Finance

ISR : épargne salariale, impact, définitions... 4 questions de CGP

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Termes obscurs, possibilités de greenwashing, impact réel... l'investissement socialement responsable amène avec lui son lot de zones d'ombre et d'interrogations. 

Anne Delaroche - Delaroche Patrimoine

Pourquoi les investissements ISR ont-ils été rendus obligatoires dans l’épargne salariale ? De qui émane cette initiative et de quand date-t-elle ?

 

Pierre-Yves Chanu - Représentant de la CGT au Comité Intersyndical de l'Épargne Salariale (CIES)

Les investissements ISR n’ont jamais été rendus obligatoires dans l’épargne salariale. La Loi demande simplement qu’un fonds solidaire investi à hauteur de 5 à 10% dans l’économie sociale et solidaire soit proposé dans le cadre du PERCO (plan d’épargne retraite collectif constitué normalement en vue de la retraite).

Cependant, 4 confédérations syndicales de salariés (CGT, CFDT, CFE-CGC et CFTC) ont constitué le comité intersyndical de l’épargne salariale qui attribue un label (CIES) aux offres d’épargne salariale dont l’un des critères essentiel est d’être géré selon une démarche ISR.

 

Eric Borias - AXYNE FINANCE

Dans le monde de la gestion financière, l’ISR occupe une place très modeste, alors que plus de 70% des français se disent prêts à investir dans cette thématique, quelle en est la raison et comment les métiers de la gestion peuvent-ils trouver des solutions pour mieux intégrer cette thématique dans leurs investissements ?

Hervé Guez - Directeur de la recherche et de la gestion actions et taux chez Mirova 

Les français sont demandeurs de solutions financière capables de concilier performance et impact environnemental et social. Des études le montrent, et au niveau de Mirova, qui est un acteur de référence de l’ISR, nous constatons une forte croissance des encours en provenance des particuliers. Deux principales raisons freinent une croissance plus rapide de l’ISR : le manque de transparence et d’harmonisation des produits, qui les rendent peu lisibles pour les investisseurs et les conseillers. Le fait que les clients sont rarement interrogés sur leur sensibilité aux questions sociales et environnementales, et ne se voient pas proposer ces produits.
En tant que société de gestion, nous sommes en faveur de labels harmonisés et de qualité et d’une transparence plus grande de l’information. Les investisseurs attendent de l’ISR une démarche différente et sont prêts, pour cela, à dévier des produits et des indices classiques. En retour, il faut leur expliquer le bénéfice visé, le processus d’investissement appliqué, et leur démontrer l’impact. Chez Mirova, par exemple, nous calculons l’empreinte carbone de nos portefeuilles pour nous assurer qu’ils respectent une trajectoire de réchauffement climatique de 2 °C.

Le mot de l'AFG

L’investissement socialement responsable n’occupe pas une place très modeste dans le monde de la gestion, ses encours représentent 310 milliards d’euros et sont en constante évolution. Par ailleurs, l’ensemble des approches des sociétés de gestion prenant en compte les critères environnementaux, sociaux et de qualité de gouvernance s’élèvent en France à 1081 milliards d’euros au 31 décembre 2017. L’ISR reste toutefois méconnu du grand public. C’est pour cette raison que les sociétés de gestion font des efforts pour rendre plus transparents les produits qui sont offerts à la commercialisation notamment à travers le Label ISR dont les encours représentent plus de 49 milliards d’euros ou en diversifiant l’offre de produits thématiques (environnementale ou sociale).

 

Cyril Brengues - Office Experts Patrimoine

ISR, ESG, exclusions sectorielles, approche thématique... Peut-on espérer un jour avoir une définition commune de l’ISR pour toutes les sociétés de gestion ?

 

 

Anne-Claire Impériale - Analyste, Spécialiste ESG chez Sycomore Asset Management 

ISR, ESG, approche thématique... Il existe en effet un jargon propre à l’investissement socialement responsable (ISR) qui peut porter à confusion pour l’épargnant non-initié, voire le décourager dans sa quête d’investisseur responsable. Pour autant, il existe une définition commune, portée par le label ISR, à savoir : "L’ISR est un placement qui vise à concilier performance économique et impact social et environnemental en finançant les entreprises qui contribuent au développement durable dans tous les secteurs d’activité". Ce label cible l’intégration systématique et sélective de critères ESG (Environnement – Social – Gouvernance) dans l’analyse des sociétés qui composent un portefeuille.

Toutefois, si le label ISR a défini un socle d’exigences commun et oblige l’ensemble des sociétés de gestion à respecter des contraintes d’investissement strictes, il laisse la place à une offre variée de solutions d’investissement. Au même titre que vos clients peuvent investir, selon leur appétence pour le risque, dans des stratégies alternatives ou obligataires, des fonds flexibles ou purs actions, ils ont également la possibilité de flécher leur épargne vers des produits responsables qui répondent à leurs attentes en matière environnementale, sociale ou sociétale, d’où l’existence de fonds thématiques.

Le label ISR octroie également aux sociétés de gestion la liberté de gérer leurs fonds en s’appuyant sur leur propre démarche d’investisseur responsable. Certaines adoptent une approche "Best-in-Universe", éloignée des indices, d’autres "Best-in- Class", plus proche des indices, ou encore d’"Exclusion sectorielle"... Il s’agit tout simplement des différents styles de gestion ISR qui permettent, à l’instar des fonds thématiques, d’élargir l’offre sur le marché. N’hésitez pas à "challenger" les sociétés de gestion avec lesquelles vous travaillez pour valider la robustesse de leur approche. Bien que le label ISR se limite aujourd’hui aux fonds français, un groupe de travail œuvre actuellement à la définition d’un label ISR européen.

 

Pascal Baussant - Baussant Conseil

Comment vérifier l’impact réel d’un investissement sur un fonds ISR ? Comment mesurer cet impact ?

 

Anne-Catherine Husson-Traore - Directrice générale de Novethic

La montée en puissance des attentes de performances environnementales et sociales, s’ajoutant aux performances financières vient bousculer l’offre ISR traditionnelle. Celle-ci a été construite sur des processus souvent complexes destinés à ne pas trop éloigner les fonds ISR de leurs benchmarks de référence. Leurs promoteurs étaient persuadés que les clients ne voudraient pas de produits plus innovants.

Or, ils se sont confrontés à la nécessité de devoir prouver à leurs clients que l’intégration de critères ESG permet, in fine, de protéger la biodiversité, baisser les émissions de gaz à effet de serre ou encore de créer de l’emploi. Pour apporter cette preuve, il manque un élément clef : un reporting adapté qui expliquerait comment les entreprises minimisent leurs impacts négatifs, et en quoi leurs stratégies maximisent leurs impacts positifs sur le climat ou sur les communautés des territoires où elles opèrent. C’est pourquoi l’engagement actionnarial qui permet non seulement aux investisseurs ISR d’obtenir ces reporting, mais aussi d’influencer positivement et durablement la stratégie des entreprises, est la clef de voute d’un ISR à impact réel. Ces démarches existent déjà dans les fonds que Novethic qualifie d’ISR de conviction, mais pour changer la donne, elles doivent monter en puissance.

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