Les fortes chaleurs mettent les exploitations agricoles à rude épreuve. Bien que les pertes définitives ne pourront être évaluées qu'après les moissons, le ministère de l'Agriculture a déjà donné de premières estimations : 30 % de pertes pour le maïs sur tout le territoire, 50 % pour les jeunes pousses de carottes, 60 % pour le houblon.
À La Chapelle-sur-Erdre, près de Nantes, le maraîcher Thomas Ravard en a fait le constat au micro de France 3 : Sous l'effet des canicules successives, les fleurs de ses tomates ont brûlé avant de donner des fruits. "On n'aura pas de tomates [car] à plus de 35 degrés, les fleurs de tomate brûlent", déplore-t-il. Les concombres, haricots verts, poivrons et aubergines subissent le même sort et les dégâts ne s'arrêtent pas là : "Les pommes de terre ont cramé avant leur maturité. Par pied, je devrais ramasser 2 kilos, mais là, si j'arrive à en ramasser 500 grammes, ce sera déjà bien".
Sous serre, la situation est parfois encore plus dure. Audrey Chantepie, maraîchère, affirme sur franceinfo avoir enregistré près de 60 °C dans ses installations pour les tomates. En apparence intacte, elles sont en réalité brûlées : "Vous avez l'impression qu'elle n'a rien, sauf qu'elle est toute molle. Elle se craquelle toute seule. On peut même enlever la peau, alors qu'en temps normal, on ne peut pas enlever la peau comme ça", affirme-t-elle. Elles sont donc invendables. La maraîchère pourrait perdre jusqu'à la moitié de sa production, soit 150 000 euros.
Une demande qui explose avec la chaleur
Avec la chaleur, les consommateurs sont plus friands de fruits et légumes frais. Salades, tomates, concombres ou melons sont particulièrement recherchés lors des épisodes caniculaires. Le problème, cela risque de coûter beaucoup plus cher.
Ce déséquilibre entre une demande en hausse et une offre plus faible entraîne rapidement une augmentation des prix. Alors que la tomate grappe origine France, achetée en gros au marché de Rungis, s’échangeait à 1,20 euro le kilo mi-juin, elle a atteint 3 euros les 29 et 30 juin, avant de redescendre à 2,20 euro le 3 juillet. Le cours du concombre d'origine France a lui augmenté de 41 % la semaine du 20 juin selon les données publiées par FranceAgrimer et le Réseau des nouvelles des marchés (RNM).
Pour compenser une partie de leurs pertes, certains producteurs n'ont donc d'autre choix que d'augmenter leurs tarifs. Audrey Chantepie a expliqué à franceinfo qu'"en début de saison, les tomates rondes sont à 4,50 euros le kilo et les tomates anciennes à 6 euros le kilo. On les baisse à 5 euros en pleine saison pour les tomates anciennes et à 3 euros pour les tomates rondes. Et cette année, on ne baissera pas les prix parce que ça nous permettra un minimum de récupérer ce qu'on a perdu".
Des conséquences au-delà des fruits et légumes
Les cultures destinées à l'alimentation animale souffrent aussi. Comme le maïs, destiné à nourrir les bêtes, dont le cours s'est envolé. Avant la canicule, la tonne se vendait 203 euros contre 225 euros aujourd'hui. Cette hausse pourrait donc se répercuter sur le prix de la viande. "À ce stade, les éleveurs qui utilisent du maïs paieront le maïs plus cher. Donc, in fine, ça peut engendrer une hausse du coût de production pour les éleveurs. Pour l'heure, elle n'est pas répercutée sur le consommateur final", explique Arthur Portier, consultant spécialiste des matières premières agricoles, Argus Media à franceinfo. Cette hausse des prix de la viande se fera sûrement sentir en rayon d'ici à la fin de l’année.
À mesure que les épisodes de chaleur deviennent plus fréquents et plus intenses, leurs conséquences dépassent donc largement les champs. Elles affectent directement la production agricole, les revenus des exploitants… mais aussi le budget des consommateurs.