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Private equity et impact, un mariage heureux

©Redshinestudio/Shutterstock

L’investissement dans le non coté dispose d’avantages majeurs pour réaliser un impact positif : un sous-jacent tangible, une forte présence au capital des entreprises financées et une gestion financière sur- mesure qui permet de mettre en valeur des objectifs précis.

L’entreprise est un puissant levier de changement. C’est en partant de ce constat que Laurence Méhaignerie et Pierre-Olivier Barennes ont créé Citizen Capital en 2008, l’un des premiers fonds d’impact en France. "En tant qu’investisseurs d’impact, nous considérons que notre devoir fiduciaire est double : créer de la valeur financière et accélérer les changements de société", explique Laurence Méhaignerie. Pour ce faire, l’investissement dans des entreprises non cotées, aussi appelé capital-investissement ou private equity, est particulièrement bien placé. "Le private equity est la classe d’actifs qui permet d’avoir l’impact le plus tangible. Il permet de s’exposer aux entreprises innovantes, et d’accompagner leur développement dans le temps", explique Vincent Piche, co- fondateur du family office Kimpa.

Intégrer l’impact dans les modalités de financement

En effet, l’horizon d’investissement dans le private equity est plus long que dans le coté, allant jusqu’à 10 ans pour certains fonds. "En tant qu’actionnaire majoritaire ou minoritaire de référence, un fonds de private equity est bien placé pour mettre en place une politique d’engagement auprès des entreprises financées", confirme Laura Carrere, directrice générale adjointe d'Eiffel Investment Group. Détenant une part significative du capital, la voix des gérants d’actifs non cotés sera mieux entendue et ils auront une influence plus grande auprès des dirigeants de l’entreprise financée et de la trajectoire de l’entreprise. Ces derniers ont aussi les mains plus libres pour faire de l’impact une composante essentielle de leur financement.

Très présent dans les énergies renouvelables, avec plus d’1 milliard d’euros sous gestion mobilisé dans des stratégies liées à la transition énergétique, Eiffel Investment Group gère également un fonds plus généraliste de dette privée qui finance tous secteurs d’activité. Il propose aux entreprises financées la mise en place de covenants d’impact. Les covenants sont traditionnellement des clauses figurant dans un contrat de prêt qui permettent, en cas de non-respect des objectifs, d'obtenir un remboursement anticipé. Eiffel Investment Group a adapté cette pratique à l’investissement d’impact en faisant varier le coût du prêt en fonction de l’atteinte d’objectifs précis, comme le nombre d’emplois créés, l’emploi de personnes en situation de handicap ou le recyclage d’un certain volume de matériaux. "C’est une incitation pour l’entreprise à créer un changement positif. Les entrepreneurs sont très preneurs de ce type d’accompagnement", souligne Laura Carrere.

Un accompagnement que fournit également Citizen Capital, qui s’attache à la notion d'additionnalité des projets financés. L’équipe se penche systématiquement sur la question de ce qu’apporte l’entreprise de nouveau sur son marché, ainsi que sur l’accessibilité de cette solution. "Pour chaque investissement, nous annexons un business plan d’impact au pacte d’actionnaires. Dans ce business plan figurent l’intention des dirigeants, mais aussi deux ou trois objectifs d’impact, assortis d’indicateurs qui nous permettront de déterminer si ces objectifs sont atteints", explique Laurence Méhaignerie. Pour ce faire, la vision des entrepreneurs financés et leur intention vont être déterminantes. Celle du fonds qui les accompagne aussi.

Impliquer l’ensemble des parties prenantes

Les fonds de private equity à impact ont tendance à adapter les politiques de rémunération des managers et des salariés qui travaillent dans les entreprises qu’ils financent. "Ce mécanisme d’incitation peut par exemple fonctionner en indexant une partie de la rémunération variable sur des indicateurs d’impact", explique Laura Carrere. Eiffel Investment Group est même allé plus loin en indexant la rémunération de ses gérants sur des objectifs d’impact, pour son fonds gaz vert.

L’alignement entre les objectifs financiers et extra-financiers fait partie des pratiques appréciées par Kimpa. Au sein du family office, qui est devenu société à mission au mois de juin, l’accompagnement des clients dans ce chemin vers l’impact est lui aussi essentiel. Il passe par une étude approfondie des incidences positives que souhaitent générer les familles et entrepreneurs qu’ils accompagnent à travers leurs investissements. "Nous avons autant de réponses que d’interlocuteurs : certains seront sensibles à la lutte contre le changement climatique, tandis que d’autres souhaiteront se positionner en faveur de l’éducation ou de l’égalité de genres par exemple", explique Vincent Piche. Pour identifier ces objectifs, Kimpa s’appuie sur les 17 objectifs de développement durable de l’ONU, qui sont ensuite réfléchis en tant que thèmes d’investissement. Pour rendre compte à ses clients des incidences de leurs investissements, Kimpa a fait le choix d'utiliser le framework Iris+, qui propose une liste de 685 critères d’impacts.

"La transparence est une condition nécessaire pour réaliser un investissement d’impact. Les fonds d’investissement en manquent parfois, notamment sur la manière dont ils vont sourcer les projets à financer et accompagner les entrepreneurs dans cette trajectoire", explique Vincent Piche.

Relever les défis de demain

Un manque de transparence d’autant plus compliqué à gérer que l’investissement d’impact se démocratise, générant son lot d’écueils. "Dans l’impact, chaque investissement est différent, chaque entreprise aura des objectifs différents. Oui, les indicateurs sont difficiles à consolider, mais cette approche sur-mesure fait partie de la démarche et il est dangereux de vouloir trop simplifier les choses", explique Laurence Méhaignerie. Parmi les défis à relever pour le secteur de la finance d’impact, on retrouve également l’accessibilité de ces placements, notamment au grand public. Historiquement réservé aux investisseurs professionnels et aux institutionnels, l’investissement dans le private equity est de plus en plus accessible aux particuliers, notamment grâce à l’assurance-vie.

Eiffel Investment Group a mis en place pour la Maif une unité de compte baptisée Maif rendement vert, qui finance des centrales solaires en Europe. Ce fonds commun de placement à  risque (FCPR), labellisé Greenfin, est proposé dans des contrats d’assurance-vie et des plans d’épargne retraite. "Le private equity peut être accessible à tous, c’est simplement une question de ticket, de gestion du risque et de temps à dédier à bien qualifier les projets dans lesquels investir. Nous conseillons à nos clients de ne pas dépasser une proportion de 10 à 20 % de leur portefeuille d’investissement dans cette classe d’actifs, car il y a un véritable risque de perte en capital et d’illiquidité", explique Vincent Piche. Pour bien investir, il faut donc diversifier son portefeuille, y compris au sein d’une même classe d’actifs. Et ne pas se laisser séduire par l’effet "paillettes" du private equity, alerte Vincent Piche : "C’est une classe d’actifs que les clients apprécient beaucoup, car elle leur permet d’apprendre énormément sur un secteur donné et d’avoir un impact tangible. Mais il ne faut pas croire que parce qu’on investit dans une start-up, on va multiplier son capital par 10 en deux ans !"

Le crowdfunding, une porte sur l'impact

Les plate-formes de financement participatif permettent à des épargnants d’investir dans des entreprises non cotées en actions ou en obligations. Un mode de financement qui se démocratise et a su séduire les particuliers grâce à son caractère tangible.

En 2020, les plateformes de financement participatif ont passé la barre du milliard d'euros de collecte, selon les chiffres de Mazars pour Financement participatif France. Il s’agit de la plus forte croissance du secteur de son histoire avec une hausse de 62 % des montants financés en un an. Cet engouement en pleine période de crise sanitaire s’explique en partie par l’attrait des épargnants pour un modèle permettant d’investir au plus près des entreprises. "Il n’y a pas plus d’impact que dans le non coté. Il y a une vraie traçabilité, l’épargnant investit dans un projet en direct, il choisit directement l’entreprise qu’il souhaite financer", résume Lin-Na Zhang, directrice des opérations de la plateforme Lita.co.

Des outils de mesure 

Pour répondre aux préoccupations des épargnants et les sensibiliser à la notion d’impact, les plateformes de financement participatif ont développé des grilles d’analyse et de mesure. C’est le cas de Wiseed Transitions, la filiale de la plateforme Wiseed en charge de financer les projets liés à la transition énergétique. Les projets financés sont analysés à l’aune d’une grille de critères environnementaux, sociaux et de gouvernance. "Le projet doit également être aligné sur la philosophie de la taxonomie européenne : nous nous interdisons de financer une entreprise qui génère un impact positif mais présente des impacts négatifs corollaires", détaille Jean-Marc Clerc, directeur général de Wiseed Transitions. La plate-forme Lita.co a elle aussi développé des outils de mesure, qui prennent la forme d’indicateurs d’impact qui vont être mis en avant pour suivre le projet financé. "L’un de ces indicateurs sera particulièrement mis en avant et sera symbolique de l’impact de l’activité de l’entreprise", explique Lin-Na Zhang.

D'épargnants à actionnaires 

Le travail des plate-formes est aussi de sensibiliser les épargnants à leur rôle d’actionnaires lorsqu’ils investissent en actions, et notamment la possibilité de participer aux assemblées générales des entreprises financées. Au sein de Wiseed Transitions, chaque investisseur peut proposer sa candidature pour devenir représentant de ses pairs au comité stratégique ou au conseil d’administration de l’entreprise financée. Une opportunité qui n’est pas tributaire d’un certain montant investi : sur Wiseed comme sur Lita.co, il est possible d’investir à partir de 100 euros.

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