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Entreprises

Emballages cadeaux : "on veut faire revivre des tissus vieillots, voués à la poubelle"

©Instagram/EtPuisColette

Offrir ses cadeaux en toute écoresponsabilité ? C'est l'idée portée par l'entreprise EtPuisColette, qui propose à ses clients des papiers cadeaux d'un genre insolite. 

Les fêtes ont un impact certain sur l'environnement... Et cela concerne même les papiers cadeaux qui jonchent le sol après les célébrations, et qui finissent bien souvent dans les décharges et les incinérateurs. Une nouvelle entreprise, EtPuisColette, propose de remédier à ce problème. ID s'est entretenu avec Camille Latinier, sa co-fondatrice. 

Pouvez-vous nous présenter votre entreprise ? 

Nous avons créé EtPuisColette en janvier. Nous proposons des carrés de tissus pour emballer les cadeaux sans produire de déchets, à partir de tissus de seconde main que nous chinons

Quelles sont les matières premières que vous utilisez ?

Nous utilisons simplement du tissu et du fil, que nous trouvons dans des vide-greniers, des magasins Emmaüs ou des brocantes. Il s'agit de vieux tissus, ou tout du moins, de tissus destinés à être jetés. Nous les achetons, nous les lavons, nous les découpons et nous les assemblons avec du fil de couture. 

Où les trouvez-vous ? 

Je suis personnellement basée à Saint-Brevin, et la seconde co-fondatrice de l'entreprise habite à côté de Nantes. Nous chinons à environ 20 km maximum autour de chez nous. Elle a un Emmaüs proche de chez elle, où elle va à vélo. De mon côté, je fais surtout des vide-greniers dans les villages alentours. Nous travaillons donc en circuit court

Une fois que ces carrés de tissus sont conçus, à quoi servent-ils ? 

Ils sont destinés à emballer des cadeaux : ils vont être noués autour du cadeau et former un papier cadeau. Vous pouvez ensuite choisir d'offrir le papier cadeau EtPuisColette, ou de le garder pour le réutiliser. 

Quel est le parti-pris esthétique adopté lors de la conception de vos produits ? 

Ce qui nous intéressait, c'était surtout de remettre au goût du jour des tissus connotés "vieillots", voués à finir à la poubelle. Nous les assemblons ensuite de façon un peu moderne. C'est un peu comme le prénom Colette : il est "vieillot" mais il revient un peu au goût du jour. Nous avons également une signature : un angle inversé. Il était important que l'on ne produise pas de nouvelle matière, en fabriquant des étiquettes par exemple. 

Chacun de vos carrés de tissu est-il unique ? 

Cela dépend, nous fabriquons plutôt des petites séries d'un ou deux carrés, en fonction de ce que l'on trouve. Par exemple, une taie d'oreiller va nous permettre de créer deux carrés, un traversin va nous permettre d'en créer 3, une housse de couette encore plus, mais jamais plus d'une dizaine. 

Comment vous-est venue cette idée ?

Je me suis inscrit dans une démarche zéro-déchet depuis plusieurs années, et j'emballais jusqu'ici mes cadeaux dans à peu près tout ce que je trouvais qui ne soit pas du papier-cadeau acheté exprès pour l'occasion : du papier recyclé, des journaux, des foulards, des torchons sérigraphiés, etc. Et puis, un jour, j'en ai eu assez que mes cadeaux ne soient pas aussi jolis que ce que j'aurais souhaité. Donc j'ai acheté du joli tissu et j'ai fabriqué des furoshikis, un art japonais consistant à emballer les cadeaux avec du tissu. Au Japon c'est comme cela que s'offrent les cadeaux depuis toujours. Je me suis lancée, pour ma famille d'abord, puis j'en ai parlé sur mon blog et sur instagram et cela a beaucoup plu aux gens. C'est ainsi que nous avons décidé de créer l'entreprise. 

Le coût de ces papiers-cadeaux est assez élevé, comment le justifiez-vous ? 

Cela se justifie par le temps de création que cela demande. Lorsque vous achetez un carré de tissu EtPuisColette, c'est avant tout le temps de travail que vous payez, le temps que l'on passe à chiner, à chercher des tissus, et le temps qu'on passe à assembler ces carrés : il y a un recto et un verso, il y a le triangle inversé, tous ces détails-là... Notre but n'est pas d'être accessibles à tout le monde, notre but est vraiment de faire un produit qui plaise et qui fasse plaisir. Nous encourageons vivement nos clients à utiliser tous les moyens en leur possession pour en fabriquer chez eux. Le carré de tissu EtPuisColette est vraiment un objet artisanal. Nous n'avons pas le choix, nous ne pourrions pas en vivre autrement. Nous n'en vivons d'ailleurs pas encore pour l'instant, mais nous savons que l'entreprise est économiquement viable et qu'il n'y a plus qu'à trouver des clients. Ce qui nous coûte le plus, c'est d'envoyer des colis à l'autre bout de la France. Cela est inclus dans le coût du carré, nous n'avons pas de frais de port. 

La livraison de vos colis par la Poste a cependant un certain impact environnemental...

Effectivement, c'est polluant, mais beaucoup moins qu'un emballage que l’on ne va utiliser qu’une seule une fois, qui aura nécessité beaucoup de ressources et d'énergie, de sa fabrication, à son transfert, et à sa fin de vie. Cet argument existe mais il est minime.

Connaissez-vous l'impact environnemental des papiers-cadeaux que l'on a l'habitude d'utiliser ? 

Je n'ai pas de chiffres exacts, mais ce que je sais, c'est que le papier cadeau est très rarement recyclable, à part le papier kraft. C'est une matière qui pollue beaucoup à la fabrication, mais également lorsque l'on s'en débarrasse, car il faut le brûler ou l'enterrer. Il faut ensuite le re-fabriquer chaque année. Et puis il ne faut pas oublier tout ce qui va avec : le scotch et les rubans sont encore moins recyclables. 

Y a-t-il beaucoup d'autres acteurs que vous sur ce marché ? 

Il y en a très peu : il y a des petits créateurs qui proposent cela parmi d'autres choses. Nous en avons trouvé deux qui arrivent à vivre de cette activité, mais pas exactement sur le même créneau que nous : les produits qu'ils proposent ne ressemblent pas du tout aux nôtres. Autrement, non, il n'y a pas vraiment d'autres acteurs. Et cela fait partie de nos objectifs : démocratiser cette pratique. Pas uniquement nos produits : nous voulons voir cette technique se répandre. 

Voici la chronique du Social Lab sur France Inter :