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Côte d'Ivoire : d'anciens braconniers protègent désormais les tortues

©capture d'écran / site de la Fondation Ensemble

L’ONG CEM – Conservation des Espèces Marines – mène un projet de protection des tortues marines depuis 2010, financé en partie par la Fondation Ensemble. Elle vient de publier les premiers résultats de ce programme. 

L’action menée par l’ONG a permis de de faire disparaître presque totalement le braconnage sur la plage de Roc-Kablaké, une des plages où les pontes de tortues sont les plus importantes. Il s’agissait avant cela d’un lieu privilégié par les braconniers, qui vendaient ensuite la viande et les œufs de tortues. Quatre espèces de tortues étaient gravement menacées jusqu’à l’arrivée de l’ONG.

La CEM, en partenariat avec les communautés locales et l’ONG Association Action pour le Développement (AAD), a proposé à des braconniers de se reconvertir en surveillants. Ils sont une quinzaine à avoir accepté et sont désormais des salariés, d'après le reportage réalisé par Reporterre. Chaque année plus de 700 tortues femelles et leurs nids sont maintenant protégés : l’ONG dénombre 40 000 naissances par an dans son rapport 2019.

Les braconniers ont aussi la responsabilité de déplacer les bébés tortues nés à découvert sur la plage vers des espaces abrités par les rochers pour qu’ils ne se fassent pas manger par d’autres animaux. Ils récoltent également des données en marquant les tortues et en enregistrant les paramètres liés aux marées, à la météo, aux cycles lunaires et à leur influence sur les pontes. 

Implication des villageois : de nombreuses contreparties

L’ONG CEM s’implique dans la sensibilisation des villageois : elle les encourage à ne plus consommer de viande ou d’œufs de tortues. En contrepartie, elle a mis en place des action concrètes au sein de ces communautés, par exemple en récompensant le sauvetage d’une tortue par la distribution de fil pour réparer les filets de pêche. 

Il a fallu convaincre les 5000 habitants de la côte. On est allé dans chaque village et les chefs nous ont demandé une contrepartie [...]. On leur a donc proposé des petits systèmes pour se développer : château d’eau solaire, panneaux solaires, réhabilitation d’une école primaire… José Gomez, président de CEM (propos recueillis par Reporterre). 

L’objectif de l’ONG est désormais d’étendre ces zones de conservation et de développer les activités écotouristiques qui améliorent la vie des populations locales. Deux écloseries pour les tortues ont été construites et ont été rendues accessibles aux vacanciers. Un comité local de gestion des activités d’écotourisme a été créé et les revenus générés par ces activités sont ensuite reversés à ces villages.