Claire Mouchotte, Analyste Durabilité, spécialiste capital humain, et Anaïs Cassagne, Analyste Durabilité, spécialiste droits humains, Sycomore AM.
Info Partenaire

Santé mentale : l'affaire des entreprises comme des investisseurs

La santé mentale, désignée grande cause nationale 2025 puis reconduite en 2026, s’impose comme un enjeu de société majeur. Encore peu structurée, elle constitue pourtant un sujet économique et stratégique pour les entreprises comme pour les investisseurs.

Absentéisme, arrêts maladie, perte de motivation et baisse de productivité représentent un coût significatif pour les organisations et pour la collectivité. Selon une étude de Deloitte UK (2025), chaque livre investie génère un retour d’environ 4,8£, tandis que l’OMS estimait dès 2022 son coût à près de 9 % du PIB mondial. La santé mentale est ainsi un enjeu à la fois financier et extra-financier que les investisseurs doivent intégrer, car elle participe clairement à la création de valeur à long terme. Pourtant, le sujet reste peu identifié dans les pratiques ESG et encore rarement formalisé au sein des entreprises.

En tant qu’investisseur engagé, Sycomore Asset Management a souhaité approfondir ce sujet afin de structurer un cadre d’analyse couvrant les enjeux internes (collaborateurs) et externes (consommateurs). C’est dans le cadre du Think Tank "2030, Investir demain" cofondé avec L’AGEFI et l’Info Durable qu’un groupe de travail réunissant différents experts a permis de dégager plusieurs enseignements après un an d’échanges et de réflexions sur le sujet.

Concernant les collaborateurs, une approche globale et structurée s’impose autour de trois axes : prévention, détection et réaction. Les entreprises les plus avancées combinent prévention primaire (organisation du travail), secondaire (détection des signaux) et tertiaire (accompagnement), avec une forte implication des managers de proximité et une participation active des salariés. La santé mentale y est traitée comme un élément structurant du modèle de travail. Ces entreprises présentent des caractéristiques communes : un engagement fort du leadership et une approche organisationnelle, au-delà des seules actions individuelles.

Du côté des consommateurs, le sujet reste émergent et également peu structuré. Certaines entreprises sont exposées à des risques liés à leurs modèles économiques, tels que la captation de l’attention, l’engagement prolongé ou les mécanismes d’addiction. Elles s’exposent alors à des risques réputationnels, réglementaires, juridiques ou encore de perte de confiance de leurs clients, pouvant se matérialiser financièrement et impacter la valeur d’une entreprise. La conception même des produits joue à cet égard un rôle central pour limiter les effets négatifs sur la santé mentale.

Dans ce contexte, les investisseurs ont un rôle clé à jouer pour structurer l’intégration de ces enjeux dans l’analyse ESG, à travers des indicateurs à la fois quantitatifs et qualitatifs. En menant un dialogue actionnarial actif et exigeant, ils peuvent valoriser les bonnes pratiques, sensibiliser aux risques et accompagner la transformation des entreprises vers des modèles plus durables.

Article rédigé par Sycomore AM.

Ce contenu reflète une réflexion menée dans le cadre d’un think tank et ne constitue ni une recommandation d’investissement ni un engagement ferme.

Retrouvez l'intégralité du Guide pratique de la finance durable - édition 2027

Découvrez le dossier en ligne du guide pratique