CHRONIQUE CONSO

L’huile de palme perd son avantage fiscal en France

©Rich Carey/Shutterstock

Dans la nuit du 18 au 19 décembre, les députés ont voté un sous-amendement mettant fin à l’avantage fiscal dont bénéficiait l’huile de palme, utilisée comme carburant. Une bataille gagnée dans la guerre contre cette culture qui ravage les forêts tropicales.  

L’huile de palme ne sert pas seulement à fabriquer de la pâte à tartiner ou des gâteaux industriels. Cette matière première qui contribue largement à la déforestation en Asie et en Afrique est principalement une source d’énergie. 75 % de l’huile de palme importée en France est utilisée comme carburant, mélangé à l’essence issue du pétrole. Jusque-là, l’huile de palme n’était pas pour autant soumise à la taxe générale sur les activités polluantes (TGAP). Le député des Yvelines, Bruno Millienne (MoDem) a mené une bataille législative pour mettre fin à cet avantage fiscal. Elle a été couronnée de succès dans la nuit du 18 au 19 décembre.

L’huile de palme ne sera plus un biocarburant

"Par l’adoption d’un amendement que je portais avec plus de soixante-dix collègues issus de la majorité et de l’opposition, déclare Bruno Millienne, et grâce à des voix venues de tous les bancs de l’hémicycle, l’huile de palme ne pourra dorénavant plus être considérée comme un biocarburant." La mesure sera effective à compter de 2021. Le prix de l’huile de palme va alors grimper de 30 à 40 %.

"Un gros coup dur pour Total qui comptait profiter de cette niche fiscale (un beau cadeau de 100 millions d’euros) pour approvisionner la raffinerie de la Mède dans les bouches-du-Rhône, avec plus de 550 000 tonnes d’huile de palme", déclarent les représentants de l’ONG Les Amis de la Terre. Total est en train de convertir cette raffinerie, en activité depuis 1935, au traitement des matières végétales. L’huile de palme devait être l’une de ses principales sources d’approvisionnement. Sa taxation menace l’équilibre économique du site. Et c’est pourquoi le gouvernement s’opposait à l’amendement voté la semaine dernière, soutenant Total, le projet de la Mède et les emplois qui y sont liés.

Prochaine bataille à Bruxelles

Chez Greenpeace, on se réjouit aussi de ce vote. "Malgré les ultimes tentatives du gouvernement pour sauvegarder les intérêts de Total, analyse Clément Sénéchal, chargé de campagne climat et forêts de l’ONG, les député-e-s ont fait le choix de la raison écologique. L’étau se resserre autour de la bioraffinerie de Total à la Mède. Les forêts tropicales ont déjà payé un trop lourd tribut à un produit industriel développé à coups de subventions publiques depuis plusieurs années."

La prochaine bataille contre les ravages de l’huile de palme se déroulera à Bruxelles. "Cette nouvelle envoie un signal fort à l’Europe et particulièrement à la Commission Européenne qui doit se prononcer en février sur l’utilisation d’huile de palme dans les carburants", souligne-t-on chez Les Amis de la Terre.