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Entreprises

Industrie du futur : produire bien, produire moins, produire mieux

Cédric Sadler
©DR

A l’aube d’un nouveau chapitre politique et économique pour notre pays, il est urgent de donner à la France les moyens de redevenir une grande puissance industrielle. Le pays subit une désindustrialisation depuis le début des années 2000 avec une part de l’industrie manufacturière qui a chuté de 30 % dans le PIB national. Un phénomène qui a été accélérée par la crise sanitaire.

L’élection présidentielle a été l'occasion de placer la réindustrialisation de la France au centre des débats, et en faire ainsi un objectif commun des politiques publiques alors que depuis plusieurs années déjà, le concept d’usine du futur se développe, initiant ce que certains perçoivent comme la 4ème révolution industrielle. Arrivée il y a près d'une décennie, cette industrie 4.0 se doit d’allier innovation et intelligence.

Les enjeux d’une industrie plus responsable

L’un des enjeux majeurs de l'industrie 4.0 est de réussir à allier processus physique et transformation numérique dans le but de gagner en efficacité. Mais selon une enquête réalisée en 2021 par Forrester Consulting, seules 12 % des entreprises interrogées pensent avoir pleinement réussi leur transformation vers l’industrie 4.0, contre 57 % qui l’intègrent de façon progressive.

Et parmi les objectifs fixés par les entreprises pour répondre aux problématiques environnementales, on observe une volonté accrue de réduire de façon considérable leur consommation d’énergie et leur empreinte carbone. Comme le démontrent encore les récentes préconisations du GIEC, il est urgent de réduire l’impact de l’industrie sur l’environnement, un secteur qui reste aujourd’hui l’un des plus émetteurs en CO2. Certains chercheurs s’accordent ainsi à dire que les changements inhérents à l’industrie 4.0 pourraient réduire les émissions jusqu’à 15 % d’ici 2030.

Les déchets industriels représentent chaque année 35 millions de tonnes dans le monde.

Alors que nous faisons face aujourd’hui à une pénurie mondiale des matières premières, les changements de pratiques en termes d’achat et de production s’accentuent. L’industrie du câblage, par exemple, dont le cuivre est une des ressources principales, apporte une attention de plus en plus importante au choix des matériaux qui composent ses produits afin de les rendre plus robustes et moins nocifs pour l’environnement. Les fabricants et les distributeurs se tournent désormais davantage vers l’utilisation de câbles électriques sans halogène. En fin de vie, il est possible de les recycler car ils constituent une source riche en cuivre et en aluminium. A noter que les câbles sans halogène offrent des avantages bien spécifiques car ils n’émettent pas de gaz toxiques, ce qui limite ainsi leur impact sur l’environnement.

Des innovations au service de la durabilité

Pour atteindre les objectifs prometteurs qu’elle s’est fixés, l’industrie 4.0 mise sur une stratégie de développement innovante comme la généralisation, par exemple, de la maintenance prédictive. Grâce à une analyse fine des données, celle-ci permet d’anticiper des anomalies (pannes, dysfonctionnements) sur des machines avant qu'elles ne deviennent trop importantes ou que l’appareil ne soit plus réparable. Nous savons que les appareils et les machines endommagées représentent une grande partie des déchets industriels. Selon une étude du cabinet McKinsey, grâce à la maintenance prédictive, les entreprises pourraient économiser plus de 600 milliards de dollars d’ici 2025. Ce qui permet de concilier performance économique et limitation du gaspillage industriel.

Effondrement de la biodiversité, réchauffement climatique, dégradation de la couche d’ozone… autant de défis que les acteurs de l’industrie doivent relever et qui doivent également inclure l'optimisation du traitement des déchets. Selon France Environnement, les déchets industriels représentent chaque année 35 millions de tonnes dans le monde. Face à ce constat, les industriels et les startups accélèrent et développent des solutions innovantes en termes de gestion et de traitement des déchets. Nous pouvons citer par exemple la société SigrenEa, rachetée par Suez en 2016, qui commercialise un outil de gestion intelligente de la collecte des déchets ; ou encore l’entreprise Veolia qui teste depuis 2018 un robot-trieur intelligent conçu pour trier les emballages en plastique grâce à l’intelligence artificielle. Dans l’industrie du câblage, grâce à un transport interne optimisé appelé "milk runs", les trajets dédiés à la livraison des palettes de câbles et de marchandises sont fortement réduits. Ainsi, un seul camion collecte les marchandises de 2 à 6 fournisseurs, pour qu’elles soient envoyées de manière centralisée vers les centres de logistique. Les distances parcourues sont considérablement réduites, ce qui, à l’heure de la crise pétrolière, représente une économie d’essence mais aussi les émissions de CO2.

Avec l’avènement de l’industrie 5.0, dans laquelle le facteur humain est replacé au centre du processus de production, c’est l’occasion pour la France de redéfinir sa position en tant que puissance industrielle.

Pour une souveraineté industrielle européenne

Afin de pouvoir répondre aux défis extérieurs, il est important que l’Europe consolide son organisation. La France, comparée aux pays nordiques, notamment à l’Allemagne, n'a pas su forcément se distinguer concernant ses dépenses en recherche et développement (R&D), ce qui a pourtant été bénéfique pour ces derniers en termes de compétitivité. Ainsi, pour corriger ces faiblesses, la France s’est engagée en janvier 2022 dans un plan d’actions à trois volets qui s’apparente assez à une stratégie de résilience : l’inventaire des lacunes dans les chaînes de valeur européennes, l’identification des secteurs innovants pour une présence significative sur le marché mondial et le développement des capacités sur le sol national.

Dans un contexte où notre continent fait face à des crises historiques telles que la pandémie ou la guerre ukrainio-russe, il est important que l’indépendance stratégique de l’Europe soit mise au premier plan. Ces dernières années, nos limites en termes de capacité industrielle ont été mises en évidence (semi-conducteurs, matières premières…). Agir ensemble en établissant une politique industrielle européenne pourrait nous permettre de remédier à ces limites, en se concentrant notamment sur une réindustrialisation de nos sociétés.

L’industrie 4.0 témoigne de l’investissement des acteurs du secteur pour relever chaque jour les défis du réchauffement climatique. Ces trente dernières années, l’industrie manufacturière française a réduit de 50 % les émissions de carbone de ses usines, et ne représente plus que 18 % des émissions de gaz à effet de serre nationales.

Avec l’avènement de l’industrie 5.0, dans laquelle le facteur humain est replacé au centre du processus de production, c’est l’occasion pour la France de redéfinir sa position en tant que puissance industrielle. Face à des pays tels que la Chine qui, certes, produisent massivement mais au détriment des conditions de travail de ses ouvriers et en ces temps de crise et de conflits mondiaux, plus que jamais, la France a besoin de se concentrer sur sa réindustrialisation et sur la réouverture de ses usines. C’est en retrouvant notre indépendance que nous pourrons ainsi atteindre cette souveraineté.

par Cédric Sadler, Product Manager Cluster France / Benelux, LAPP FRANCE