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Environnement

Zéro pesticide : à la recherche de la formule magique des cultures de demain

©Moritz Frankenberg/dpa Picture-Alliance/AFP

Comment se nourrir demain en préservant la planète ? Sur 120 hectares dans la région de Dijon (Côte d'Or), des chercheurs de l'Inrae testent toutes sortes d'hypothèses de cultures, avec ou sans labours, engrais ou irrigation, et sans aucun pesticide.

L'idée est de "concevoir des systèmes agricoles sans pesticides, en utilisant la biodiversité comme moyen de production" et en associant des agriculteurs, explique Stéphane Cordeau, agronome à l'Institut national de recherche pour l'agriculture et l'environnement (Inrae). Le chercheur pilote une plateforme expérimentale, baptisée CA-SYS - en anglais, co-designed agroecological system experiment - qui explore sur 50 parcelles des systèmes agroécologiques se voulant "performants au niveau environnemental" et "rentables économiquement à moyen terme".

Vu du ciel, c'est un vaste puzzle jaune, vert et marron, ponctué de bandes fleuries et d'herbes. Les couleurs changent au gré des saisons et des rotations de cultures, pour un test grandeur nature prévu sur douze années. Au traditionnel trio colza-blé-orge de nombreuses exploitations en grandes cultures sont ajoutés soja, tournesol ou pois selon diverses formules, avec des rotations plus longues, et parfois des associations de cultures, comme le blé et la féverole : la seconde leurrant les oiseaux et limitant la pression des maladies sur le premier. Le désherbage est mécanique, les apports en engrais azotés limités.

"Prendre des risques", "apprendre de nos échecs"

"Ici, on va prendre des risques qui vont au-delà de ce que peuvent faire les agriculteurs, explorer et apprendre de nos échecs", explique Stéphane Cordeau.

En France, où 35 % de ce que nous mangeons est lié à l'action des insectes pollinisateurs, le plan Ecophyto, révisé en 2018, s'est donné comme objectif de réduire de 50 % l'usage des pesticides de synthèse d'ici à 2025. Un objectif fixé à 2030 au niveau européen. La plateforme de l'Inrae va bien au-delà, en n'utilisant ni pesticides chimiques ni pesticides organiques. 10 % de sa surface agricole utile est couverte de bandes fleuries et enherbées, qui ne produisent pas de graines mais vont rendre "des services écosystémiques" : restituer au sol de sa qualité et favoriser la biodiversité. "Si vous réglez tout le temps le problème - en ajoutant, même épisodiquement, un désherbant - vous ne saurez jamais si vous pouvez avoir des prédateurs qui vont gérer les nuisibles", souligne le chercheur Xavier Reboud.

Au bord d'un champ d'orges de printemps, sa collègue ingénieure agronome Violaine Deytieux désigne un piquet à rapaces, destiné à favoriser un prédateur du campagnol dans une parcelle peu labourée où le petit rongeur "n'est donc pas trop dérangé". Ailleurs, ce sont des plantes répulsives qui joueront ce rôle contre des insectes ou une association de cultures qui va renforcer l'une contre une maladie et apporter de l'azote à l'autre. Quatre ans après son lancement, le projet a essuyé des "impasses techniques" - des attaques contre la moutarde ou le colza, peu consommateurs de pesticides mais qui restent "difficiles à produire sans".

Mais l'espoir est là : si l'équipe de l'Inrae n'a "pas encore atteint ses objectifs", elle a déjà obtenu pour le blé un rendement à l'hectare de 50 quintaux (et en vise vingt de plus), contre environ 80 quintaux en conventionnel et 40 en bio.

La chimie, qui a permis d'atteindre des rendements exceptionnels, a épuisé les sols et pollué les nappes."

Irrigation faible, coûts moindre en pesticides et carburant nécessaire à leur épandage : "finalement, du point de vue économique, notre bilan s'approche du conventionnel", au vu de la flambée actuelle des intrants, relève Xavier Reboud. "Nous devons nous préparer à cette transition", plaide-t-il, car "la chimie, qui a permis d'atteindre des rendements exceptionnels, a épuisé les sols et pollué les nappes" dans un contexte où le changement climatique va rendre encore plus incertain le travail des agriculteurs. Pour Stéphane Cordeau, "il y a de très fortes marges de manoeuvre pour réduire les pesticides". Il rappelle que le travail de sélection variétale de l'Inrae sur la vigne a permis "de passer de 16 à 2 traitements phytosanitaires". La transition, véritable choix de société, devra cependant passer par un accompagnement des exploitants et un changement de vision globale de l'agriculture, prévient-il.

Avec AFP. 

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