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Performances, impact, réglementation... Tout comprendre à l'Investissement Socialement Responsable

©yopinco/Shutterstock

Quelles sont les garanties qu'un fonds est ISR ? 

Faute de définition commune, les investisseurs peuvent avoir du mal à faire le tri face à la grande variété de stratégies proposées par les produits se réclamant de l’ISR. Pour aider ces derniers à y voir plus clair, différents labels ont vu le jour en France.

Portés par les pouvoirs publics, les labels ISR (751 fonds labellisés, pour 570 milliards d’euros d’encours à fin juillet 2021) et Greenfin (62 fonds labellisés, pour 17 milliards d’euros d’encours à juin 2021) figurent parmi les principaux. Créé en 1997, le label Finansol distingue quant à lui les produits d’épargne solidaire. Les référentiels complets sont disponibles sur les sites de chaque label.

D’autres labels et standards existent en Europe, et sont répertoriés dans le "Panorama des labels européens de Finance Durable" de Novethic, qui en dresse les principaux chiffres et caractéristiques.

La documentation contractuelle compose également une source d’informations importante pour comprendre les méthodologies mises en place par les gérants. D’autant qu’en France et en Europe, le cadre réglementaire évolue rapidement, imposant de nouvelles obligations de transparence sur la prise en compte ou non de l’ESG dans les stratégies d’investissement.

Comment être sûr du caractère durable de son investissement ? 

François LETT, Directeur du département éthique et solidaire chez Ecofi :

Malheureusement pour lui, l’investisseur actuel motivé pour donner un caractère durable à son investissement est immédiatement noyé sous les acronymes et les appellations lapidaires : ESG, ISR, développement durable, portefeuille aligné sur l’accord de Paris, etc.

Lueur d’espoir, la directive européenne SFDR (Sustainable Finance Disclosure Regulation) entrée en application en mars 2021, a créé des fonds dits "article 9" qui concernent les produits financiers dont l’objectif est un investissement durable. Soit, "un investissement dans une activité économique qui contribue à un objectif environnemental, mesuré par exemple, par des indicateurs clés d’efficacité dans l’utilisation de l’énergie, de l’eau et des sols, ou dans son impact sur la biodiversité, ou un investissement dans une activité économique qui contribue à un objectif social... ". Pour le dire simplement un investissement durable doit comporter au moins un objectif quantitatif ex-ante d’impact environnemental ou social à atteindre à une échéance donnée, par exemple une intensité carbone ou des créations d’emplois.

Il va de soi que le gestionnaire doit également mettre en œuvre une sélection ESG (environnement, social, gouvernance) rigoureuse pour ses investissements et pratiquer un engagement actionnarial (vote aux assemblées générales et dialogue actif). 

Que dit la réglementation en matière de finance durable ? 

Le cadre réglementaire européen impose notamment, via le règlement SFDR (Sustainable Finance Disclosure Regulation), à l’ensemble des fournisseurs de produits financiers commercialisés en Europe de publier des informations sur la manière dont ils intègrent l’ESG - ou non - dans leurs méthodologies. Ces produits peuvent être classés selon trois catégories : ceux n’affichant pas d’objectifs de durabilité (article 6), ceux faisant la promotion de caractéristiques environnementales et/ou sociales (article 8) et ceux dont l’objectif est d’avoir une incidence positive sur l’environnement et la société (article 9). Adopté en 2020, le règlement établissant une taxonomie verte est l’un des autres axes structurants du dispositif européen. Concrètement, celle-ci consiste en une classification des activités économiques selon leur degré de durabilité en matière environnementale, devant ainsi permettre aux investisseurs d’orienter plus facilement les capitaux vers "des technologies et des entreprises plus durables". La création d’un standard européen pour les obligations durables et de nouvelles catégories d’indices bas carbone complètent cet arsenal.

En parallèle, des travaux sont également en cours sur le volet de la distribution, avec des modifications de la directive MiFID II et de la directive sur la distribution d’assurance (DDA) afin d’inclure les préférences clients en matière de durabilité dans les activités de conseil. Au niveau français, l’article 29 la loi énergie climat est récemment venu prendre le relais de l’article 173-VI de la loi transition énergétique pour la croissance verte, obligeant notamment les investisseurs à publier des informations sur l’intégration des critères ESG dans leurs politiques d’investissement. La doctrine de l’Autorité des marchés financiers s’intéresse quant à elle à la commercialisation des produits, et "vise à assurer une proportionnalité entre la réalité de la prise en compte des facteurs extra-financiers dans la gestion et la place qui leur est réservée dans la communication aux investisseurs". Enfin, la loi Pacte (2020) a également impacté l’écosystème français en imposant à tous les contrats d’assurance vie d’intégrer au moins une unité de compte labellisée ISR, Greenfin et ISR dans leur offre à partir de 2022.

L'ISR est-il sorti gagnant de la crise sanitaire ? 

Nathaële Rebondy, Responsable de la Durabilité pour l’Europe chez Schroders : 

La crise sanitaire nous a donné l’occasion de constater que la durabilité n'est pas un luxe que les investisseurs s’accordent en période d’embellie, mais au contraire un enjeu crucial durant des temps difficiles.

Le dialogue entre les investisseurs et les entreprises en est sorti grandi : la crise a permis de mettre en lumière que l'aspect social est tout aussi important que les problématiques environnementales, en mettant l'accent sur la manière dont les sociétés ont traité leurs employés, protégé leurs clients et soutenu leurs fournisseurs. Cela est désormais scruté par la grande majorité des investisseurs au même titre que les marges bénéficiaires et les bilans.

La pandémie a par ailleurs amené beaucoup d’entre nous à faire le point sur leurs valeurs, et cela a de grandes implications sur les investissements : la dernière édition de notre étude annuelle auprès des investisseurs particuliers à travers le monde montre que ces derniers attendent des entreprises qu’elles accordent la priorité aux mesures ayant un impact positif sur l'environnement et la société dans son ensemble. 77 % d’entre eux n'investiront pas à l'encontre de leurs convictions personnelles.

Nous avons le pouvoir de choisir de manière éclairée vers quelles sociétés responsables nous souhaitons diriger nos capitaux et de soutenir la transition de nombreuses autres, d’investir en obligations vertes ou sociales et de veiller ainsi à ce que la durabilité reste à l'ordre du jour alors que la reprise s’amorce.

L'ISR rapporte-t-il autant qu'un investissement classique ? 

 Publié en juillet 2021, le Baromètre de l’épargne responsable de la Banque Postale et Cashbee révèle que plus de 70 % des personnes interrogées "ne savent pas ou pensent que le rendement financier d’un placement ISR est inférieur à celui d’un placement traditionnel".

Pourtant, les nombreux papiers académiques et études menés sur ce sujet ces dernières décennies tendent à montrer que la prise en compte de critères extra-financiers n’est pas synonyme de rentabilité inférieure. Au contraire même, dans certains cas, le choix de ces stratégies peut s’avérer payant. Au premier semestre 2020, les fonds ESG ont ainsi globalement affiché une meilleure résilience face à la chute ayant affecté les marchés. Sur l’année, 62 % des fonds labellisés ont également surperformé le marché, selon une étude du FIR et de l’École Polytechnique. Plus globalement l’Observatoire de Quantalys et NN Investment Partners note une surperformance des fonds ISR par rapport aux fonds non ISR sur moyenne et longue période.

Différents arguments sont invoqués pour expliquer ces bonnes performances : sous/surpondération de certains secteurs, meilleure maîtrise des risques, identification d’opportunités porteuses sur le long terme... Ces facteurs peuvent varier en fonction de la nature de chaque fonds.

Quelle place pour l'ISR dans une allocation financière ? 

Olivier Chamard, Responsable Relations Partenaires chez Sycomore AM : 

La place des fonds ISR au sein des allocations préconisées par les Conseillers en Gestion de Patrimoine n’a cessé de progresser au fil du temps, en nette augmentation ces deux dernières années. Alors que presque personne n’y prêtait attention il y a dix ans, une récente prise de conscience des enjeux sociétaux et environnementaux a fait de l’investissement responsable un incontournable. Les craintes liées au déficit de performance des fonds ISR par rapport aux fonds traditionnels n’ont plus lieu d’être, leurs performances étant en ligne, voire même supérieures* aux performances des fonds « classiques » pour un risque (volatilité) souvent moindre. Au fur et à mesure que les solutions d’investissement durables ont fait leurs preuves, l’offre n’a cessé de s’étoffer pour couvrir les différentes classes d’actifs – on trouve désormais des fonds obligataires et des fonds diversifiés labellisés ISR – et de se spécialiser, notamment sur des thématiques d’avenir comme l’éducation, la transition écologique, la technologie, le bien-être au travail ou encore l’emploi. Aujourd’hui, certains conseillers ou assureurs n’hésitent plus à proposer à leurs clients des allocations/contrats 100% ISR.

Toutefois, si vous cherchez à avoir un impact positif à travers vos investissements, il faut rester vigilant sur la façon dont la société de gestion opère sa gestion ISR. En effet, si l’obtention du label ISR est un bon indicateur, d’autres éléments tels qu’une équipe ESG (Environnement, Social, Gouvernance) dédiée, une recherche indépendante et l’implémentation de critères ESG au cœur du processus de gestion sont autant de paramètres à prendre en compte. L’ISR a donc bien sa place au sein d’une allocation financière et peut même se monter à 100% des investissements pour les plus convaincus.

Comment mesure-t-on l'impact de l'ISR ?  

C’est l’un des grands enjeux de la finance durable. Face aux attentes grandissantes des investisseurs, aux soupçons de greenwashing, aux besoins en financements liés à la transition écologique ou encore à un cadre réglementaire de plus en plus insistant, les fonds ISR sont dans la nécessité de prouver leur valeur ajoutée par rapport aux fonds classiques et aux indices en matière de contribution positive à l’environnement et/ou la société.

Pour mesurer et rendre compte de cet impact, les gérants ont recours dans leurs reportings à différents indicateurs dépendant généralement des approches et objectifs des fonds. Il peut s’agir par exemple de l’empreinte carbone du portefeuille ou du nombre d’emploi créés par les valeurs détenues. Il existe encore aujourd’hui une grande variété d’indicateurs et de modes de calcul différents, mais des tentatives d’harmonisation sont en cours afin notamment d’assurer la comparabilité entre les produits. Les labels et les textes réglementaires en particulier ont introduit un certain nombre d’indicateurs communs. Aujourd’hui, de plus en plus de sociétés de gestion (et d’entreprises) tentent également de démontrer leur contribution aux 17 Objectifs de Développement Durable adoptés par l’ONU.

Pourquoi est-ce que les stratégies orientées vers le S et le G paraissent parfois en retrait dans l'univers de l'ISR ? 

Jean-Philippe Desmartin, Directeur de l’Investissement Responsable chez Edmond de Rothschild Asset Management : 

La gouvernance est le pont naturel entre analyse financière et analyse durabilité. Elle est de fait la stratégie la plus suivie par les Asset Managers et leurs clients investisseurs institutionnels et irriguent quasi systématiquement les fonds ISR. En revanche, les clients retail sont beaucoup moins sensibles aux sujets de gouvernance qui leur parlent assez peu. D’où une communication en général en retrait sur la gouvernance.

Au contraire, avec les Accord de Paris sur le climat, les acteurs de la finance responsable ont focalisé leur attention entre 2015 et 2020 sur les urgences environnementales. Les manifestations du changement climatique se font de plus en plus criantes chaque année, à l’image de l’été 2021. Des températures caniculaires un peu partout sur la planète ont déclenché dômes de chaleur et incendies ravageurs.

Si la crise sanitaire à ses débuts a braqué les projecteurs sur l’érosion de la biodiversité, depuis 18 mois, le Covid-19 et ses nombreuses conséquences remettent au centre des débats de nombreuses thématiques sociales, telles que la santé publique, les chaînes d’approvisionnement, les inégalités et les ressources humaines.

Chacun des trois piliers ESG, indicateurs clés pour la trajectoire future d’une entreprise, revêt de fait une
grande importance aux yeux des investisseurs. Cette préoccupation pour un équilibre entre les aspects sociaux et de gouvernance, tout autant que pour l’environnement, est là pour durer. Cet équilibre est en effet au cœur de la définition du développement durable formalisée par le rapport Brundtland en 1987.

 

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