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Entretiens

"Cette résolution doit conduire TotalEnergies à agir plus vite"

©Cineberg/Shutterstock

Une résolution demandant à TotalEnergies de s’aligner sur l’Accord de Paris a récemment été déposée par Edmond de Rothschild Asset Management et dix autres actionnaires.

Le 12 avril, un groupe de onze investisseurs déposait une résolution exigeant que TotalEnergies fixe et publie des objectifs climatiques conformes à ceux de l’Accord de Paris sur le climat. Mise en place en vue de l'assemblée générale annuelle du 25 mai 2022, cette initiative a notamment été soutenue par Edmond de Rothschild Asset Management, qui fait partie des onze signataires. Clémence Moullot, gérante/analyste dans l’équipe Investissement Responsable chez EDRAM, revient sur les raisons de cette résolution. 

Pourquoi les efforts de Total sont-ils insuffisants à l’heure actuelle ?

La stratégie de TotalEnergies n’est toujours pas alignée avec l’Accord de Paris puisque selon le scénario net zéro de l’AIE, il ne faudrait pas développer de nouveaux champs pétroliers et gaziers. Or, la stratégie de Total est d’augmenter fortement la production de gaz, tout en maintenant sa production de pétrole constante sur la décennie 2020. De plus, si la société démontre une compréhension fine des enjeux avec des objectifs au bon niveau sur leurs scopes 1et 2 (10 % de leur empreinte carbone), TotalEnergies n’a pas d’objectif chiffré de réduction absolue de ses émissions scope 3 au niveau mondial avant 2030. Son objectif 2030 semble être que ses émissions absolues restent globalement stables, ce qui n’est donc pas compatible avec les différents scénarios scientifiques et les préconisations du GIEC, qui demandent tous une diminution du CO2 anthropique de l’ordre de 40% d’ici à 2030.

Que comporte cette résolution ? Quels engagements attendez-vous de la part de TotalEnergies pour qu’ils s’alignent sur les objectifs de l’Accord de Paris ?

La résolution est la même qu’en 2020. Nous demandons à ce que la stratégie de TotalEnergies soit alignée avec l’Accord de Paris mais nous n’exprimons pas d’avis sur la stratégie à mettre en œuvre pour y arriver. Cela est du ressort du management de l’entreprise. Cependant, nous demandons que l’entreprise annonce des objectifs de réduction en valeur absolue à court, moyen et long terme sur toutes ses émissions.  

TotalEnergies avait déjà adopté une stratégie climat en mai 2021. Comment l’avez-vous reçu et pourquoi n’était-elle finalement pas à la hauteur ?

Nous apprécions tous les efforts faits par l’entreprise sur la transparence et également sur des objectifs partiels annoncés en 2022 (pétrole, Europe, méthane). Le plan climat soumis au vote par Total l’année dernière était d’une ambition encore modeste et surtout globalement inchangé depuis notre précédente résolution, en 2020. La résolution déposée en 2020 a coïncidé avec ce premier pas en avant de la part de Total, qu’elle a vraisemblablement facilité. Total a été la première société pétrolière à s’engager sur une importante diminution absolue de son scope 3, malheureusement restreinte aux pays européens. La question du méthane a également pris de l’importance depuis et nous le voyons comme un progrès – même si le méthane faisant partie des scopes 1 et 2, ce spectre était déjà couvert par leurs engagements de 2020.

Cette année, nous espérons que le vote concernant cette demande permette un nouveau passage d’étape de la part de Total et que la société compte, encore une fois, parmi les premiers pétroliers à s’engager sur leur scope 3 – mais à l’échelle du monde cette fois-ci. Nous voulons via cette résolution conduire TotalEnergies à agir plus vite et à être le leader du secteur sur ce thème.