European Sleeper a vendu 25 000 billets depuis l'ouverture des ventes, ce qui est "plus qu'attendu", s'est réjoui Chris Engelsman, cofondateur de l'entreprise lors d'une conférence de presse juste avant le départ. Le ministre fédéral belge de la Mobilité et du Climat Jean-Luc Crucke, qui a fait le déplacement à Paris pour assister au premier voyage, a salué "l'audace" de cette initiative ferroviaire, lancée en moins de six mois. De fait, ce train, qui exploite du matériel loué - les locomotives Alstom flambant neuves auprès de Railpool, les wagons auprès du groupe allemand RDC - relance, sans aucune subvention, une liaison ferroviaire nocturne entre les deux capitales européennes qui avait été abandonnée fin 2025 par les chemins de fer français et allemands.
Après un arrêt à Aulnoye dans le nord de la France, puis à Bruxelles, le train filera vers Berlin où il arrivera vendredi matin. Par la suite, il proposera d'autres haltes, notamment à Mons et à Liège en Belgique, ainsi qu'à Hambourg en Allemagne. Christine Duffy et ses amis, habitant Sannois dans le Val d'Oise, ont réservé leurs places dès l'ouverture des ventes. Le choix du train de nuit est un choix écologique, "pour ne pas prendre l'avion, pour ne pas polluer", dit-elle à l’AFP. "C'est quand même facile pour nous d'avoir le choix, parce qu'on peut se le payer. Donc, on fait ce choix de plus en plus", ajoute son voisin de cabine.
"Plus de bouteilles"
Mais les motivations sont parfois différentes. Pour rentrer en Allemagne, Georg Friedrich Wesarg, étudiant de Weimar, explique à l'AFP avoir choisi le train plutôt que l'avion afin de pouvoir rapporter "plus de bouteilles de vin" dans son sac-à-dos. Le jeune homme confie ne pas beaucoup aimer l'avion "à cause du stress à l'aéroport" et des contrôles de sécurité. Les trains circuleront les mardis, jeudis et dimanches dans le sens France-Allemagne, et les lundis, mercredis et vendredis dans le sens Allemagne-France, indique le site de réservation.
La liaison de la SNCF passait par Strasbourg. En optant pour un itinéraire passant par Bruxelles, European Sleeper estime qu'il pourra mieux rentabiliser son exploitation, d'autant qu'il avait déjà un service Bruxelles-Berlin trois fois par semaine, qui doublera ainsi de fréquence. En basse saison, les tarifs en aller simple commencent à 39,99 euros pour une place assise, et à 59,99 euros pour une couchette, a indiqué Elmer Van Buuren, autre cofondateur d'European Sleeper. En ce moment, autour de Pâques, le prix le moins élevé est de 59,90 euros pour un siège dans un compartiment de cinq ou six places assises, sans couchette, selon le site de réservation.
"C'est extrêmement important d'augmenter l'offre de trains de nuit et de faire en sorte que ce ne soit pas que des trains de nuit qui partent de Paris, mais aussi qui relient les régions françaises entre elles", souligne Alexis Chailloux, membre du Réseau Action Climat, présent aussi pour le premier départ. "Le train de nuit est plus écologique que l'avion (...) Par ailleurs, il est économique. Vous allez économiser un hôtel", souligne-t-il. Olivier Bancel, directeur général adjoint de SNCF Réseau qui a tracé les sillons (créneaux) en un temps record pour permettre cette liaison annoncée seulement fin novembre, s'est félicité que les huit trains de nuits existant en France attirent désormais des professionnels et non uniquement des touristes. Sur certaines liaisons, comme Paris-Toulouse, 20 à 30 % des passagers se déplacent pour leur travail.
"C'est un train qui appelle d'autre trains, avec European Sleeper ou d'autres partenaires", a-t-il lancé. La SNCF Réseau, entreprise publique qui gère les infrastructures ferroviaires en France, travaille déjà avec "70 opérateurs ferroviaires différents" dans le pays, la plupart dans le transport de marchandises, mais le transport de voyageurs est en train également de s'ouvrir à la concurrence. "Nous prévoyons 50 opérateurs de plus d'ici à 2033", avec "20 % de trafic en plus", estime M. Bancel.
Avec AFP.