Environnement

Matthieu Orphelin, la "conscience écologique" perdue des députés "marcheurs"

Matthieu Orphelin, député de la première circonscription du Maine-et-Loire, a annoncé le 6 février son départ du groupe La République En Marche.
©Jacques Demarthon/AFP

Matthieu Orphelin, ex-député LREM, a annoncé hier, mercredi 6 février, son départ du parti politique. Ce "marcheur", proche de Nicolas Hulot, a notamment évoqué le manque d'avancée sur les "enjeux climatiques, écologiques et sociaux". Retour sur le parcours de ce "Don Quichotte" de La République En Marche. 

"Habité" par son combat pour l'écologie et la solidarité, Matthieu Orphelin, un proche de Nicolas Hulot, a souvent exprimé une voix dissonante et refusé d'être la "caution verte" de la majorité, avant de finalement claquer mercredi la porte du groupe des députés LREM.

"Tant que je suis utile, je reste" disait encore tout récemment cet hyperactif de 46 ans, baskets aux pieds et sac au dos.

Mais cette figure de LREM, qui s'est abstenue mardi sur le texte "anticasseurs" comme 49 autres "marcheurs", a décidé de quitter le groupe, invoquant depuis le début du quinquennat des avancées insuffisantes sur les "enjeux climatiques, écologiques et sociaux".

Depuis son arrivée au Palais Bourbon, l'élu du Maine-et-Loire s'était activé pour trouver des compromis sur la loi asile-immigration, sur laquelle il s'était abstenu également. Il a aussi mené une bataille en vain pour inscrire dans la loi l'interdiction du glyphosate - le rapporteur Jean-Baptiste Moreau (LREM) l'a dépeint comme "très opiniâtre" mais aussi "hyper-attachant".

Dans les victoires à son actif, celui qui envoie des textos à Emmanuel Macron pour "alerter", a obtenu en décembre, avec d'autres parlementaires, le maintien des premières aides pour accompagner la transition énergétique, en pleine crise des "gilets jaunes".

C'est "un agitateur d'idées" qui a un "vrai flair politique", selon un cadre de la majorité. "S'il va sur un sujet, c'est pas pour beurrer les sandwichs".

Arrivé avec la vague des néo-députés de 2017, Matthieu Orphelin n'est pas un novice. Il a été militant EELV jusqu'en 2012 avant de devenir porte-parole de la fondation Hulot (2012-2015). Il a aussi été vice-président des Pays de la Loire de 2010 à 2015.

Il s'est intéressé à En marche dès la fin 2016, et a contribué à la campagne en tant qu'expert sur l'écologie.

En février 2017, il dépose sa candidature en ligne et se retrouve, un peu surpris, dans les 14 premiers candidats présentés. Après le premier tour, il devient le "trait d'union" entre Macron et Hulot.

Après le départ de son mentor du gouvernement en septembre, Matthieu Orphelin est resté chez les "marcheurs", où il faisait figure de "conscience écologique" du groupe, selon un collègue.

Il tire sa légitimité de son parcours : cet ingénieur de l'École centrale de Nantes et docteur en énergie de l'École des mines de Paris a fait l'essentiel de sa carrière à l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (ADEME).

- "Don Quichotte" -

L'élu au bouc soigné, qui a fait publiquement son "coming-out" gay en 2018, a aussi cherché à innover à l'Assemblée: avec un collectif transpartisan pour le climat ("Accélérons", environ 160 députés de tous bords), ou en oeuvrant pour plus de transparence.

Avec Nicolas Hulot, ils sont "souvent en phase, même sans se parler". L'ex-ministre qui l'appelle "environ deux fois par semaine", lui a témoigné récemment sa "confiance absolue" dans le Courrier de l'Ouest.

Un poids lourd de la majorité raille un élu "parfaitement hulotiste: quand il s'agit de soutenir les causes les plus impossibles mais les plus populaires, il est là. Mais quand il fallait mettre en oeuvre la taxe carburants pour financer une vraie transition écologique, il est resté caché...".

L'élu, qui discute au sein d'un pôle informel de l'aile gauche ("Les bisounours"), a "crispé" la majorité plusieurs fois, selon un cadre LREM, qui note qu'il "sait se servir des médias comme un levier d'influence". Au point d'agacer certains marcheurs qui lui reprochaient d'avoir "tendance à tirer la couverture à lui".

Certains dans l'opposition, à l'instar de Philippe Gosselin (LR), lui trouvaient "un côté un peu moulin à vent", le communiste Pierre Dharréville le voyant "contraint par le cadre" du groupe majoritaire et Ugo Bernalicis (LFI) comme "un petit caillou sur la route de LREM".

Ca peut être "plus simple" d'être dans l'opposition, mais "la majorité c'est le lieu qui permet d'avoir le plus d'avancées", répondait il y a quelques jours encore Matthieu Orphelin, se sentant "tout sauf le Don Quichotte".

Avec AFP.