Les vagues de chaleur ne mettent pas seulement les humains à rude épreuve. Dans les exploitations agricoles, elles fragilisent également les animaux d'élevage. Chez les bovins, les premiers signes de stress thermique apparaissent dès que le thermomètre dépasse les 25 °C. Au-delà, leur alimentation diminue, leur production de lait chute et les risques sanitaires augmentent. Les volailles, elles aussi, souffrent rapidement de températures élevées qui affectent leur croissance et peuvent provoquer une forte baisse de la ponte.
À Poleymieux-au-Mont-d'Or, au nord de Lyon, Cécile Grand a équipé sa stabulation de brumisateurs afin de rafraîchir son troupeau de 50 vaches Holstein. Une fine brume se dépose sur leur pelage et permet d'abaisser la température ressentie de plusieurs degrés.
"Là, sous le brumisateur, il fait au moins 3,4 degrés de moins, c'est une température un peu plus supportable pour les vaches ", détaille l’agricultrice à franceinfo.
L'éleveuse constate déjà des effets positifs. Si la chaleur entraîne habituellement une baisse importante de la production laitière, la combinaison de la brumisation et d'une alimentation plus énergétique permet de limiter les pertes. Là où une diminution de près de quatre litres de lait par vache et par jour était attendue, elle n'observe qu'une baisse d'environ deux litres.
Des ventilateurs ont également été installés dans la salle de traite. Ils rafraîchissent les animaux tout en éloignant les mouches, améliorant aussi les conditions de travail des éleveurs.
Des bâtiments conçus pour résister aux fortes chaleurs
Au-delà de ces équipements, certains agriculteurs investissent dans des bâtiments entièrement repensés pour le climat de demain.
À Saint-Martin-en-Haut, Denis Bouchut a remplacé des installations vieillissantes par une nouvelle stabulation conçue pour favoriser la circulation de l'air. Toiture claire, débords de toit plus importants, filets remplaçant certains murs : tout a été pensé pour limiter la montée en température.
"Il y a beaucoup de paramètres à prendre en compte pour que le bâtiment soit le plus vivable possible. Là il fait 32 à l'extérieur, on a 28 degrés à l’intérieur ", déclare t-il à franceinfo.
Ces aménagements représentent toutefois des investissements considérables, pouvant atteindre plusieurs centaines de milliers d'euros. Un défi économique pour de nombreuses exploitations.
Des canicules qui font évoluer les mentalités
Les épisodes de chaleur précoces bouleversent aussi les certitudes de certains agriculteurs.
En Dordogne, Douglas, éleveur de plus de 20 000 poulets, reconnaît auprès de ici Nouvelle-Aquitaine avoir longtemps douté de la réalité du changement climatique. Les températures exceptionnellement élevées du mois de mai l'ont fait changer d'avis. Désormais, il constate directement les conséquences sur son élevage : les volailles mangent moins, grossissent moins vite et sont vendues à un poids inférieur.
Pour limiter les effets de la chaleur, il distribue l'alimentation plus tôt dans la journée et utilise des brumisateurs lorsque les poulets sortent des bâtiments. Il envisage également de nouveaux investissements, comme une ventilation plus performante ou le refroidissement des toitures afin de gagner quelques degrés.
Miser sur des races plus résistantes
D'autres éleveurs choisissent une stratégie différente : adapter le cheptel lui-même.
Dans les Côtes-d'Armor, la ferme du Buis Sonnant a expliqué au Monde avoir fait le pari de la bretonne pie noir, une race locale bien moins productive que la Prim'Holstein mais beaucoup plus résistante aux fortes chaleurs. Malgré des températures proches de 40 °C, les éleveurs n'ont constaté ni mortalité, ni avortement, ni maladie dans leur troupeau.
La production de lait est restée stable, autour de 15 à 17 litres par vache et par jour. Un niveau modeste comparé aux performances de la Prim'Holstein, capable de produire près de trois fois plus, mais présentant une sensibilité beaucoup plus importante au stress thermique.
Selon la vétérinaire Miranda Millérioux au Monde, cette différence s'explique par la physiologie des animaux. Plus une vache produit de lait, plus elle consomme d'aliments et génère de chaleur lors de la digestion, ce qui accentue les effets des températures élevées. À partir de 36 °C, le risque vital devient important.
Adapter l'élevage au climat de demain
Les éleveurs multiplient également les aménagements paysagers, en plantant des haies ou en préservant des zones d'ombre afin d'offrir davantage de fraîcheur aux animaux lorsqu'ils pâturent.
Pour les spécialistes, ces adaptations vont devenir indispensables. Si le choix de races plus rustiques constitue une réponse sur le long terme, l'urgence est aujourd'hui d'améliorer les bâtiments agricoles. Conçus historiquement pour protéger les animaux du froid hivernal, ils doivent désormais être capables de limiter les effets des canicules estivales.
Avec des épisodes de chaleur appelés à se répéter, l'adaptation des élevages apparaît désormais comme une condition essentielle pour préserver le bien-être animal, maintenir les productions agricoles et assurer la pérennité des exploitations.