Allain Bougrain-Dubourg, grand défenseur de la cause animale, président de la Ligue pour la protection des oiseaux.
©XAVIER LEOTY / AFP
Environnement

Allain Bougrain-Dubourg : "Les chasses dites traditionnelles ont encore fait l'actualité"

Lundi 25 octobre, le juge des référés du Conseil d'Etat, saisi en urgence par deux associations de défense de la nature, a suspendu les nouveaux arrêtés gouvernementaux autorisant des chasses d'oiseaux traditionnelles. Allain Bougrain-Dubourg, président de la Ligue pour la protection des oiseaux, nous livre son regard sur cette décision.   

La complainte de l'alouette. Autrefois on voulait la plumer, aujourd'hui on veut la piéger. Qui peut comprendre l'acharnement de l'exécutif à vouloir tuer toujours plus ? Nouvel épisode dans cette obsession, les chasses dites traditionnelles ont encore fait l'actualité. Interdites en juin dernier par le Conseil d'Etat, elles étaient ré-autorisées par le ministère de la Transition Ecologique le 22 octobre. Puis cassées en référé par le Conseil d'Etat le 25 octobre... Les hautes instances cynégétiques ont évidemment vivement réagi en soulignant que la tradition avait toujours existé, ne comprenant pas pourquoi on voulait brutalement y mettre un terme.

C'est faux ! Déjà en 1902 la France signait (puis ratifiait en 1905) la Convention de Paris qui prohibait "la pose et l'emploi des pièges, cages, filets, lacets, gluaux, etc...". En 1920, c'est le congrès de la chasse à Carcassonne et en 1923, celui d'Arles qui demandaient la fin des pantes, des gluaux, etc... En 1970, le congrès des Présidents de Fédérations des Chasseurs de France souhaitait "la suppression en tous pays des filets et pantes comme moyen de chasse...". J'en passe et bien d'autres... 

"Le temps est venu de tourner la page de la tradition"

Les chasseurs, toujours prompts à écrire l'histoire, seraient bien avisés de revisiter leur propre saga cynégétique. De même, lorsque la main sur le cœur ils prétendent qu'une poignée de chasseurs s'adonnent à cette pratique, c'est oublier que le quota de piégeage qui était autorisé pour l'alouette des champs dépassait les 100 000 oiseaux à qui l'on pouvait tordre le cou (sans parler des 200 000 abattus au fusil dans le même temps).

A propos de cette espèce, il est bon de rappeler qu'elle a perdu 53 % de ses populations depuis 1980. Faudra t-il, comme pour la tourterelle des bois, le courlis cendré ou la barge à queue noire, également en déclin, aller devant la plus haute juridiction pour qu'on la laisse en paix ? Et que dire des 5 800 merles et grives et des 1 200 vanneaux capturés avec des lacets à nœuds coulants ? Est-ce une petite quantité qui subit cette grande souffrance

Le temps est venu de tourner la page de la tradition qui ne relève pas de la nécessité. Nous ne sommes ni en temps de guerre, ni en temps de disette. Notre avenir n'est pas dépendant de quelques oiseaux de 50 grammes. Il s'agit juste de loisir, une pratique qui maltraite la faune et écorche notre conscience.

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