Education/Citoyenneté

Au Royaume Uni, le "Swarming" bloque les automobilistes pour le climat

Des militants sur le Vauxhall bridge
Clive Lewis

Au Royaume Uni depuis plusieurs semaines, l'insurrection climatique lancée par des rebels d'XR (abréviation d'"Extinction Revolution") invite les citoyens à réfléchir sur le temps qu'il nous reste à agir pour changer la donne. Une approche de désobéissance civile légèrement identique aux gilets jaunes français sur la forme, mais avec d'autres objectifs en ligne de mire.

"Swarm", en anglais, qualifie "essaim", "nuée", ou le fait de "déferler" ou d'"affluer en masse". Le "Swarming", vu comme un mode de protestation et d'activisme, qualifie le fait d'utiliser ce type de mobilisation pour dénoncer l'inaction politique en matière de changement climatique ("global Warming") - et l'urgence de changer ("Warning").

Essaimer le message

Et depuis quelques jours donc, le "swarming" déferle avec des groupes d'une vingtaine d'activistes aux banderoles "Rebel for life" qui bloquent certaines artères du centre de Londres pour mettre à l'arrêt les automobilistes et les inciter à prendre quelques minutes de réflexion sur le monde qui vient. Le principe ? Couper la circulation pendant 7 minutes, la laisser reprendre pendant deux minutes, puis de nouveau entamer une coupure, etc.

Tweet Swarming

La chroniqueuse de Reporterre Corinne Morel Darleux revient dans cet article sur le mouvement qui porte ce mode d'action, Extinction Rebellion (XR), fruit d'une organisation qui s'enracine peu à peu Outre Manche avec une approche mûrement réfléchie :

Leurs actions ne visent pas à influencer l’orientation du gouvernement ou à lui demander d’agir : cela a déjà été fait et a largement échoué. Leurs actions visent à obtenir que la vérité scientifique sur les risques d’effondrement soit dite au grand public (l’idée selon laquelle des chiffres aussi alarmants devraient faire la « une » chaque jour revient souvent dans leurs propos), la mise en place d’une économie zéro carbone d’ici 2025, et que celle-ci soit placée sous le contrôle d’une assemblée de citoyens 

Chose intéressante : le mouvement ratisse large, en agrégeant des universitaires, des médias comme le Guardian, des scientifiques qui de plus en plus sortent de leur neutralité pour alerter le grand public.

Rendre l'inaction inacceptable

Dans cet article publié fin octobre par le Guardian, on saisit l'ampleur du mouvement : il agrège des personnalités qui jusqu'à maintenant n'étaient pas sorties des rangs. Des personnes réellement touchées par le risque d'effondrement et désireuses de tout faire pour rallier le maximum de citoyens à leur cause. Des citoyens qui n'étaient pas forcément militants ou engagés dans des ONG environnementales.

Alors qu'en France les campagnes de ralliement actuelles clament qu'"il est encore temps" ou qu'"on est prêt", les Anglais ont choisi de donner l'alarme avec le slogan "we don't have time" (nous n'avons pas le temps en français). Comme l'explique également Corinne Morel Darleux, XR a formé 500 personnes prêtes à aller en prison (Le Guardian revient aussi sur cet aspect dans cet article) - sans avoir peur d'y aller. Elle précise le mode opérationnel :

Cette mise en avant peut poser question, soit qu’elle semble exagérément sacrificielle (mais la présentation des enjeux, non exagérée, rappelle sa légitimité), trop empreinte de romantisme révolutionnaire, ou qu’elle apparaisse comme un luxe de privilégiés. Et c’est vrai : les mères célibataires, les réfugiés, les salariés les plus précaires ne peuvent pas se permettre une arrestation. Mais précisément : que celles et ceux qui le peuvent soient devant, en première ligne ! Et ne faisons pas non plus comme si c’était facile pour eux. Ce choix n’est jamais simple, pour personne. Il doit être fait de manière délibérée et planifiée. Or, préparée, l’opération l’est : dans tout le pays, que ce soit via des réunions physiques, des webinaires sur leur site ou des vidéos sur YouTube, des formations ont lieu depuis des semaines pour mettre en perspective les enjeux scientifiques et politiques du climat, aborder la question de l’effondrement et apprendre à vivre avec, s’organiser concrètement pour bloquer une route ou encore acquérir les rudiments en vue d’une arrestation. Et chacun peut trouver un rôle à sa mesure : des groupes affinitaires existent, des rôles de soutien et de communication moins exposés aussi.

L'appel de Londres, avec cette désobéissance civile, semble plus révolutionnaire que les actions menées actuellement en France. Une affaire à suivre, l'organisation ayant pour objectif de répliquer son organisation et son mode d'action un peu partout dans le monde...