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Finance

Cahier des charges, valeurs pétrolières, suivi des sociétés... 3 questions de CGP sur l'ISR

©yopinco/Shutterstock

Existe-t-il un cahier des charges commun à l'ensemble des sociétés de gestion ? Comment savoir si un fonds labellisé ISR est investi ou non dans les sociétés pétrolières ? Comment être sûr que l’on investit dans les entreprises les plus "socialement responsables" ? Des professionnels du milieu répondent aux questions des CGP.

 

Michel Brunoro - Groupe PEA

Mes clients me posent souvent la question suivante : « Nous sommes intéressés par l'idée de donner du sens à nos investissements, mais quelles sont les garanties que les entreprises sélectionnées sont réellement ISR ? Existe-t-il un cahier des charges commun à l'ensemble des sociétés de gestion ? »

Caroline Moy - Manager de Gaïa Rating

L’investissement responsable est la réponse au besoin de sens des investissements et d’une meilleure gestion des risques. Il favorise une meilleure performance financière et extra-financière. Face à une hétérogénéité des pratiques en la matière, le ministère des finances a créé le Label ISR. Ce dernier fournit un cahier des charges commun aux sociétés de gestion pour structurer leur politique d’investissement ISR. L’objectif de ce label est de certifier que la méthode d’investissement du fond est discriminante et permet bien de sélectionner les entreprises les plus responsables. Pour identifier ces entreprises, les sociétés de gestion ont recours aux services d’une agence de notation ESG externe. Celle-ci évalue la maîtrise des enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance des entreprises et le matérialise dans une note. Cela permet aux sociétés de gestion de sélectionner des cibles d’investissement pertinentes du point de vue de la responsabilité sociale et de respecter les exigences du Label ISR. Si ce label est le seul standard de référence sur le marché français, il convient de noter que d’autres méthodologies ISR existent en réponse à la diversité de philosophies d’investissement responsable. La performance extra-financière peut, en plus de cette note ESG globale, être mesurée à l’aide d’indicateurs d’impacts : nombre d’emplois créés, taux d’absentéisme moyen, empreintes carbone du fonds...

 

Laurence Giraud Berthet - LGA Stratégie & Patrimoine 

Aujourd’hui les approches ISR sont très variées – critères ESG, exclusion sectorielle, approche thématique,... - comment savoir si un fonds labellisé ISR est investi ou non dans les sociétés pétrolières ou plus largement dans les énergies fossiles ?

 

Thiên-Minh Polodna - Chargé de mission Forum pour l'Investissement Responsable    

Pour mieux comprendre les fonds ISR et comment ils fonctionnent, il existe un document qui s’appelle le Code de Transparence. Il est obligatoire en France pour les fonds ISR ouverts au public des sociétés de gestion membres de l’AFG et du FIR. Il a été créé par Eurosif, le FIR européen. Il est disponible sur la page des fonds sur le site des sociétés de gestion. Ce document a vocation à améliorer la lisibilité et la transparence de la démarche des fonds ISR vis-à-vis des investisseurs et épargnants, et de toute autre partie prenante. Outre des informations sur la société de gestion et son engagement en matière d’ISR, on doit y trouver des informations sur la méthodologie de gestion ISR appliquée par le fonds et les moyens mis en œuvre. C’est ainsi là qu’on peut trouver comment les portefeuilles sont construits et si d’éventuelles exclusions sont appliquées par le fonds. C’est le document le plus complet pour comprendre un fonds ISR, il est d’ailleurs particulièrement scruté par l’AMF en ce qui concerne les fonds ISR et leur communication envers les investisseurs. Il est aussi un prérequis pour le label ISR public.

Sur le sujet de l’exclusion, il y a débat entre les acteurs. Si un consensus tend à se dégager en faveur de l’exclusion de secteurs comme le tabac ou le charbon, ce n’est pas encore le cas pour les autres énergies fossiles pour lesquelles – et comme pour d’autres secteurs – d’autres approches sont privilégiées. Celles-ci consistent à rester investi dans les entreprises pour s’engager avec elles dans un dialogue avec comme objectif de les accompagner vers la transformation de leur modèle économique. Certains développent aussi l’argument selon lequel, si on n’investit pas dans ces entreprises, des investisseurs moins regardants le feront. À noter que la culture de l’exclusion est différente selon les pays, les exclusions sectorielles et normatives sont largement répandues chez les investisseurs nordiques par exemple. Sur un secteur comme le nucléaire, la France ne l’exclut pas de manière systématique alors que c’est le cas en Allemagne.

 

Pascale Gloser - Sianne Patrimoine

Comment être sûr que l’on investit dans les entreprises les plus « socialement responsables » ? Quels moyens sont mis en œuvre pour identifier, puis suivre ces sociétés ?

 

Anne-Catherine Husson-Traore - Directrice générale de Novethic 

On ne peut pas forcément en être sûr. En revanche on peut le demander, voire l’exiger en se renseignant auprès de son vendeur de produits financiers sur les engagements pris par le « fabriquant » du produit, à savoir la société de gestion. Cette dernière s’est-elle contentée de donner un nom qui sonne durable au produit financier qu’elle commercialise, ou en décrit-elle avec détails le processus de gestion financière qui inclut des critères Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG) ? Si le produit financier bénéficie d’un label officiel comme les labels Greenfin et ISR promus par le gouvernement, c’est un gage de sérieux de sa démarche, puisque la société de gestion a fait évaluer la qualité de sa gestion responsable par un tiers externe et indépendant.

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