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Environnement

Sécheresse : pourquoi le golf fait débat ?

Cet été, l'arrosage des terrains de golf malgré la sécheresse créé la polémique.
© Pexels / Pixabay

Depuis une semaine, une polémique enfle autour des clubs de golf. En pleine période de canicule, ces derniers peuvent encore arroser leurs terrains malgré les restrictions en eau. Une décision très critiquée, notamment par la gauche.

La France brûle, et les golfeurs regardent ailleurs. Alors que le pays fait face à des records de température et que des restrictions en eau sont mises en place un peu partout, les terrains de golf peuvent encore être arrosés. Ce traitement de faveur a suscité une vive polémique, lancée par des membres de la Nupes (comme Manuel Bompard, ci-dessous). Voici les clés pour comprendre le débat autour du golf.

A la source du débat : traitements de faveur et dérogations

En période de fortes chaleurs, des limitations de l’usage de l’eau sont mises en place. Il existe quatre niveaux d’alerte (vigilance, alerte, alerte renforcée, crise), et chacun correspond à des restrictions bien précises. Ainsi, au seuil d’alerte maximal (le niveau "crise"), il est interdit de remplir une piscine privée ou d’irriguer les champs. Cependant, à ce même stade les golfs ont toujours le droit de puiser de l’eau. Ils ont tout de même certaines limites : ils peuvent seulement arroser les greens (la partie d’herbe rase à proximité des trous), et cette consommation d’eau ne doit pas dépasser 30% des volumes utilisés en temps normal.

On ne peut donc pas parler de "dérogation", mais plutôt d’une législation plus favorable. Cependant, il faut aussi noter que les niveaux d’alerte en période de sécheresse – et donc les restrictions en eau – sont décidés par les préfets des départements ; ils peuvent donc être négociés avec les acteurs locaux. Il peut aussi arriver que les terrains de golf demandent de véritables dérogations, notamment lorsque les départements prennent des arrêtés qui leur interdisent tout arrosage.

Préserver l’eau ou sauver les clubs de golf

Le traitement de faveur dont bénéficient les terrains de golf est donc légal. En fait, c’est plutôt la légitimité d’une telle mesure qui fait débat : pourquoi les golfeurs bénéficient-ils de ces privilèges pour irriguer l’eau, et pas – par exemple – les agriculteurs ? D’autant plus que le golf est gourmand en eau : en 2002, le Sénat estimait que la consommation annuelle en eau de tous les terrains de golfs correspondait à 36 millions de mètres cubes, soit les besoins d’une ville de 500 000 habitants à l'année. Même si seuls les greens peuvent être arrosés en période de sécheresse, cette consommation d'eau peut être conséquente à l'échelle locale.

De son côté, la Fédération française de golf se défend en invoquant le risque de fermeture des terrains de golf non arrosés. Sans herbe bien verte, plus possible de frapper des putts ! Autre inquiétude qui pèse sur le monde du golf : les suppressions d’emplois, pour une activité qui mobilise près de 15 000 travailleurs en France. Et le golf attire aussi des touristes. Préserver les terrains de golf permet donc dans une certaine mesure de favoriser l’économie locale. Pour certains, l'arrosage des terrains de golf est donc crucial.

Lutte climatique et lutte des classes

En réalité, ce qui fait grincer certaines dents – surtout celles de la gauche – dans le débat sur le golf, c’est aussi et surtout la valeur symbolique d'un tel traitement de faveur. Car, disons-le crûment : le golf est un sport de riche. Le matériel comme l’accès aux terrains et aux entrainements coûte cher. Et, si sa pratique a tendance à se démocratiser, le golf reste un sport clairement ancré dans les mœurs des classes supérieures. Favoriser le golf en période de sécheresse, c’est donc accorder des privilèges à une minorité de la population ... déjà privilégiée !

Pourtant, le dernier rapport du Giec le rappelle : pas de lutte contre le dérèglement climatique sans justice sociale. Un appel qui semble résonner dans le vide alors que les ultrariches multiplient les trajets ultrapolluants en avion, ou que les voitures de luxe sont exemptées de l’interdiction de vendre des véhicules thermiques pour 2035. Et, face à de telles inégalités dans la lutte contre le dérèglement climatique, les tensions s’exacerbent. Dans la nuit de mercredi à jeudi, des militants d’Extinction Rebellion Toulouse ont par exemple versé du ciment dans des trous de golf. Leur objectif : dénoncer le "plaisir bourgeois" et forcer les clubs à arrêter d’arroser leurs terrains. A l’heure de ce qu’on appelle désormais la "guerre de l’eau", la lutte des classes est donc plus que jamais d’actualité.

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