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Dossier climat

Pour lutter contre le changement climatique, ils misent sur leur épargne

eko pramono (Pixabay)

Pour participer directement à la transition écologique et énergétique, certains citoyens se tournent vers le financement de projets d'énergie renouvelable. Une manière d'avoir de l'impact grâce à l'épargne.

"Chacun peut faire sa part pour changer l'économie. Nous ne sommes pas impuissants." A 26 ans, le Drômois Manuel Chatain a déjà fait un bout de chemin en matière de finance durable. "J'ai commencé par changer de banque pour une autre, plus vertueuse", raconte-t-il. Puis le jeune homme explore une nouvelle voie : le financement de projets favorisant la transition énergétique, via une plateforme citoyenne, Energie partagée.

 

Fondée en 2010, celle-ci a pour objectif "d'associer citoyens et acteurs du territoires à la transition, pour que celle-ci se fasse dans de bonnes conditions", explique Marc Mossalgue, chargé de communication pour le mouvement. Contrairement au financement participatif – où les citoyens choisissent directement les projets à financer – les participants achètent des actions qui permettront ensuite d'avancer les fonds pour des projets d'énergie renouvelable [panneaux solaire, hydroélectricité, biomasse, éolien, méthanisation].

 

Investir "sur le long terme"

 

Ces projets sont choisis en fonction de critères précis : leur ancrage territorial, une gouvernance transparente et partagée, la dynamique locale, la réduction des impacts environnementaux et de la consommation d'énergie et le recours à l'investissement public et citoyen. La branche investissement d'Energie partagée se développe sur le même modèle que la foncière Terre de liens.

 

"J'ai connu le mouvement par le bouche-à-oreille", poursuit le jeune investisseur drômois. "Puis, en 2016, lorsque j'étais apprenti et que j'ai commencé à entrer dans la vie active, je me suis lancé." Le jeune homme investit pas à pas, "500 € au début". Désormais, son portefeuille s'élève à 3 500 €. "Ce n'est pas pour les récupérer rapidement ou faire du profit", précise-t-il, mais pour investir "sur le long terme".

 

Des motivations multiples

 

"Les motivations des investisseurs sont multiples mais la première est d'agir très concrètement pour la transition énergétique", appuie Marc Mossalgue. "Les citoyens prennent également conscience que leur argent peut soutenir des projets qui ne sont pas vertueux. Il y a une telle opacité dans le système bancaire, qu'ils sont de plus en plus nombreux à aller vers des investissements qualifiés de bon sens." Fondatrice de l'ONG Reclaim Finance, et lauréate du prix Goldmann pour l'environnement, Lucie Pinson l'explique dans une publication : "En investissant dans les énergies renouvelables citoyennes, vous retirez votre épargne de toute activité prédatrice et vous financez des projets citoyens bénéfiques."

 

A Energie partagée, les actionnaires investissent en moyenne 3 000 €. Leurs profils sont variés. "La plupart ont entre 50 et 70 ans mais les plus jeunes, à partir de 20 ans sont de plus en plus nombreux." Au total, depuis 10 ans, 6 700 actionnaires ont investi dans une centaine de projets pour 27 millions d'euros dans la transition énergétique. Cela représente 813 gigawattheures par an en termes d'électricité, "l'équivalent de 700 000 personnes couvertes en électricité hors chauffage et eau chaude", précise Marc Mossalgue.

 

Depuis 2017, les actions sont valorisées. De 100 €, elles ont augmenté progressivement à 102, puis à 104 pour atteindre 114 €. Elles ont atteint une rentabilité de 4 % par an. "Il était clair pour les fondateurs qu'il fallait passer par une rentabilité pour massifier cette transition énergétique et citoyenne. Sinon nous aurions rapidement plafonné avec les personnes convaincues. Nous devions aussi toucher les investisseurs et épargnants plus classiques pour les accompagner dans notre modèle de transition."

 

 

Le crowdfunding en plein boom

 

Au-delà des 4,9 millions d'euros investis par le mouvement citoyen Energie Partagée, 102 millions d'euros ont été collectés en France en 2020 par les plateformes de financement participatif * – aussi appelé crowdfunding – dédiées aux renouvelables, selon le Baromètre 2020 du financement participatif des énergies renouvelables. Cela représente 194 projets renouvelables, principalement du solaire (83%), du biogaz (6,5%), de l'éolien (4%). Signe de l'engouement, la croissance est comprise chaque année entre 50% et près de 100%. Les régions Occitanie, Nouvelle Aquitaine et Provence Alpes Côte d'Azur y sont particulièrement actives.

 

"Je cherchais ce qui était nouveau, ce qui s'inscrivait dans des projets durables, socialement justes", explique de son côté Karol Sachs, un investisseur qui s'intéresse depuis longtemps à la finance durable. Passé par le ministère de l'Environnement, la banque Crédit Coopératif, créateur et ancien président de la Fédération européenne des banques éthiques et alternatives, il explique être tombé dans le développement durable tout petit. Pour lui, le crowdfunding est plein d'avantages : une "incroyable facilité", des frais de gestion plus faibles, des économies de temps ou encore la possibilité de suivre le projet et son développement. En six ans, Karol Sachs explique avoir investi 24 000 € dans une cinquantaine de projets, avec parfois "des très petites sommes", dans une logique de diversification.

Les citoyens sont motivés par "la rentabilité proposée, la proximité géographique avec le projet, la transparence et le sens que l'on veut donner à son épargne", confirme Laure Verhaeghe, co-fondatrice de Lendosphère, une plateforme qui a vu le jour en 2014 à la suite d'un nouveau cadre réglementaire. "En tant que citoyen, on peut avoir un levier extrêmement efficace. Par ailleurs c'est un signal très fort à ces acteurs sur la nécessité et la volonté d'investir dans les énergies renouvelables."

 

"Les plateformes de financement participatif ont vraiment contribué, ces dernières années, à démocratiser le sujet des énergies renouvelables. C'est un vrai outil pédagogique pour impliquer les citoyens dans des projets du territoire", explique Florence de Maupeou, directrice de l'association Financement participatif France. "Cela favorise aussi l'acceptation de certains projets, notamment les projets éolien, et cela permet de désamorcer certains sujets lors des réunions d'information organisées durant la campagne de financement participatif." Certains projets, en raison de leur financement citoyens, "auront plus de légitimité", note-t-elle.

 

*Lendosphère, Lumo, Enerfip, Akuo Coop, Kiwaï, Lendopolis, Wiseed, etc.

 

 

 

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