Chronique

J'ai testé pour vous : la Communication NonViolente

©Gaëlle Coudert/ID

Mon amie Sandra se forme, depuis plusieurs années, à la Communication NonViolente. Elle a quitté il y a un an son job pour s'y consacrer pleinement et devenir formatrice. J’ai eu la chance de pouvoir profiter, en avant-première, de l’une de ses sessions de formation à la communication bienveillante (inspirée de la Communication NonViolente). L’occasion de toucher de plus près, pendant deux jours, à cette approche de résolution non violente des conflits. Chronique.

 "Qu’est-ce que je viens de faire ?" demande Sandra. À 7 participants, nous reconstituons la scène qu’elle vient de mimer en guise d’exercice. "Tu es rentrée dans la pièce, énervée. Puis tu as claqué la porte." "Tu as tapé des pieds." "Tu nous as regardés, un par un." "T’étais énervée contre nous !", ajoute Charlène. "Ah non, pas du tout, répond Agathe, c’était pas contre nous, elle avait l’air saoulée par autre chose !" Ce désaccord est parfait pour comprendre ce qui relève de l’observation et ce qui relève de l'interprétation, explique Sandra. Les raisons pour lesquelles elle était énervée lui appartiennent. On ne les connaît pas tant qu'on ne lui a pas demandé. Cela ne relève donc pas de l’observation, l'une des étapes du processus de CNV.

Cette première étape consiste à formuler les observations de la façon la plus neutre possible, sans opinion ou interprétation, là où souvent, elles peuvent être mélangées à des pensées, jugements ou interprétations. Suivront, après l’observation, les trois étapes suivantes : sentiment – qu’est-ce que je ressens ? - , besoin – quel est mon besoin ? -  puis demande de connexion ou d'action – serais-tu d’accord pour (…) ? L’objectif : améliorer ses relations quotidiennes personnelles ou professionnelles, avec nous-mêmes et avec les autres. Pour l'Américain Marshall Rosenberg, qui est à l’origine, dès les années 60, du concept de Communication NonViolente, le processus permet de revenir à notre état naturel de bienveillance et de construire ainsi des relations apaisées avec l’autre. Commencer par soi, pour, à terme, changer le monde. C’est cela, pour lui, la finalité de la CNV. En France, cette technique a commencé à être transmise, il y a quelques années, par Thomas d’Ansembourg.

Observation, sentiment, besoin et demande sont les quatre étapes du processus CNV.
©Gaëlle Coudert/ID

Cela parait simple au premier abord, mais ces deux jours de formation vont nous convaincre qu’il n’est pas si naturel de respecter les codes de cette communication bienveillante.

Jour 1 : comprendre ce qui se passe en nous

Après l’observation, l’objectif est de vraiment comprendre ce que l’on ressent pour permettre " de prendre la pleine responsabilité de ses sentiments et augmenter les chances de connexion avec l’autre", explique Sandra. Pour cela, il est important de différencier sentiments et évaluations masquées. Sandra propose un nouvel exercice. Nous avons tous quelque chose à mimer. J’ai tiré le mot  "agressé(e)" au sort. Je me cache les yeux, me protège, je recule... "Tu as peur !", "tu as honte ?". Oui, effectivement, mais ce n’est pas ce que je tente de mimer. Les propositions fusent, mais, rien à faire, personne ne trouve. Sandra propose de m’aider et intervient dans le mime. Elle mime l’agresseur. "Agressée !" Tout le monde comprend immédiatement.

Lorsque je me sens agressée, c’est en réalité une "évaluation masquée". Contrairement à la tristesse, la peur, la joie – des sentiments - que d’autres ont eu à mimer, lorsque je suis agressée, cela implique l’autre. "Je ne reste pas chez moi", explique Sandra. "Ce que je ressens, cela m’appartient. C’est ma petite boussole intérieure, un indicateur de ce qui se passe en moi." En clair, dépasser l'évaluation masquée permet d'identifier le sentiment qui se cache derrière - par exemple la colère ou la peur.

À partir de là, on peut tenter de déterminer son besoin : le besoin de reconnaissance, le besoin de sécurité, de respect, de clarté, d’amour, et bien d’autres encore. Des besoins fondamentaux que nous avons tous en commun.

Avant d'arriver à la dernière étape : essayer d'interagir avec son interlocuteur en se reliant au niveau de nos besoins respectifs plutôt qu'au niveau de stratégies qui peuvent être source de conflit, en se demandant : "qu'est-ce qui pourra nous rendre - à moi et à l'autre - la vie plus belle ?"

Jour 2 : comprendre ce qui se passe chez l’autre

Deuxième jour. L'objectif aujourd'hui est de comprendre ce qui se passe chez l’autre, en travaillant l’empathie, l’écoute bienveillante. Pour cela, on commence par un exercice sur ce que n’est pas l’empathie. Dramatiser, surenchérir, consoler, trouver une solution pour l’autre, interroger, questionner… On est tous surpris de voir que ce sont des réflexes que nous avons naturellement, mais qui ne sont pas très agréables pour l’interlocuteur. Moi, j’ai effectivement tendance, lorsque j’écoute l’autre, à l’interroger et à le questionner, ou bien à le couper pour parler de mon expérience - similaire à celle de mon interlocuteur certes. Oups.

On passe à la mise en pratique : par groupes de deux, chacun doit écouter l’autre sans rien dire pendant 2 minutes. C’est difficile, pour ma part, je dois réfréner mon envie d’intervenir, surtout d’acquiescer pour tenter de montrer à mon interlocutrice que je comprends ce qu’elle me dit et que je suis bien en train de l’écouter. C’est tout aussi difficile pour moi de parler non-stop pendant deux minutes de ce que je ressens en sachant que l’autre va m’écouter sans intervenir et sans jugement. Je me sens un peu à nu, ai-je partagé au groupe au moment du débrief. Et oui, ce n’est pas si facile de se connecter à ses émotions et de les partager…

Mais je comprends quels sont les bienfaits de cette forme d’écoute : laisser l’autre exprimer ses sentiments et besoins. "C’est agréable aussi d’écouter l’autre sans intervenir", conclut Félicie – qui, de son propre aveu est de nature un peu impatiente et a tendance à finir les phrases de l’autre, s’il ne parle pas assez vite. "Ça semble beaucoup plus juste comme forme de relation."

Pour aller un peu plus loin, Sandra sort ses petites marionnettes de chacal et de girafe, symbolisant deux facettes de notre mentalité qui modifient notre regard sur le monde et nos comportements. Le chacal est habité par la peur. Son intention est d’obtenir un résultat à tout prix. La girafe est habitée par la confiance. Son intention est la connexion à l’autre. On va expérimenter cela à travers un nouvel exemple. Agathe a pour mission de se mettre dans la peau d’un manager dans une entreprise et s’adresse au chacal et à la girafe : "Tu n’assures pas sur les dossiers, je ne peux pas te faire confiance !". Le chacal s’alarme : "quoi, mais t’as vu ce que tu fais toi ! Et puis tu ne m’aides jamais !", attisant la colère du manager. La girafe, elle, cherche à comprendre : "tu te sens inquiet ? Tu as besoin d’aide ?" Malgré elle, Agathe se calme : "oui effectivement, j’ai besoin de savoir que je peux te faire confiance."

On a un peu touché du doigt les bienfaits de la communication bienveillante, mais il y a encore beaucoup de choses à apprendre. La phase du dialogue par exemple. Pourquoi pas en septembre ? Malgré quelques réticences de certains au début de la formation, on est tous motivés pour continuer.

Sandra Leguyader, formatrice de communication bienveillante :

sandraleguyader@gmail.com