Quel est votre rôle chez BNP Paribas Asset Management ?
Je suis responsable des investissements solidaires chez BNP Paribas Asset Management. Concrètement, je gère une équipe qui elle-même gère les investissements solidaires du groupe.
Les investissements solidaires proviennent de l’épargne salariale. L’objectif est de les investir dans l’économie sociale et solidaire.
Cela correspond aux dispositions de la loi de 2014, c’est-à-dire les associations, les coopératives et les entreprises sociales en France mais aussi en Europe.
Notre rôle est de sourcer ces structures, de les analyser, de valider les investissements, puis de les accompagner, aussi bien sur le plan financier que stratégique, sur la mesure d’impact et sur la mise en relation au sein du groupe BNP Paribas afin de démultiplier leur impact.
Qu’est-ce qui distingue l’investissement solidaire de l’ISR ou de l’investissement à impact ?
L’investissement solidaire se distingue de l’ISR, qui s’applique principalement aux marchés cotés, ainsi que de l’impact investing, qui vise généralement des niveaux de performance financière plus élevés.
Il s’inscrit dans une approche plus engagée de la finance à impact, avec une forte intentionnalité sociale. Il finance notamment des projets liés à l’accès au logement, à l’insertion professionnelle ou encore au microcrédit, sur des modèles économiques avec parfois une rentabilité limitée mais à très fort impact social.
Comment se construit un investissement solidaire chez BNP Paribas Asset Management, de la sélection des projets jusqu’au financement ?
Nous partons de l’épargne salariale que nous devons orienter vers des structures de l’économie sociale et solidaire.
Nous identifions des associations, des coopératives ou des entreprises sociales en France et en Europe. Nous les analysons, puis nous validons les investissements.
Ensuite, nous les accompagnons dans la durée, à la fois sur le plan financier, stratégique et sur la mesure de leur impact. Nous travaillons également sur les mises en relation au sein du groupe BNP Paribas afin de renforcer leur développement et leur capacité d’action.
La finance n’est pas une fin en soi, mais un levier d’action sur des enjeux sociaux."
-Marie Dauvergne
Quels sont aujourd’hui les principaux profils d’investisseurs dans ces dispositifs, et qu’est-ce qui les motive le plus dans leur choix ?
Les investisseurs finaux sont des personnes physiques, des salariés qui investissent leur épargne salariale.
Ils recherchent avant tout un impact concret et proche de leurs réalités, sur des thématiques comme le handicap, le grand âge ou l’exclusion professionnelle.
En parallèle, il s’agit d’une épargne qu’ils souhaitent sécuriser, car elle est souvent destinée à des projets personnels comme l’acquisition d’une résidence principale.
L’enjeu est donc de proposer une solution à la fois sécurisée, lisible et porteuse de sens.
Quelle place occupe aujourd’hui l’investissement solidaire dans la stratégie globale de BNP Paribas Asset Management, et comment a-t-elle évolué ces dernières années ?
Les fonds sont en croissance, avec environ 14 % de progression sur l’année dernière.
Ils représentent aujourd’hui environ 270 millions d’euros, nous situant ainsi parmi les principaux acteurs du marché.
Cette dynamique s’inscrit dans une stratégie plus large portée par le Sustainability Centre de BNP Paribas Asset Management, qui renforce l’intégration des enjeux ESG dans l’ensemble des activités.
Pouvez-vous partager un exemple concret de projet soutenu qui illustre bien l’impact de vos investissements sur le terrain ?
Nous avons récemment investi dans Saprena, une entreprise adaptée qui emploie des personnes en situation de handicap et les accompagne dans leur insertion professionnelle.
Nous avons également soutenu des structures comme Phenix, qui récupère les invendus alimentaires des supermarchés pour les redistribuer à des associations, combinant impact social et environnemental.
Nous accompagnons aussi Acted, une ONG française intervenant dans des contextes de crise humanitaire, de développement ou de catastrophes naturelles.
Et aussi certaines structures qui proposent de l’activité physique adaptée en EHPAD afin de limiter les risques de chute.
Quels sont aujourd’hui les principaux freins au développement de la finance solidaire à plus grande échelle ?
Le premier frein est le soutien des politiques publiques, car ces modèles en dépendent en partie. Les contraintes budgétaires peuvent donc impacter leur développement.
Le deuxième frein concerne l’accès au financement. Les structures doivent atteindre un certain niveau de maturité avant d’être investissables, ce qui nécessite un accompagnement en amont.
Enfin, il existe un enjeu de visibilité, car ces dispositifs restent encore peu connus du grand public.
Votre parcours est marqué par des engagements forts, notamment autour des réfugiés et de la place des femmes en finance : en quoi cela influence-t-il aujourd’hui votre manière d’exercer votre métier ?
Ces expériences ont surtout renforcé une conviction : la finance n’est pas une fin en soi, mais un levier d’action sur des enjeux sociaux.
Mon engagement auprès des réfugiés m’a confrontée directement à des problématiques d’accès à l’emploi, au logement et à l’intégration. Cela me rend particulièrement attentive à la capacité des investissements à répondre à des situations de fragilité réelle.
Sur la place des femmes dans la finance, cela m’a également sensibilisée à l’importance de la représentation et de l’accès aux responsabilités.
Ces engagements nourrissent une approche très concrète du métier : chercher des solutions à impact mesurable, mais aussi humain.
Le fonds Social Business Impact
Le fonds Social Business Impact de BNP Paribas Asset Management affiche une croissance soutenue et un fonctionnement spécifique.
- 273 millions d’euros d’encours, en hausse de +14 % en 2025 et de +43 % depuis fin 2022 ;
- 32 participations dans des structures de l’économie sociale et solidaire ;
- Près de 290 000 épargnants, exclusivement des personnes physiques.
Le fonds fonctionne selon une architecture dite 85/15 :
- 5 à 15 % des encours sont investis dans des structures non cotées à fort impact social et environnemental (économie sociale et solidaire) ;
- Le reste, soit au moins 85 %, est investi en actions et obligations cotées sélectionnées selon des critères ESG.
Ces fonds sont alimentés par l’épargne salariale (participation et intéressement) des salariés.