Environnement

Une ferme urbaine sur les toits de Paris

©Valérie François/ID

Végétaliser Paris. Voilà l’objectif de la mairie de Paris à travers les « Parisculteurs ». Ambition affichée : 100 hectares de toits, façades, murs dont 30 environ consacrés à l’agriculture urbaine d’ici 2020. Les premiers projets démarrent. Reportage dans une ferme urbaine nichée sur le toit d’un centre de tri de la Poste.

De l’agriculture à Paris ! Qui pouvait l’imaginer ? L’une des premières fermes urbaines a pourtant été inaugurée en septembre 2017. 900 m² de béton ont été transformés en jardin potager et regorgent de tomates, courgettes, aubergines et autres plantes aromatiques. Facteur Graine est le résultat d’un rêve. Celui de Sophie Jankowski, ex-directrice d’un bureau de poste à Paris. « Il est tel que je l’avais imaginé il y a deux ans, lorsqu’un soir, à la maison, j’ai dessiné la ville de mes rêves sur une feuille de papier. Une ville comestible dans laquelle on peut planter et produire sa propre nourriture », s’enflamme la jeune femme, assise sur une botte de paille avec vue imprenable sur Paris. Et voilà son rêve devenu réalité ! Soutenue par le projet d’agriculture urbaine « les Parisculteurs », lancé en 2016 par la mairie de Paris, Sophie Jankowski visite le toit du centre de tri de la Poste à la porte de la Chapelle. En novembre 2016, elle gagne l’appel à projet. Pour financer cette ferme, elle lance avec succès une campagne de financement participatif.

Sophie Jankowski, sur le toit du centre de tri, à Paris
©Valérie François/ID

« On voulait être le plus autonome possible et que cet espace appartienne à chacun. Je vois ce lieu comme un laboratoire d’expérimentation où toutes les idées sont les bienvenues », ajoute-t-elle.

Dans cette ferme urbaine, trois salariés en pré-retraite employés à mi-temps

C’est ainsi que l’équipe décide de pratiquer la permaculture. « On jardine sur du béton et pourtant tout ou presque réussit à pousser. On est début octobre et regardez ces belles tomates ! » s’étonne Daniel, ancien contrôleur de gestion de La Poste et jardinier en chef du potager. Carole propose, sourire radieux aux lèvres, une infusion de sauge et de citronnelle qu’elle vient d’aller cueillir. Elle fait partie des 3 salariés de la Poste en pré-retraite recrutés à mi-temps par l’association. « Je travaille ici une semaine sur deux. Mais je ne peux pas dire que ce soit vraiment du travail. »  Pour Sophie Jankowski, la transmission est une nécessité absolue. « Je suis convaincue que les générations précédentes ont un rapport à la terre que nous n’avons pas. Ils ont des choses à nous transmettre. »

Des ruches, un poulailler, une serre… la ferme s’agrandit au fil des mois

Petit à petit, la ferme urbaine se développe. Une serre a été construite pour réaliser des semis cet hiver. Le poulailler, la table, la tonnelle, les bancs ont été fabriqués avec des matériaux de récupération. Bientôt, Alain, embauché depuis septembre, s’occupera des ruches et participera à la construction d’un abri en bois. D’autres bénévoles, postiers, gens du quartier, amis viennent donner un coup de main quand ils le peuvent. Le futur du potager ? Sophie Jankowski le voit comme un lieu d’accueil et de citoyenneté, un endroit ouvert à tous où l’on peut venir partager son temps et son savoir. « Nous allons recevoir des écoles. Il y aura des formations de pair à pair. Des chefs sont déjà venus sur le toit donner des cours de cuisine… » Bref, dans le jardin des facteurs, les rêves comme les graines n’ont pas fini de pousser.

3 questions à Pénélope Komites, adjointe chargée des espaces verts à la mairie de Paris

Pourquoi faire de l’agriculture urbaine à Paris ? 

Soyons clairs, notre but n’est pas d’assurer l’autosuffisance alimentaire de Paris. En revanche, ce projet participe à l’adaptation de Paris au changement climatique. Il crée aussi un vivier d’emploi de proximité. Nous avons déjà créé 120 emplois. Enfin, il permet de recréer du lien social.

Où en sont les projets de la saison 1 et de la saison 2 ?

Lors de la saison 1, nous avons validé 32 sites. Six sont déjà en exploitation, 5 vont devenir productifs d’ici la fin de l’année et les autres vont suivre en 2018 et 2019. Pour la saison 2, nous avons 43 sites dont deux copropriétés et des lieux magnifiques comme la Cité des Sciences ou la faculté Panthéon-Sorbonne ainsi que deux lieux en sous-sol de 5000 m². Les porteurs de projet peuvent les visiter en ce moment !

Comment voyez-vous l’avenir de l’agriculture urbaine ?

On a lancé une dynamique lors de la première édition. Je pense que dans les 10 prochaines années, on aura du mal à imaginer de grands projets immobiliers sans y intégrer l’agriculture urbaine.