Abonnez-vous

En vous abonnant, vous acceptez notre politique de confidentialité.

Environnement

Glyphosate : "plusieurs centaines de personnes ont contacté les Faucheurs volontaires pour se joindre à l'action nationale"

Plusieurs Faucheurs volontaires lancent une campagne d’analyses sur la contamination des citoyens par le glyphosate.
©CHRISTOPHE ESTASSY / CROWDSPARK

Alors que le ministre de la Transition écologique et solidaire Nicolas Hulot se dit confiant sur la sortie du glyphosate par la France sous trois ans, neuf Faucheurs volontaires d'Ariège ont déposé une plainte le 15 juin dernier contre les fabricants de cette substance. Pour mieux comprendre le contexte de cette plainte, ID s'est entretenu avec Maître Guillaume Tumerelle, l'avocat de ces Faucheurs volontaires.

Le glyphosate est au cœur de tous les débats. Le 22 juin dernier, ses modalités de sortie de l'agriculture française étaient précisées par les ministres de l'Agriculture et de la Transition écologique, Stéphane Travert et Nicolas Hulot. "Nous allons missionner une 'task force' pilotée par les deux ministères", ont-ils indiqué.

Quelques jours plus tôt, plusieurs Faucheurs volontaires ariégeois, des militants anti-OGM, déposaient plainte contre les fabricants de glyphosate et contre les décideurs ayant autorisé sa mise sur le marché. Ces derniers ont officialisé dans le même temps une campagne nationale de recherche de traces de glyphosate dans les urines. Leur objectif annoncé : "montrer à quel point les pesticides sont présents dans la nature et dans nos produits de consommation". Leur avocat Maître Guillaume Tumerelle a répondu à ID sur le contexte entourant cette plainte et cette action nationale.

Vous aviez déjà défendu des Faucheurs volontaires au Tribunal correctionnel de Foix en 2017. Neuf d'entre-eux viennent de lancer une campagne d'analyses nationale sur la contamination au glyphosate. Pouvez-vous nous rappeler les tenants et aboutissants de ce dossier ?

Le dossier a commencé à la suite d'une action nationale en mars 2016 des Faucheurs volontaires, qui étaient intervenus un peu partout en France dans des jardineries vendant des produits à base de glyphosate, notamment du RoundUp et des produits similaires. Ils avaient mis de la peinture sur ces produits pour tenter de les rendre impossibles à commercialiser. Plusieurs poursuites au pénal ont alors eu lieu, à Privas en Ardèche, à Foix en Ariège, à Guingamp, à Lorient et à Béziers. Nous, ce qu'on dénonçait (ndlr : devant le Tribunal correctionnel de Foix, en août 2017) c'est le fait qu'en application du principe de précaution, ces produits ne soient pas suffisamment testés. S'ils l'avaient été, ils n'auraient pas dû être sur le marché car ce sont des produits dangereux. Le Tribunal correctionnel de Foix nous a suivis et a saisi la Cour de Justice de l'Union européenne sur la contestation de la législation européenne. La question posée est de savoir si les règles d'agrément au niveau européen de produits comme le glyphosate sont conformes au principe de précaution, si on va suffisamment loin dans les analyses d'innocuité. 

Vous aviez au préalable présenté au Tribunal les tests d'urine que vous aviez effectués : ceux-ci montraient une contamination au glyphosate ?

Oui, dans le cadre de cette défense devant le Tribunal correctionnel de Foix, on a soumis tous les prévenus à des analyses d'urine, et je l'ai fait également en tant qu'avocat : il s'est avéré qu'on était tous contaminés par le glyphosate. On voulait un élément pour montrer au juge qu'on a un intérêt direct à agir, à faire une procédure, parce qu'on est contaminés en tant que citoyens. C'était un élément pour justifier l'action des Faucheurs volontaires, et les gens qui venaient les soutenir durant le procès de Foix ont indiqué eux aussi vouloir savoir s'ils étaient contaminés. C'est là (ndlr : en octobre 2017, à la fin du procès) que les Faucheurs de Foix ont eu l'idée de lancer une campagne d'analyses nationale, officialisée le 15 juin dernier.

Le 15 juin correspond aussi et surtout à la première plainte au pénal déposée par des Faucheurs volontaires...

C'est cela, la campagne germe depuis octobre et elle est officiellement lancée et diffusée très largement depuis le 15 juin, à l'occasion du dépôt de la première plainte au pénal par neuf membres du collectif de Foix, contre les personnes qui ont permis la commercialisation du glyphosate et les renouvellements d'autorisations. D'autres plaintes seront déposées au fur et à mesure par ceux qui souhaitent faire les analyses : plusieurs centaines de personnes ont déjà contacté le collectif des Faucheurs pour se joindre à cette action nationale. 

Si j'ai bien compris, pour l'instant, une centaine de Faucheurs volontaires un peu partout en France a subi ces analyses ainsi que vous. Et le reste de votre cabinet également ? 

On a fait des analyses avec ma femme avec qui je travaille à l'occasion du procès de Foix, et la semaine dernière j'ai demandé à tous les membres du cabinet s'ils souhaitaient le faire : on est sept et tout le monde veut le faire. On est donc en train d'organiser une journée d'analyses au sein du cabinet avec un huissier. On va essayer de regrouper les gens qui nous ont contactés pour des analyses et je pense qu'on aura déjà une bonne partie des résultats d'ici six mois. 

L'objectif de cette campagne est qu'il y ait une multiplication des plaintes ?

L'objectif est surtout d'alerter les politiques : on a beaucoup parlé du glyphosate il y a quelques semaines parce qu'on a proposé d'intégrer dans la loi un arrêt d'ici trois ans qui a été refusé par les députés. Cela ressort régulièrement et au niveau européen il y a eu de nouvelles autorisations, donc c'est parti pour être à nouveau prolongé. On est sur une molécule qui est classée cancérogène probable par l'OMS (ndlr : Organisation Mondiale de la Santé) et c'est le produit qu'on retrouve le plus dans les rivières. Je ne suis pas agriculteur, je ne suis pas censé être exposé à ça et pourtant je suis contaminé à des doses importantes.

Comment pensez-vous y avoir été exposé alors ?

Il faut rappeler que sur des produits comme le RoundUp il y a eu des condamnations assez anciennes de Monsanto pour des publicités mensongères, (...) et on a aussi d'autres produits de dégradation du glyphosate comme l'AMPA : ces produits, on les retrouve dans l'environnement, dans les rivières, et dans l'eau potable également, donc on sait qu'on y est soumis par la chaîne alimentaire, à travers ce que l'on mange et ce que l'on boit. C'est quand même assez problématique. Sans compter que des études assez récentes montrent un effet d'accumulation : même si on n'ingère qu'une petite dose, cela s'accumule. Il y a très peu d'analyses sur les conséquences sur la santé humaine, ce sont d'ailleurs des éléments que l'on a notifiés à la Cour européenne (...).

Vous demandez donc des études plus poussées sur la question...

Voilà. Déjà en application du principe de précaution, il y a un risque relevé par l'OMS, donc on demande que soient prises des mesures suffisantes pour que cela ne se retrouve pas en quantité dans l'environnement. Aux États-Unis, plusieurs procès ont été engagés contre Monsanto par des agriculteurs qui sont victimes de cancers et autres. Le lien de causalité n'est pas facile à établir 20 ans après mais il y a beaucoup de procès en cours là-dessus. En France, cela commence tout juste. Dans les cabinets, les médecins voient des problèmes chaque jour qu'ils ne voyaient pas il y a 20 ou 30 ans, certains ont lancé une "Alerte Pesticides*". On collabore avec des médecins et des scientifiques qui travaillent en permanence là-dessus mais dont l'avis n'est jamais pris en compte. 

*ndlr : Alerte Médecins Pesticides est depuis 2013 une association de médecins indiquant remarquer chez leurs patients "une recrudescence de maladies chroniques : cancers, troubles de la fertilité, maladies neurologiques, diabète…"et affirmant découvrir "dans le même temps, dans les publications scientifiques médicales, que les pesticides sont largement incriminés dans cette recrudescence".