des missions de vérification des rapports de développement durable des banques, elle se frotte pour la première fois à la finance durable. “J’ai pu voir l’effet de levier que cela pouvait avoir vis-à-vis de toutes les autres activités. Cela m’a convaincu de l’importance de transformer le secteur”, explique Pauline Becquey. A cette époque, elle travaille sur les premières applications de l’article 225 de la loi dite Grenelle 2, qui impose aux entreprises de publier dans leur rapport de gestion les informations à caractère social et environnemental. Le décret d’application précise que celles-ci doivent être vérifiées par un organisme tiers indépendant. “Petit à petit, avec la réglementation, j’ai vu les sujets de durabilité prendre une dimension stratégique”, précise la dirigeante.  

Après cette première expérience dans un grand groupe, elle rejoint en 2017 la Fédération française de l’assurance (FFA) comme responsable RSE. L’occasion de consolider sa maîtrise des enjeux réglementaires. "J’y étais au moment des négociations sur les textes du paquet finance durable européen : taxonomie, SFDR... Cela m’a permis d’entrer en profondeur dans la réglementation et de pouvoir échanger avec les assureurs sur les difficultés opérationnelles rencontrées. J’ai pu faire le lien entre les exigences réglementaires et la mise en œuvre pratique", développe Pauline Becquey pour qui la réglementation doit rester pragmatique. “La régulation est importante pour accélérer les choses mais il faut que celle-ci reste applicable”, ajoute-t-elle prenant pour exemple le reporting extra-financier qui doit avant tout servir au pilotage stratégique de l’entreprise. 

“Faire de la finance durable une pratique mainstream” 

Aujourd’hui Directrice Générale de Finance for Tomorrow, Pauline Becquey souhaite continuer à faire bouger les lignes. Elle a notamment déclaré au moment de sa nomination vouloir “faire de la finance durable une pratique mainstream”. “Je suis convaincue que la finance doit encore se transformer. On doit prendre en compte les questions environnementales et sociales dans toutes les décisions, pas uniquement sur une partie des investissements”, indique celle qui compte mettre l’accent sur plusieurs dossiers, à commencer par celui de la formation.   

“Nous devons aujourd’hui faire des efforts pour former les analystes financiers aux enjeux environnementaux. Les profils capables de faire de la finance et de maîtriser les questions environnementales sont aujourd’hui assez rares sur le marché. Or, nous avons besoin de talents capables d’avoir cette double casquette.” Autre défi : sensibiliser les épargnants et le grand public. “L’épargne des ménages est essentielle pour contribuer à la transition. Nous avons besoin de traduire dans un langage clair et compréhensible des points très techniques sans tomber dans le greenwashing.” 

Valoriser l’expertise française 

Avec ses équipes, Pauline Becquey s’attèle aussi à poursuivre le travail de transparence initié par l’Observatoire de la finance durable qui montre les engagements pris par les acteurs financiers, et comment ceux-ci contribuent à la transformation de l’économie réelle. Piloté par Finance for Tomorrow, ce projet rassemble “la majorité du secteur financier français via leurs fédérations professionnelles : l’AFG, l’ASF, la FBF, France Assureurs et France Invest.” 

L’une des missions de Finance for Tomorrow est également de valoriser l’expertise française sur les sujets de finance durable. “Nous devons porter nos convictions au niveau européen et international”, souligne l’actuelle DG qui défend la position de leader de la France. “Nous avons été en avance sur un certain nombre de réglementation sur le reporting extra-financier des entreprises, et le reporting ESG des investisseurs”, détaille-t-elle avant d’ajouter : “Nous avons également été les premiers en termes d’obligations souveraines vertes. Beaucoup nous envient aussi les fonds solidaires, que l’on appelle 90/10.” 

Si la France fait figure de pionnière, d’autres places comptent bien rattraper leur retard, et imposer leurs visions. “Cela est positif que la finance bouge dans le monde entier, mais ce serait dommage que certains modèles l’emportent sur d’autres, notamment sur la normalisation de la donnée non-financière”, note Pauline Becquey. A l’heure actuelle, deux visions s’affrontent sur ce sujet. Celle de la simple matérialité qui consiste à regarder en quoi les facteurs environnementaux et sociaux, comme le changement climatique par exemple,  vont avoir un impact sur la valeur de l’entreprise. Celle de la double matérialité s’intéresse non seulement à ces effets mais aussi à la façon dont  les activités des entreprises peuvent avoir des effets positifs et négatifs sur les facteurs environnementaux et sociaux. La première est soutenue par l'IFRS (International Financial Reporting Standards), la seconde par la Commission européenne et la France. 

Autant de sujets qui devraient rythmer les échanges du prochain Climate Finance Day, qui aura lieu le 27 octobre, à Paris. Cet événement annuel rassemble plusieurs intervenants de haut niveau. L’occasion de faire le bilan de l’année mais aussi de présenter de nouveaux engagements et des solutions financières concrètes en faveur de la transition et de l’adaptation. Cette édition sera aussi marquée par la remise des prix du Challenge Fintech for Tomorrow, un appel à projet dont l’objectif est d’identifier, accompagner et valoriser les solutions innovantes pour faciliter le financement de la transition écologique ou réduire l’impact environnemental du secteur financier.  

Si elles ont connu un développement rapide ces dernières années, les “Fintech Green” restent peu nombreuses. En 2021, celles ayant pour objet la finance verte ne représentaient que 8%, selon France Fintech. “Ce challenge, source de partenariats et d’opportunités de développement, permet de renforcer la contribution des Fintechs à la transition écologique. Ces profils ont la capacité de proposer de nouvelles modalités transformant les pratiques du secteur financier, en raison de leur agilité et de leur force disruptive”, précise Pauline Becquey.