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Opposition au projet de Sainte-Soline : qu’est-ce qu’une "méga-bassine" ?

Manifestation à Sainte-Soline, collectif "Bassines Non Merci".
©PASCAL LACHENAUD/AFP

Des milliers de manifestants se sont rassemblés le week-end dernier à Sainte-Soline dans le département des Deux-Sèvres pour protester contre le projet de "réserves de substitution" d'eau, actuellement dans les tuyaux. Qu'est-ce qu'une "méga-bassine" ?

Gérald Darmanin craint la formation d'une ZAD - Zone à défendre. Le très controversé projet de création de bassines dans les Deux-Sèvres a fait un esclandre le week-end dernier. Plusieurs milliers de manifestants ont fait le déplacement jusqu'à la commune de Sainte-Soline, pour s'opposer à la construction de ces réserves d'eau dites de substitution. La protestation s'est soldée par de violents affrontements avec les forces de l'ordre. Selon le ministère de l'Intérieur, 61 gendarmes ont été blessés ce 29 octobre. Du côté des manifestants, le collectif organisateur "Bassines Non Merci", en a déploré une trentaine. 

En cause, un projet signé avec l'Etat en 2018, visant à faire sortir de terre 16 "réserves de substitution" - ou "bassines" - dans la région. Elaboré par quelque 500 agriculteurs regroupés au sein de la Coopérative de l'eau, l'objectif, disent-ils, serait de faire "baisser de 70 % les prélèvements en été", tandis que la question de la sécheresse se fait de plus en plus brûlante dans le pays. La commune de Sainte-Soline doit accueillir un chantier parmi les 16 bassines prévues au sein du projet qui, au total, doit jouir d'une capacité de stockage de 6,8 millions de mètres cube. Selon la Confédération paysanne, opposée au dispositif, la surface moyenne d'une "méga-bassine" équivaudrait à huit terrains de football. 

"Réserve de substitution" : comment ça marche ? 

Ces "méga-bassines", selon l'appellation donnée par leurs opposants, sont creusée à plus d'une dizaine de mètres de profondeur au milieu des champs. Au fond de ces piscines, une bâche en plastique. Sous terre, des kilomètres de tuyaux. La fonction d'une telle installation est en effet de pomper les nappes phréatiques, afin d'assurer une irrigation suffisante des cultures toute l'année. Ladite bassine est ainsi remplie d'eau en hiver lors de période de pluie abondante, laquelle est réutilisée l'été en période de déficit hydrique. Mais, estime Greenpeace, ce stockage d'eau est en fait destiné "à répondre aux besoins de l'agro-industrie". "Il s'agit d'énormes bassins artificiels, plastifiés et imperméables. On est bien loin de la mare aux canards ou des petites retenues collinaires", abonde l'association.

Qu'est-ce qui bloque ?

Les opposants au projet des Deux-Sèvres, réunis sous le collectif "Bassines Non Merci", dénoncent ainsi une privatisation de l'eau. Greenpeace parle notamment d'un dispositif visant à "maintenir coûte que coûte un modèle agro-industriel dévastateur". modèle "inadapté face au changement climatique", mais également "en partie responsable" de celui-ci. Car dans les faits, cette eau stockée servirait essentiellement à irriguer les cultures qui en sont les plus consommatrices, "comme le maïs, majoritairement destiné à l'élevage industriel". 

Au-delà de cette mainmise de l'industrie que dénoncent les opposants au projet, celui-ci poserait également problème à bien d'autres égards : assèchement des nappes phréatiques, artificialisation des sols, impact sur la biodiversité... Si le pompage de l'eau doit être encadré et autorisé par les préfectures durant les périodes les plus pluvieuses uniquement, le collectif avance également l'argument d'une "infraction avec la directive européenne de l'eau", en raison des volumes de prélèvement démesurés pour remplir les bassines. Sans compter le fait que le changement climatique bouleverse d'ores et déjà les saisons et confronte le monde à des événements météorologiques extrêmes plus fréquents et plus intenses. Dans ce contexte, difficile d'assurer des périodes de pluies suffisantes pour remplir les bassines. D'après la Confédération paysanne, "avec une pluviométrie parfois insuffisante et un rechargement des nappes de plus en plus tardif, la pression exercée par le remplissage des méga-bassines sur la capacité des milieux aquatiques à se renouveler est donc énorme". Enfin, la biodiversité environnante pâtit inévitablement de tels chantiers. "En stockant une eau qui se serait infiltrée dans les sols ou aurait ruisselé dans les cours d'eau, avance encore Greenpeace, (ces bassines) privent les écosystèmes environnants d'une ressource vitale, qui permet notamment aux zones humides et aux sols de se reconstituer pendant la période hivernale".

Au micro d'Europe 1 le 30 octobre, la présidente de la FNSEA Christiane Lambert a de son côté défendu le projet, rappelant que "le Giec dit lui-même qu’il y aura autant de pluie, mais qu’elle sera diversement répartie, avec plus d’eau diluvienne l’hiver que nous voulons stocker et capter pour pouvoir l’utiliser l’été".

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