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DOSSIER PARTENAIRE

Expédition Polar Pod : en savoir plus sur le rôle des océans pour le climat

L'explorateur Jean-Louis Etienne lors des tests de la maquette de Polar Pod à l'école Centrale de Nantes.
©JEAN-SEBASTIEN EVRARD/AFP

[DOSSIER OCEANS] Polar Pod, la première expédition de grande ampleur dans l’océan Austral, soutenue par la Macif, doit débuter dans trois ans. Spécialement conçu pour l’occasion, le navire Polar Pod sera chargé de collecter de précieuses données. Jean-Louis Etienne, qui porte le projet depuis dix ans, s’est entretenu avec ID au sujet du rôle des océans dans la régulation du climat.

L’attirance de Jean-Louis Etienne pour les régions lointaines et hostiles ne date pas d’hier, et sa soif de connaissance demeure intacte. Premier homme à atteindre le pôle Nord en tirant lui-même son traîneau en 1986, partie prenante dans les expéditions à bord d’Antarctica (à présent renommé Tara), c’est notamment aux régions polaires qu’il se consacre depuis plusieurs décennies. Aujourd’hui, l’étude de ces contrées trouve un fort écho dans la crise climatique, en ce que les pôles la subissent de plein fouet et nous en donnent des signes tangibles, à l’image de la fonte des glaces. Celle-ci se répercute sur le niveau des océans, leur composition et leur capacité à absorber certains gaz ou à réfléchir le rayonnement solaire. Or, en la matière, les océans nous rendent de fiers services : environ un tiers du CO2 émis par l’Homme a été absorbé par l’océan depuis la révolution industrielle.

À ce titre, c’est surtout la disparition de la calotte glaciaire du Groenland et surtout celle de la banquise de l’océan Arctique qui occupe l’imaginaire collectif, avec l’ours polaire devenu l’allégorie du combat environnemental. Moins chargé de symboles, le continent Antarctique n’en est pas moins important à l’échelle planétaire. Il concentre près de 70% des réserves d’eau douce mondiales, jouit d’un statut particulier qui interdit son exploitation, et surtout, est baigné par un courant qui est un acteur clé de la circulation océanique mondiale : le courant circumpolaire antarctique.

Un milieu hostile qui doit livrer ses secrets

C’est justement l’étude de ce courant qui motive l’expédition à bord du Polar Pod. Celui-ci, à l’instar du Gulf Stream qui tempère les masses d’air sous nos latitudes, joue un rôle majeur dans la régulation du climat mondial, et la compréhension de ce rôle passe par la connaissance de l’océan Austral. Cette surface brasse en effet les eaux de l’océan Indien, du Pacifique et de l’Atlantique Sud, dans lesquelles le courant circumpolaire charrie des eaux plus froides qui se répandent sous les masses d’eau chaude, jusqu’à tapisser tous les océans du globe. « Partout dans le monde, l’acteur majeur du climat, c’est l’océan », rappelle Jean-Louis Etienne.

Or l’avancement des connaissances scientifiques à propos de l’océan Austral est inversement proportionnel à son importance pour le climat. « Cet océan est gigantesque, dans l’hémisphère Nord nous n’avons même pas conscience de ses proportions », fait remarquer le docteur en médecine. Cette immense étendue d’eaux polaires est ainsi le principal puits de carbone océanique mondial, absorbant la moitié de ce que l’ensemble des océans absorbe en dioxyde de carbone.  Cela s’explique, selon Jean-Louis Etienne, par deux facteurs. « Le CO2 se dissout plus facilement dans les eaux froides, et l’océan Austral a une température comprise entre 2 et 8°C. De plus, cet océan est très agité, et l’important brassage qui a lieu à sa surface accélère encore la dissolution de l’air dans l’eau », résume l’explorateur.

Ce dernier aspect est précisément ce qui complique l’étude de l’océan Austral. L’état de cette masse d’eau, agitée par les vents très puissants des quarantièmes rugissants et des cinquantièmes hurlants, compromet la navigation à sa surface. Si loin, si rude, cet océan est peu fréquenté, les missions y sont rares, et se font essentiellement pendant l’été.

©DR

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Le Polar Pod, navire sur-mesure

Une question est alors apparue : « Quel type de vaisseau serait adapté à un séjour long sur cet océan dans de bonnes conditions de sécurité et de confort ? », interroge M. Etienne. Pour tenter d’y répondre, le bureau d’ingénierie navale SHIP ST de Lorient s’est inspiré du RV FLIP, un navire océanographique américain conçu dans les années 1960. Celui-ci a une allure singulière, puisqu’il est vertical. Ce principe a été retenu pour le Polar Pod, une telle stature le rendant moins vulnérable au gros temps de l’océan Austral. Ses 1000 tonnes, 100 mètres de hauteur dont 75 de tirant d’eau et sa base lestée de 150 tonnes confèrent en effet au Polar Pod une bonne stabilité verticale sur l’eau.

Ce navire très spécial doit donc être tracté à l’horizontale jusque sur sa zone de départ, où il est alors basculé à la verticale. Rien n’a été laissé au hasard, et surtout pas son impact sur l’environnement. Défini comme « zéro émission », puisqu’uniquement entraîné par le courant circumpolaire antarctique, il est autonome en énergie, nécessaire au fonctionnement des équipements scientifiques et autres télécommunications, grâce à six éoliennes.

Habitué des grandes expéditions, Jean-Louis Etienne admet que celle-ci revêt une signification particulière. « C’est ma cathédrale », concède-t-il, en parlant de ce projet qui aura nécessité dix ans de travail de recherche. « L’aventure, c’est aussi ce qui fascine le public et permet de faire de la pédagogie », poursuit-il. À ce titre, l’expédition nourrira un projet éducatif international sur l’environnement, en collaboration avec l’Union internationale de conservation de la nature (UICN).

Plusieurs missions pour une expédition hors-normes

La dérive circumpolaire du Polar Pod, sur quelque 24 000 km, sera la première expédition du genre. Par conséquent, les tâches des chercheurs seront diverses et les résultats obtenus bénéficieront à divers domaines scientifiques. Les mesures précises des échanges atmosphère-océan seront les premières à être réalisées « aux quatre saisons, à toutes les longitudes » rappelle M. Etienne, et la question de la régulation du climat sera donc le principal pôle de recherche de la mission. Il ajoute : « La force de ce projet, c’est le temps long ». Un inventaire de la faune par acoustique sera également réalisé, facilité par l’absence de motorisation du navire qui le rend silencieux.

Si l’assimilation du CO2 par l’océan Austral joue un rôle important sur le climat, elle n’est pas sans conséquences sur les êtres vivants. Avec l’augmentation de la concentration de dioxyde de carbone, le pH des océans diminue, une acidification qui menace les organismes marins qui ont une carapace calcaire, mettant ainsi en péril certains écosystèmes marins. L’étude des phytoplanctons est également riche en informations sur les échanges gazeux entre atmosphère et océan, dans la mesure où ces petits êtres vivants, en pratiquant la photosynthèse, ingèrent du CO2 et émettent du dioxygène. La bonne santé de ces organismes, sensibles à l’acidification, est donc essentielle au bon déroulement du processus d’absorption du CO2.

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Des agences spatiales ont également commandé des vérifications et calibrages de mesures satellite de couleur de l’océan, hauteur de houle ou encore de vitesse des vents. Enfin, des analyses d’eau pour détecter d’éventuelles traces de micro-plastiques, pesticides et autres substances chimiques, seront réalisées. Des indicateurs qui démontrent l’importance des études qui seront menées à bord du Polar Pod, toutes destinées à faire la lumière sur des phénomènes méconnus pour mieux comprendre la crise climatique, et le péril environnemental qui pèse même sur les contrées les plus sauvages du globe.

En partenariat avec La Macif.

©DR

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