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Analyses

L’épargne de plus en plus solidaire

©timages/Shutterstock

La finance solidaire est l’une des branches de la grande famille de la finance responsable. Elle permet de financer des sociétés non cotées qui relèvent de l’économie sociale et solidaire (ESS). Pour les épargnants et investisseurs particuliers, c’est l’un des moyens de redonner du sens à son argent et de développer une économie de proximité.

Aujourd’hui, l’ESS représente 10,5% de l’emploi sur le territoire national, une part non négligeable de l’économie française. Ses structures ont pour objectif principal l’intérêt général ou l’utilité sociale au sens large, avant même le profit. Elles sont présentes dans tous les secteurs d’activités, en particulier dans l’action sociale, l’accès au logement, à l’emploi, l’éducation, la santé, la culture, la solidarité internationale et l’environnement. Cette épargne solidaire est fléchée vers les associations et les "entreprises solidaires d’utilité sociale". Pour en bénéficier, elles doivent obtenir l’agrément ESUS.

Placements de partage ou d’investissements solidaires, quèsaco ?

Concrètement, un produit d’épargne solidaire est un support d’épargne classique auquel s’ajoute au moins un mécanisme de solidarité. Il existe deux grandes catégories : des placements de partage ou des placements d'investissements solidaires.

Pour les placements de partage, la solidarité se manifeste au niveau du partage des rendements : lorsque vous placez votre argent, 25 % minimum de l’intérêt généré est versé sous forme de don à une association, une fondation ou une organisation humanitaire. 

Les placements d’investissements solidaires, eux, permettent de placer une partie ou la totalité du capital d'investissement dans des activités à forte utilité sociale et environnementale. Plusieurs moyens sont à disposition des épargnants : soit les fonds solidaires, soit la prise de parts au capital d’entreprises solidaires non cotées. Dans ce cas, il s’agit d’acheter des actions ou des obligations convertibles en titres participatifs ou associatifs, via des plateformes de crowdfunding spécialisées comme Lita.co, ou auprès de clubs d’investisseurs comme les CIGALES, par exemple.

Les fonds solidaires sont surnommés "90/10". Pourquoi ? Le gestionnaire d’actifs place 90 % en actions ou en obligations sur des fonds ISR, qui en plus de leur performance financière sur les marchés, intègrent les critères Environnementaux Sociaux et de Gouvernance (ESG). Une part de 5 à 10 % maximum est utilisée pour financer des entreprises solidaires d’utilité sociale. De plus, il n’est pas rare de rencontrer des fonds mixtes, mélangeant fonds de partage et fonds solidaires. 

Comment devenir épargnant solidaire ?

Une bonne nouvelle : l’épargne solidaire ne nécessite pas de disposer de hauts revenus, elle est accessible à tous. Les épargnants ne doivent pas hésiter à en faire la demande auprès de leur banque, mutuelle d’assurance ou assurance. Il n’est pas rare que ces acteurs ne les proposent pas spontanément à leurs clients. De nombreux produits peuvent être solidaires : livrets (A ou LDDS), comptes à terme, OPC, comptes-titres, PEA, unités de compte au sein d’un contrat d’assurance-vie...

L’épargne salariale est également plébiscitée par les épargnants engagés, puisque c’est le premier canal de l’épargne solidaire. Le Plan d’épargne entreprise (PEE) et le Plan d’Épargne Retraite Collectif (PERCO) peuvent être placée, intégralement ou en partie, sur un fonds commun de placement d’entreprise solidaire (FCPES). 

Repérer les produits d’épargne solidaire : le label Finansol

Les épargnants peuvent se fier aux produits labellisés Finansol, qui sont sélectionnés selon des critères de solidarité et de transparence. C’est la garantie que son placement contribue à des projets utiles à l’environnement et à la société au sens large. Le label est attribué par l’association Finansol, créée en 1995, qui dispose d’un comité d’experts indépendants. Ses membres qui examinent annuellement le respect des critères, sont issus de la finance, des mondes associatif, syndical, universitaire et des médias. Attention, le label Finansol n’a pas pour objectif de garantir les performances financières des produits.

Quid de la performance financière ?

Comme pour tout placement, l’épargne solidaire n’est pas sans risque. Elle ne garantit en rien ni le capital investi, ni de meilleurs rendements. Si la priorité des épargnants solidaires n’est pas forcément le rendement, la performance financière est loin d’être incompatible. Les fonds solidaires, les "90/10" sont composés majoritairement de fonds ISR. Ils représentent près des ¾ des placements solidaires. Aujourd’hui, la rentabilité de l’ISR n’est plus à prouver.

De plus, les avantages fiscaux de certains produits d’épargne solidaires ne sont pas négligeables. Que ce soit avec un produit de partage, une épargne salariale ou des parts de capital d’une entreprise solidaire, des déductions fiscales sur l’impôt sur le revenu sont possibles, sous certaines conditions. La durée du placement compte toujours pour sélectionner le produit adapté à ses objectifs.

Dans quels secteurs investir ?

Aujourd’hui, il existe près de 160 produits labellisés Finansol. Actuellement, une majorité de projets relèvent d’activités écologiques. Nombre d’entre eux concernent également la santé, l’accès à l’emploi et au logement. Les énergies renouvelables semblent aujourd’hui un secteur assez mature pour investir. Énergie Partagée, par exemple, propose un placement en action sur toutes les technologies renouvelables (éolien, solaire, hydraulique, méthanisation, etc.). 100 % des fonds sont engagés au cœur de projets de transition énergétique locaux qui sont aux mains des habitants et des collectivités. L'action d’Énergie Partagée était de 100 euros en 2016 ; elle est de 110 euros aujourd'hui, soit une rentabilité annuelle de 2 à 3,5 %.

Un autre exemple, celui d’un fonds solidaire : le FCP Aviva La Fabrique Impact ISR.  En souscrivant, l’épargnant soutient à hauteur de 5 à 10% les activités d’Aviva Impact Investing France. Ce fonds finance des entreprises innovantes multi-secteurs : santé, insertion, environnement, économie collaborative et circulaire, tech for good, textile responsable… On y trouve des startups qui ont fait la preuve de leur impact et de leur rentabilité, comme la marque 1083. Ce jeune fleuron de la mode a relocalisé en France la fabrication de jeans, en matières bio ou recyclées. Autre success story : Phenix, une startup qui lutte contre le gaspillage alimentaire en récupérant les invendus de la grande distribution et des commerçants, pour les redistribuer aux associations, les vendre aux consommateurs à moindre coûts ou les valoriser en énergie renouvelable. Côté performance, le fonds affichait + 4,87% sur l’année 2019. Rappelons-le : les performances passées ne présagent pas des performances futures.

2019 : année record pour l’épargne solidaire

Les dernières tendances ont été révélées dans le 18èmeBaromètre annuel Lacroix / Finansol de la finance solidaire. L’encours total de l’épargne solidaire a atteint 15,6 milliards d’euros. Avec une croissance de +24 %, c’est la meilleure année jamais réalisée. Ce sont +3 milliards d’euros collectés auprès des épargnants solidaires, un record en collecte absolue.  Les experts parlent d’une véritable lame de fond. En 2019, la finance solidaire a ainsi permis de créer ou consolider 42 000 emplois.

Il faudra attendre le prochain baromètre pour préciser si la crise a accéléré ou ralenti cette tendance, mais il y a des signaux en faveur de ce mouvement montant. La loi Pacte, promulguée en mai 2019, devrait faire grandir la part solidaire des plans d’épargne retraite. Elle a élargi l’obligation de proposer un fonds solidaire à l’ensemble des dispositifs de l’épargne retraite d’entreprise. De plus, dès 2022, les assurances-vie devront proposer au moins une unité de compte solidaire dans chaque contrat. Ainsi, l’offre de fonds solidaires va très probablement continuer à progresser ces prochaines années.

A venir, La Semaine de la finance solidaire qui aura lieu du 2 au 9 novembre, avec l’annonce des lauréats des Grands Prix de la finance solidaire…

En partenariat avec BFM Business : revoir la chronique ici.

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