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Finance

Chez Quantalys, les fonds ISR sont désormais classifiés selon leur intensité ESG

© Vintage Tone/Shutterstock

La société d'analyse a lancé il y a quelques semaines Quantalys ESG 360, dont l'un des objectifs premiers est d'aider les investisseurs à y voir plus clair dans la cacophonie d'annonces autour de l'ISR, explique son co-fondateur, Jean-Paul Raymond. 

Vous avez a lancé récemment la démarche ESG360. En quoi consiste-t-elle exactement ?

Il s’agit d’un système de classification extra-financière des fonds dont la méthodologie repose sur 4 piliers. Le premier concerne l’intensité ESG, c’est-à-dire le caractère plus ou moins dominant des critères ESG dans la stratégie d’investissement du fonds. Ensuite viennent les critères ESG retenus par le fonds (est-ce un fonds ESG global ou plutôt un fonds orienté S ou G par exemple ?) et l’approche ESG de la stratégie d’investissement (best-in-class, exclusion, fonds ODD…), qui revêt une réelle importance, puisqu’elle va déterminer quelles sont les valeurs éligibles : par exemple, une pétrolière pourra être écartée ou non selon qu’il s’agisse d’un fonds d’exclusion ou d’un fonds best-in-class. Enfin le dernier pilier touche aux thématiques sur lesquelles se positionnent les fonds ESG.

Sur quelles données se base cette classification ?

Pour établir une classification la plus neutre possible, nous nous appuyons sur les prospectus des fonds, en partant du principe qu’il s’agit du seul document officiel juridiquement valable que l’asset manager publie. Si ce qui est dit dans le prospectus n’est pas suivi d’effets, il peut y avoir une plainte à l’AMF, donc on part d’un document sur lequel il y a un vrai engagement : un client peut à tout moment aller consulter un rapport mensuel et juger que les titres en portefeuille ne sont pas conformes à la stratégie annoncée, auquel cas il pourra alors attaquer la société de gestion.  

Pourquoi avoir lancé un tel outil ?

Principalement parce que ça fait maintenant un certain nombre d’années que ces sujets occupent une place grandissante chez les investisseurs, et que l’attente de ces derniers en matière de produits conformes à leurs convictions va encore augmenter à l’avenir. En parallèle, il est également évident qu’il y a des gens qui vont répondre à cette demande de manière nette, parce que c’est dans leur ADN et parce qu’ils comprennent que c’est fondamental, mais il y a aussi ceux qui vont faire du greenwashing et qui seront dans une posture uniquement commerciale.

En termes de chiffres, sur 12 000 fonds répertoriés, nous en avons aujourd’hui environ 900, soit entre 8 et 9 %, qui se déclarent ESG ou ISR et notre estimation est qu’on en sera à 25 % dans quelques années. Désormais d’ailleurs, on voit mal un gérant sortir un nouveau fonds qui ne soit pas ESG. On sent donc bien qu’il y a une vraie lame de fond, mais à l’arrivée l’important est de pouvoir vérifier si on s’inscrit dans un phénomène de mode ou s’il s’agit d’une véritable conviction, sur la base de ce qui est dit dans les prospectus. Dans ce cadre, nous nous sommes dit qu’il était nécessaire de classer les fonds selon une grille de lecture qui les rende compréhensibles et comparables, ce qui permettra également de la pédagogie autour des différentes approches de l'ISR auprès de nos clients.

Comment cette classification doit-elle s’intégrer dans l’écosystème Quantalys ?

L’idée est de pouvoir prendre deux fonds d’une même catégorie et de les comparer sur des éléments ESG aussi facilement qu’on le fait aujourd’hui sur leur volatilité ou leur performance. Tout cette dimension va donc à terme remonter dans les outils de Quantalys pour permettre par exemple de filtrer les fonds best-in-class liés à l’accès à l’eau avec un encours de plus de 100 millions et une volatilité inférieure à 10 %, ou de décider, lors de l’optimisation, du pourcentage de fonds ESG voulu dans le portefeuille.

En parallèle, nous allons également réaliser un observatoire trimestriel qui va permettre notamment de comparer des critères ESG avec des critères financiers afin d’amener des éléments de réponse à la fameuse question « est-ce que l’ESG se fait au détriment de la performance financière ? », qui demeure un vrai sujet en particulier pour l’investisseur final. Ainsi, se rendra peut-être compte que la moyenne des fonds avec 3 en intensité ESG notés 5 étoiles sera plus élevée que celle des fonds classiques.

Enfin, la corrélation entre la classification telle que nous la faisons et les différentes labellisations est également un sujet intéressant que nous aimerions aborder.

Est-ce que selon vous cette intensité ESG entre aujourd'hui réellement en compte dans les décisions d’investissement ?

Honnêtement non. Bien sûr, il a quelques clients qui sont convaincus, mais majoritairement l’ESG n’est pas un critère de choix. J’en veux pour preuve que beaucoup de CGP se ruent en ce moment sur des fonds qui sont très loin d’être ESG.    

Mais les choses s’imposent : les asset managers ont une profonde conviction et on sent qu’il y a un intérêt du public pour cette thématique, et par effet de levier, les CGP vont forcément commencer à se poser des questions. Avec la mort annoncée du support en euros, ces derniers vont également devoir trouver de nouveaux produits vers lesquels diriger les clients tout en expliquant qu’il faut désormais prendre du risque, et l’un des stroytellings évidents est l’ESG : « votre argent va servir à financer la transition énergétique et cette conviction va amener une meilleure performance à long terme ».

Pour nous, il est essentiel que cette classification rentre dans les mœurs, que les gens regardent d’abord l’intensité ESG des fonds et qu’ensuite ils aillent regarder les fonds qui ont la meilleure note financière. Si on arrive à ça, ça veut dire qu’on n’aura pas tout perdu.

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