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Education/Citoyenneté

De la ville à la campagne : une Parisienne fait un tour de France à vélo à la rencontre des agriculteurs 

©Mercycle/Luana Rocchesani/EVER

Clémence fait actuellement étape à Laval avant de remonter toute la Bretagne. Entre deux rencontres au milieu des terres, elle nous a accordé quelques heures de discussion pour nous parler de son projet “Mercycle”. La jeune Parisienne a quitté la ville le 21 mars dernier pour se lancer dans un tour de France agricole : pour les six prochains mois, elle voyage à vélo à la rencontre des agriculteurs français afin de discuter transition écologique et agriculture de demain.  

Elle est partie le 21 mars 2019, depuis la capitale. Pour les six prochains mois, Clémence sillonnera l'Hexagone sur son vélo pour découvrir le terroir français en profondeur et ceux qui nous permettent de manger. "Mercycle, c'est un tour de France où je vais interroger des agriculteurs de tous types d'exploitation et de toutes régions confondues pour connaître leur vision de l'agriculture de demain".  

La jeune Parisienne de 26 ans, son diplôme d'ingénieur en agronomie en poche, s'est lancée dans ce projet fou pour "reconnecter la ville et la campagne". Elle se confronte au choc de ces deux mondes avec l'humble ambition d'engager un dialogue et de les réconcilier. Sans a priori ni stéréotype, elle questionne ses interlocuteurs sur leur vision de la transition écologique : "Dans les villes, je trouve que l'on est un peu déconnecté de la campagne, alors que ce sont deux mondes qui peuvent et doivent s'entendre. J'essaye de m'ouvrir au maximum, d'être objective en allant vers les gens et j'espère que ce sera la même chose de leur côté".  

Clémence a terminé ses études en octobre dernier. Très alerte sur les questions de l'environnement et de l'écologie, "depuis petite", le projet semblait se dessiner comme une évidence : "Je ne savais pas exactement vers quoi je voulais aller après mes études mais j'avais envie de le découvrir en allant sur le terrain, voir les agriculteurs". Le temps de mûrir l'idée du tour de France, le grand départ était annoncé ce 21 mars, jour du printemps. En toute humilité, Clémence espère "faire bouger les choses".

Dans les villes, je trouve que l'on est un peu déconnecté de la campagne, alors que ce sont deux mondes qui peuvent et doivent s'entendre."

Un dialogue informel pour apprendre et comprendre 

Actuellement, la jeune femme pédale vers la Bretagne du côté de Rennes. Mais pour elle, "c'est à la cool" et sans pression : "ça s'organise un peu au jour le jour, au fil des rencontres que je fais j'en ai d'autres qui s'enchaînent donc je n'ai pas vraiment de choses prévues à l'avance. Finalement ce n'est pas très organisé, mais ça donne quelque chose de super et j'arrive à mener mes interviews". Et justement, ses interviews s'enchaînent à un rythme effréné : pour l'heure, elle en comptabilise une quinzaine depuis son départ tandis que son ambition initiale était d'en faire 100 en six mois. Dans un éclat de rire, Clémence se félicite : "Si je continue à ce rythme-là, je crois que je vais en faire plus !". La jeune femme a déjà croisé sur sa route un céréalier, un éleveur de porcs, un éleveur laitier ou encore un maraîcher bio.   

Techniquement, la cycliste parisienne roule avec un vélo de réemploi, chiné à la Recyclerie de Massy. Elle transporte avec elle une trentaine de kilos de bagages, pédale toute la journée et se débrouille au jour le jour. Lorsqu'elle passe par les villes, elle dort chez des amis, de la famille ou chez l'habitant. Elle se débrouille çà et là pour trouver le gîte et le couvert et la plupart du temps, il n'y a pas à chercher bien loin mais simplement à poser ses bagages et son vélo chez les agriculteurs qu'elle a interrogés. "Bien sûr, si je suis vraiment en galère j'irai à l'hôtel, mais ce n'est pas le but", concède la jeune femme : pour l'instant, pas de galère à l'horizon et des rencontres qui l'ont hébergée bien volontiers.  

Clémence tient à la dimension informelle de ces rencontres : "Je prends beaucoup de temps pour me présenter et leur expliquer mon projet. Même si je les enregistre avec un micro, ça reste un échange, parfois on marche en discutant, l'autre jour j'ai fait une interview sur un tracteur !". Cet aspect lui tient à cœur, tant dans le sujet qu'elle aborde avec eux, que la confiance que ces agriculteurs lui accordent. "Parfois ils pensent que je suis journaliste ! Je leur fais alors bien comprendre que moi je veux simplement découvrir un maximum de systèmes agricoles et avoir leur avis sur la transition écologique. En fonction du feeling, on aborde aussi parfois des questions plus 'taboues' comme le glyphosate, les véganes, ou même les suicides".  

J'essaye de sensibiliser à ces questions environnementales avec humour. Mon but, c'est plutôt de faire évoluer le consommateur"

L'ambition de "faire évoluer les choses" 

Loin d'être une militante extrémiste, Clémence préfère plutôt "sensibiliser" et si possible "avec humour". Youtubeuse à ses heures, la jeune femme raconte son projet décalé sur sa chaîne. Mercycle, ce n'est pas tant son aventure personnelle que sa dimension écoresponsable, zéro déchet et "rien de neuf" : "Mon but n'est pas du tout de taper sur les agriculteurs (qui sont déjà bien gentils de m'ouvrir leurs portes), mais plutôt de faire évoluer le consommateur". 


L'objectif d'après sera de retranscrire, reclasser et recouper toutes ces interviews pour en faire "un livre ou peut être un reportage...", réfléchit Clémence. Entre deux coups de pédale, l'aventurière nous laisse sur ces derniers mots et file à son cours de cross fit, "à la cool" répète-t-elle. "Je profite d'être en ville pour y aller, ça me fait du bien". Dès le lendemain, elle fera un crochet chez un producteur de pain avant de quitter Laval pour se diriger vers Rennes, "où plusieurs rencontres sont prévues". Pour la suite du chemin, elle descendra vers "Nantes, La Rochelle, Angoulême, Bordeaux, Toulouse, Montauban", puis remontera "vers l'Aveyron par le Tarn, puis Lyon, la Bourgogne, l'Alsace-Lorraine" et terminera par "Verdun, Beauvais et enfin retour à Paris", décrit-elle grossièrement. Le reste de l'aventure est à suivre...