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Quand l'entreprise s'intéresse à l'empreinte numérique de ses salariés

©Enzozo/Shutterstock

Quelle est, en France, l’empreinte environnementale liée à l’activité numérique d’un salarié dans une grande entreprise, privée ou publique ? Pour le savoir, il suffit de consulter l'étude WeGreenIT, réalisée par le Club Green IT et et WWF France et publiée le 11 octobre dernier.

La transition numérique est un accélérateur de transition écologique. Seul hic : là aussi nos pratiques polluent ! Afin de mieux cerner leur impact et envisager des habitudes numériques plus responsables, le WWF France s’est associé au Club Green IT pour quantifier l’empreinte numérique d’un salarié. Si ce travail fait suite aux deux premières éditions du Benchmark Green IT (2016 et 2017), cette première édition de l’étude WeGreenIT porte sur 24 grandes entreprises totalisant 775 000 utilisateurs, 3 millions d’équipements, et 55 000 m2 de salles informatiques.

Objectif ? "Partager l’expertise et les bonnes pratiques dans ce domaine avec des grandes entreprises françaises qui souhaitent s’inscrire dans cette transition" explique le WWF, pour qui un tel travail "permet de les aider à identifier les enjeux liés à l’empreinte environnementale de leurs systèmes d’information et leur niveau de maturité sur le sujet".

Principales sources d'impact

Aussi les observations obtenues sont-elles instructives, à commencer par les facteurs qui pèsent le plus sur l'empreinte numérique d'une organisation. En tête du classement, on trouve l'organisation spatiale et le taux d’équipement des employés (l'entreprise centralisée géographiquement avec des équipements partagés entre employés a moins d’impact), suivi par la durée de vie totale des équipements et le taux de réemploi interne et/ou externe, les volumes d’impression, la nature des flux du système d’information - notamment du papier (pâte vierge ou recyclée) et de l’électricité, et la capillarité du réseau informatique (directement liée à l’organisation spatiale et donc au secteur d’activité).

Parmi les principales sources d’impact, nous retiendrons la fabrication des équipements : l’environnement de travail des utilisateurs et le service informatique totalisent 44 % à 66 % des impacts. Contrairement aux idées reçues, les centres informatiques ne sont pas la principale source d’impacts et leur consommation électrique encore moins.

Désireux d'avoir quelques chiffres pour mesurer tout cela ? Les voilà : sur une année, les impacts environnementaux associés à l’empreinte numérique d’un utilisateur sont importants et représentent, au total :

  • 5 740 kWh d’énergie primaire ;
  • 800 kg de gaz à effet de serre ;
  • 14 000 litres d’eau ;
  • et 3 kg de déchets électroniques.

Pour une journée de travail (pour une durée de 8 heures par jour et 220 jours ouvrés), l'empreinte d’un salarié équivaut à :

  • 2 radiateurs de 600 Watts allumés pendant 8 heures ;
  • 29 kilomètres en voiture (6 380 kms / an) ;
  • 7 packs d’eau de 9 litres ou une douche (1 546 packs / an) ;
  • et 15 g de déchets électroniques (soit un smartphone tous les 10 jours).

Certains de ces chiffres ont empiré avec le temps (notamment le nombre de litres d'eau par an, de 5 300 litres en 2017 contre 14000 en 2018). D'autres, en revanche, se sont améliorés, telle la durée de vie des équipements : "alors que la durée de vie d’un ordinateur était en moyenne de 3 ans en 2007, elle est désormais comprise entre 4 et 6 ans en interne. Et peut même atteindre 10 au total avec le réemploi" souligne ainsi l'étude.

Un écart important selon l'implication des organisations

Le Club Green IT, dont l'ambition est d'accompagner les entreprises dans leur écologie digitale, souligne à quel point les organisations ne sont pas logées à la même enseigne selon leur prise de conscience des enjeux : "l'écart de maturité se traduit par une empreinte environnementale pouvant être jusqu’à 20 % plus faible" observent les auteurs de l'étude, soucieux de sensibiliser sur ces questions.

Pour eux d'ailleurs, les trois actions prioritaires sont les suivantes :

  1. Mise en place d'une véritable stratégie numérique responsable et industrialisation de la démarche ;
  2. Allongement de la durée de vie des équipements, notamment via le réemploi ;
  3. Conception des services numériques de façon plus responsable (au potentiel élevé, allant de 2 à 100 fois moins de ressources informatiques nécessaires, à tous les niveaux du système d’information)

La conception responsable des services numériques est un sujet neuf qu’un certain nombre d’entreprises ont découvert lors de l’étude. Il n’empêche que cette démarche propose un formidable levier à la fois pour réduire des impacts et pour créer de la valeur et que de nombreux outils sont déjà disponibles.

Des atouts à valoriser

Pour les auteurs de l'étude, les responsables produits en charge des services numériques doivent prendre le relais aujourd'hui : "il ne s’agit pas que de sauver la planète, mais aussi de rester compétitif. Un service numérique éco-conçu et accessible a bien plus de chance de rencontrer son public et de le fidéliser. Et il coûte moins cher au quotidien et est donc plus rentable"

Si vous souhaitez vous former aux enjeux du numérique responsable et orienter votre organisation en ce sens, n'hésitez donc pas à consulter ce lien sur le site du WWF.