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EDITO

Tous lobbyistes pour un autre modèle de société

Et si nous étions des millions de lobbyistes pro-environnement en France ?
© Shutterstock/Arthimedes

La démission de Nicolas Hulot en début de semaine était aussi inattendue qu'attendue depuis son arrivée au gouvernement. Elle a soulevé plusieurs débats, dont celui des lobbies. Et si la situation n'était pas tout à fait celle que l'on nous raconte dans un contexte où la mobilisation citoyenne a toutes les chances de faire ses preuves ?

"C'est un problème de démocratie. Qui a le pouvoir ? Qui gouverne ?" C'est par ces mots que l'ex-Ministre d'Etat a qualifié son ras-le-bol en réaction à la présence de Thierry Coste, lobbyiste pour les chasseurs, lors d'une réunion à l'Elysée. Ce dernier n'a pas tardé à répliquer, déclarant notamment que "Nicolas Hulot avait envie de partir, je ne suis qu'un modeste prétexte" sur Franceinfo. Un prétexte ou une goutte d'eau qui a fait déborder un vase manifestement plein à ras bord.

Un débat sans fin ?

L'électrochoc a eu lieu et il a déclenché une vague de réactions et de discussions sur la place des lobbies en France, cette fameuse perméabilité public-privé qui n'épargne pas plus le "nouveau monde" (Edouard Philippe a été directeur des relations publiques d'Areva, Benjamin Griveaux d'Unibail-Rodamco) que l'ancien.

Pour les uns, il faut plus de transparence, pour les autres c'est le jeu démocratique. 

Le débat sur la place de l'environnement dans notre société relancé

C'est tout le mérite de cet épisode médiatico-politique : avoir mis un coup de projecteur sur cette question centrale, quelle est la place de l'environnement dans la société française ? Quelle est la stratégie du gouvernement ? Les Français sont-ils en attente, sont-ils ambitieux et attachés à ce sujet ? Et puis, comme chaque fois dans ce type de situation, est-ce une opportunité ou un coup dur ?

Parce que si le départ de Monsieur Hulot du gouvernement peut apparaître comme une nouvelle plutôt mauvaise, elle peut aussi avoir un effet mobilisateur. On ne va pas laisser les mains libres à un gouvernement qui ne prend pas au sérieux l'urgence climatique, le déclin de la biodiversité, l'impasse dans laquelle se trouve notre modèle agricole dominant ou énergétique ? Tant que Nicolas était là, il veillait au grain, mais maintenant...

Tous lobbyistes, à notre échelle

L'ex-ministre le concède, il n'avait pas le pouvoir de changer les choses en profondeur, il se sentait seul, il n'avait pas les moyens de ses ambitions. Il y a fort à parier qu'une transition profonde de notre modèle de société ne viendra pas d'en haut ces prochaines années. Dont acte.

Voilà l'occasion de saisir l'opportunité : les individus, associations, ONG, fondations, entreprises, élus...engagés sont probablement des millions en France. Acteurs du changement à leur échelle, ils croient dans une société plus sobre, vertueuse, respectueuse et ils font chaque jour un peu plus la preuve que la cause fédère et croît. 

Prendre la parole dans un dîner, écrire à un élu, partager un avis ou une expérience sur un réseau social ne sont pas des "petits gestes" inutiles. Défendre des convictions fait de chaque individu un lobbyiste, à son échelle. Et même si nous ne participons pas aux réunions à l'Elysée, il y a fort à croire que ces murmures, ajoutés les un aux autres, seront entendus et trouveront un écho.