Une fois terminée, la mégabassine de Sainte-Soline, d’une capacité de 10 hectares, pourra accueillir 627 000 m3 d’eau.
©XAVIER LEOTY/AFP
Environnement

Bassines: après une étude "pour sortir de l'impasse", chacun campe sur ses positions

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Neuf mois après une violente manifestation à Sainte-Soline (Deux-Sèvres), partisans et adversaires des "bassines", ces retenues d'eau dédiées à l'irrigation agricole, s'estiment chacun renforcé par une étude indépendante menée durant une période de "médiation".

Ce rapport avait été commandé à un cabinet de conseil par le Comité de bassin Loire-Bretagne, le "Parlement de l'eau" local, afin d'évaluer la mise en oeuvre des engagements pris au lancement d'un programme de 16 réserves dans le Marais poitevin, incluant celle de Sainte-Soline.

Le projet qui consiste à stocker de l'eau pompée dans les nappes en hiver pour irriguer en été, est porté par un groupement de 450 agriculteurs qui en font un enjeu de survie face aux sécheresses, et soutenu par l'État. Ses détracteurs y voient un modèle d'"accaparement de l'eau", jugé aberrant à l'heure du changement climatique, au bénéfice de "l'agro-industrie".

En échange des retenues, les agriculteurs s'étaient engagés, dans le cadre d'un protocole signé fin 2018, à diminuer fortement leurs prélèvements en eau dans le milieu environnant et à se tourner vers l'agro-écologie en réduisant de moitié, notamment, le recours aux pesticides.

L'étude du cabinet Ecodecision montre que ce tournant n'a pas été pris mais relève, sur le bassin, une baisse tendancielle de la consommation agricole en eau, l'affectation des volumes favorisant, en outre, les exploitations les plus économes.

Engagements non tenus

La liste des changements de pratiques proposés en 2018 était large mais les engagements souscrits depuis ont été "peu ambitieux" et ont demandé "peu d'efforts supplémentaires" aux agriculteurs, estiment les auteurs.

Les actions engagées "portent rarement sur la réduction de l'usage des produits phytosanitaires" et sur un objectif final de 40 conversions en bio, une seule exploitation de la zone étudiée a franchi le pas. Un retard lié notamment "au faible avancement" de la construction des bassines, une seule fonctionnant à Mauzé-sur-le-Mignon.

Les experts jugent au final que la création des retenues "peut constituer une des réponses possibles à l'objectif" de restaurer "l'équilibre" de la ressource en eau. Ils appellent ainsi les acteurs du territoire "à ne pas laisser tomber" le projet, en définissant des objectifs plus précis et ambitieux.

Ces conclusions, présentées mi-décembre dans les Deux-Sèvres, ont contenté pro et anti-bassines réunis pour l'occasion, fait rarissime, dans une même salle.

L'étude, en soulignant que "les objectifs en économie d'eau sont atteints" et que "l'eau est mieux partagée maintenant", montre "enfin de la reconnaissance" aux agriculteurs locaux, apprécie Thierry Boudaud, représentant des irrigants.

"Sortir de l'impasse"

"Il ne faut pas enterrer le protocole de 2018, le message c'est: 'on va vous aider à l'ajuster'", ajoute le président de la Coop' de l'eau qui veut mettre en service deux autres "bassines", dont celle de Sainte-Soline, l'été prochain.

Le projet a "un impact positif sur l'environnement, scientifiquement étudié et avéré", "le protocole reste donc pertinent, même si sa mise en oeuvre a pris du retard", affirme de son côté la préfecture des Deux-Sèvres.

Julien Le Guet, chef de file des opposants, a une tout autre lecture du rapport: "il donne raison à l'analyse que l'on porte depuis le début" sur les promesses non tenues et "démonte point par point une opération de 'greenwashing'".

Le leader du collectif "Bassines non merci" appelle à réinvestir l'argent alloué dans "un vrai projet de territoire", favorisant d'abord le bio et ensuite le stockage d'eau.

Alors qu'une nouvelle manifestation est annoncée en juillet dans le Poitou, Thierry Burlot, président du Comité de bassin devenu médiateur dans un conflit sans fin entre agriculteurs irrigants et groupes écologistes soutenus par la Confédération paysanne, martèle qu'"il y a toujours un chemin pour sortir de l'impasse".

Pour lui, le protocole de 2018 "qui avait fait preuve d'originalité à l'époque" montre désormais "ses insuffisances". Mais "les marges de progrès" peuvent nourrir la suite des débats, avance le responsable, qui presse "tous les acteurs" et les collectivités locales à "s'approprier les recommandations de l'étude". "Sinon, ça va très mal se terminer."

Avec AFP.

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