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DOSSIER PARTENAIRE

À la fois alliées et victimes, les forêts luttent contre les effets du réchauffement climatique

©eleonimages/Shutterstock

Les forêts, poumon vert de la planète, sont frappées de plein fouet par les effets du changement climatique. Elles sont pourtant un bouclier indispensable pour lutter contre ce même phénomène.

Si les forêts sont une solution indéniable au changement climatique, elles pourraient aussi faire partie du problème... Au mois de juillet dernier, l’Amazonie en a officiellement fait les frais : selon une étude parue dans la revue Nature, la partie Sud de cette forêt tropicale est devenue émettrice nette de carbone. En cause, le réchauffement et la déforestation. Partout autour du monde, des hectares d’arbres disparaissent, leur capacité de protection de la Terre s’affaiblit à mesure que le climat se réchauffe et leur rôle de puits carbone commence à leur faire défaut.

Dans l’Hexagone, on compte aujourd’hui 17 millions d’hectares d’étendus boisées, soit 31 % du territoire métropolitain, selon les estimations de l’IGN (Institut national de l’information géographique et forestière). De quoi absorber l’équivalent de 50 millions de tonnes de CO2 et ainsi couvrir 15 % des émissions annuelles du pays. En effet, le mécanisme de la photosynthèse permet aux arbres et aux plantes de capter et séquestrer le CO2 présent dans l’atmosphère. Le Cirad (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement) estime d’ailleurs que les seules forêts tropicales de la planète, principalement présentes en Asie, Afrique ou Amérique latine, stockent l’équivalent d’un quart de siècle d’émissions. Au-delà de ce rôle de puits carbone, celles-ci constituent aussi un vaste refuge pour la biodiversité : les 60 000 espèces d’arbres différentes que compte la planète, selon l’ONU, abritent 80 % des amphibiens, 75 % des oiseaux et 68 % des mammifères existants.  Enfin, les arbres permettent également de protéger les sols de l’érosion, de stocker l’eau et de rafraîchir les températures - grâce au phénomène de l’évapotranspiration... 

"N’oublions pas que les forêts ont la capacité de produire un matériau écologique, renouvelable et recyclable : le bois. En France, ce bois qui stocke le carbone accumulé est récolté par des forestiers dans le cadre d’une gestion durable des forêts puis transformé en produit de consommation (construction, ameublement, emballage, palettes, papier, etc.). Ceux-ci continuent alors de séquestrer tout au long de leur durée de vie ce carbone accumulé. Pour boucler la boucle, les arbres qui auront été renouvelés ou plantés, capteront à leur tour durant leur croissance, ce fameux carbone. Un cercle vertueux.", ajoute Sarah Laroussi, Directrice générale du Comité national pour le développement du bois (CNDB).

Indispensable à la régulation du climat donc, les atouts des forêts font de cette végétation une arme de choix pour faire face aux hausses d’émissions et aux conséquences qu’elles entraînent. Tant, que l’on compte aujourd’hui sur elle pour espérer atteindre la neutralité carbone en 2050 et s'aligner avec les objectifs fixés par l’accord de Paris. En France et ailleurs, on reforeste massivement pour compenser ses émissions. Les forêts détiennent donc une partie de la solution au réchauffement climatique. Problème : elles en pâtissent aussi directement.

Quels sont les effets du réchauffement climatique sur la forêt ?

Variations de températures, épisodes de sécheresse, méga-feux, maladies portées par des espèces invasives... De nombreux facteurs directement liés au réchauffement affectent déjà les conditions de vie des forêts. Globalement, leur cycle naturel est perturbé par le bouleversement des saisons, les attaques parasitaires se font plus fréquentes, les risques d’incendies sont accrus... Selon un récent rapport porté par le Botanical gardens conservation international (BGCI) et des experts de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN), un millier d’espèces est dès lors menacé directement par le réchauffement. Avec des conséquences en cascade déjà bien visibles. Des canicules à répétition entraînent des déficits de précipitation et donc des épisodes de sécheresse, lesquelles augmentent les risques d’incendies et rendent les arbres plus vulnérables face aux maladies. Le serpent qui se mord la queue en somme. 

  • La sécheresse

Les espèces vivant dans les environnements du Nord et adaptées à ces climats font globalement face à des températures plus douces et une météo plus semblable aux régions du Sud. Sans compter que des épisodes caniculaires de plus en plus fréquents se répètent été après été. Pour se protéger de ces vagues de chaleur, les stomates des arbres se referment. Or, ces petits orifices présents à la surface des feuilles assurent à la fois l’absorption des émissions mais aussi l’évapotranspiration. Résultats : le rôle de puits de carbone s’affaiblit et l’arbre "transpire" moins pour pallier au manque de pluie et donc d’hydratation. Il puise alors dans ses ressources d’eau stockée et finit par en manquer.  

Dans le Grand Est par exemple les sapins, assoiffés par des sécheresses à répétition, rougissent. Très gourmands en eau, ils sont aujourd’hui en état de "stress hydrique", les rendant plus sujets aux attaques parasitaires.  

  • Les maladies 

La prolifération d’espèces invasives, favorisée par les événements météorologiques extrêmes qui affaiblissent les arbres, constitue en effet une menace sous-jacente pour les forêts.  

En France, les épicéas sont par exemple victimes d’une épidémie causée par une grande famille d’insectes appelés scolytes, survenue à partir de 2018 suite aux étés exceptionnellement chauds et secs. "En creusant des galeries dans le cambium (une fine couche sous l’écorce) pour y déposer leurs œufs, les femelles condamnent des arbres par milliers", détaille notamment l’Office nationale des forêts (ONF). En octobre 2020, l'Union de la coopération forestière française alertait également sur l'intensification "brutale" de cette "crise des scolytes", avec un doublement des volumes contaminés en deux ans et une extension géographique de l'épidémie. 

Les chênes français, pour leur part, sont victimes des chenilles processionnaires, une espèce dangereuse pour l’Homme et les animaux qui affaiblit également l'arbre : "La perte de feuillage diminue la capacité de photosynthèse, ce qui entraîne le ralentissement de la croissance. Il devient ainsi plus sensible aux maladies et aux autres ravageurs", analyse l’ONF.

  • Les incendies 

Enfin les incendies, favorisés par la sécheresse et les températures trop chaudes, se font eux aussi de plus en plus courants. Et bien que la forêt ait une grande capacité à panser ses plaies rapidement, la trop grande fréquence de ces épisodes rend sa résilience plus difficile. 

Le 8 août dernier, les observations de la Nasa ont fait état d’un nombre record d’incendies simultanés avec 187 114 feux autour du monde. De quoi provoquer également une flambée des émissions de CO2 dans l’atmosphère. Selon la FAO, ils sont non seulement "une importante source d’émissions de carbone et contribuent au réchauffement de la planète", mais la fumée dégagée par les forêts en flammes peut aussi "réduire de façon notable l’activité photosynthétique".  

Cet été, des hectares ont brûlé aux quatre coins du monde provoquant un record d’émissions, d’après les estimations de l’observatoire européen Copernicus. Là encore, un cercle vicieux sans fin : "L’une des pires conséquences écologiques du feu est la probabilité accrue que surviennent de nouveaux incendies dans les années suivantes, à mesure que les arbres morts s’effondrent, créant des trouées dans la forêt à travers lesquelles le soleil pénètre et dessèche la végétation", note encore la FAO. Enfin, "les incendies sont souvent suivis par la colonisation et l’infestation d’insectes qui perturbent l’équilibre écologique". Et ainsi de suite... 

La déforestation, autre menace pour les forêts mondiales 

Si à l’issue de ces épisodes de catastrophe, la coupe des arbres morts est souvent nécessaire, la déforestation par l’Homme pour différents usages constitue en revanche une autre menace pour les forêts amazoniennes, subsahariennes ou encore d’Asie du sud-est. La conversion des terres à des fins agricoles représente le premier poste de déforestation dans le monde. Si celle-ci a diminué au cours des dernières décennies, on estime tout de même que 420 millions d’hectares de forêts ont été rasés depuis les années 90, d’après les études menées par la FAO. En France, en revanche, ces étendus ont doublé sur le territoire métropolitain depuis un siècle et demi.

Comment s’adapter à ces bouleversements ?  

Dans son rapport sur le climat de 2019, le Giec dressait un vaste état des lieux des effets notables du réchauffement et de l’activité humaine sur les sols. Parmi les solutions avancées par le groupe d’experts de l’ONU, la nécessaire gestion durable des forêts dans le monde. Si celles-ci se déplacent en moyenne de 300 mètres par an de manière naturelle, le climat se réchauffe trop vite pour qu’elles aient le temps de suivre le mouvement. On ne peut donc plus compter sur leur seule capacité à s’adapter par elles-mêmes.

Quelle assistance l’Homme peut-il apporter dans ce cas ? Tandis que le monde court vers un scénario de réchauffement à 1,5 degré en 2025, le reboisement des forêts se joue maintenant. Il faut "construire" des écosystèmes capables de résister au climat des 100, 200 années à venir. L’Hexagone a, pour sa part, alloué une enveloppe de 150 millions d’euros dans le cadre du plan France Relance à des projets de reforestation sur le territoire. Objectif : "45 000 hectares de forêts qui permettront de capter 150 000 tonnes de CO2 supplémentaires chaque année", ambitionne le gouvernement.  

Première solution à l’étude aujourd’hui, la plantation de nouvelles essences et les croisements les plus adaptées entre celles-ci. Par exemple, les chênes qui peuplent aujourd’hui le Sud de la France seraient plus à même de résister au futur climat du Nord. Quant aux associations de différentes variétés complémentaires les unes aux autres, elles permettraient d’augmenter la résilience globale de la forêt, notamment face à des épisodes extrêmes tels que des tempêtes, des sécheresses ou encore des feux. L’ONF, soutenue par plusieurs instances de recherche comme l’Inrae ou Agro Paris Tech, teste ses "îlots d’avenir" à différents endroits du territoire. "La forêt domaniale de Haye (Meurthe-et-Moselle) est l’une des premières forêts où ont été installés des îlots d’avenir en France. Pour remplacer le hêtre et le chêne pédonculé, trop sensibles à la hausse des températures, trois essences ont été sélectionnées : le chêne pubescent, le sapin de Turquie et le Calocèdre", détaille l’Office. Enfin, l'Union de la coopération forestière française, "premier reboiseur en France avec près de 25 000 hectares plantés par an" mène des travaux similaires. Elle a "placé l’adaptation des forêts aux changements climatiques au cœur de son activité, assure Sarah Laroussi. Elle multiplie les essaies sur le terrain, en pépinière (pour produire des plants plus résistants) et plante des essences plus sudistes et résistantes au sein de stations forestières dont les microclimats évoluent rapidement". 

Autre levier d’action, la "migration assistée" qui consiste à mimer le mouvement naturel des forêts. C’est notamment l’objet du projet Giono, entamé en 2011, pour lequel des semences d’espèces les plus vulnérables sont récupérées du Sud pour être replantées au Nord. L’intervention humaine permet ainsi d’accélérer le processus de reproduction et le déplacement naturel des forêts.

Enfin, l’espacement entre les plantations pourrait aussi être une option. Si celle-ci permet de façon évidente de réduire les risques de propagation d’incendie, c’est aussi un moyen de préserver les ressources en eau. "En observant les arbres et arbustes qui poussent dans des conditions naturelles, on constate souvent qu’ils sont très espacés dans les zones de faible pluviosité, analyse la FAO. (…) Il faut donc pratiquer un large espacement des plantations dans les zones arides en général de façon à éviter la concurrence pour l’humidité du sol", recommande l’Organisation, une manière d’améliorer le bilan hydrique des végétaux. 

En partenariat avec le Comité national pour le développement du bois.

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