Le ministère équatorien de la Gestion des risques a émis une alerte rouge à l'échelle nationale en raison du phénomène climatique El Niño en cours.
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Climat

El Niño : pourquoi l’épisode actuel inquiète-t-il autant ?

Alors qu’un nouvel épisode El Niño s’intensifie dans le Pacifique, ses effets pourraient se faire sentir bien au-delà de l’Amérique du Sud. Sécheresses, pluies extrêmes, agriculture, températures mondiales : à quoi faut-il s’attendre ?

L’Équateur se prépare au pire. Face à l’intensification du phénomène, l’État a ordonné l'activation des comités d'opérations d'urgence, chargés notamment de coordonner les évacuations préventives et de protéger les populations dans les zones à risque. Selon les dernières estimations scientifiques, l’épisode actuel pourrait dépasser en intensité ceux de 1982, 1997 et 2015 d’ici la fin de l’année. Il pourrait également contribuer à des températures mondiales particulièrement élevées en 2027.

El Niño, qu’est-ce que c’est ?

El Niño est un phénomène climatique naturel qui se produit tous les deux à sept ans et dure généralement entre neuf et douze mois. Il se traduit par un réchauffement anormal des eaux de surface du centre et de l’est de l’océan Pacifique équatorial. Ce sont des pêcheurs d'Amérique du Sud qui lui ont donné le nom d'"El Niño", en référence à l'enfant Jésus, le phénomène atteignant généralement son pic aux alentours de Noël.

El Niño constitue en réalité l’une des deux phases extrêmes d’un phénomène climatique plus large appelé ENSO (El Niño Southern Oscillation). Son pendant, La Niña, produit l’effet inverse. Elle se caractérise par un refroidissement anormal des eaux de surface du Pacifique équatorial central et oriental et modifie, elle aussi, les régimes de précipitations dans de nombreuses régions du monde.

Entre ces deux phases, les températures de l’océan Pacifique équatorial se rapprochent de la normale : les climatologues parlent alors de phase neutre. La succession de ces épisodes n’est toutefois pas systématique. Un El Niño particulièrement intense n'entraîne pas nécessairement une La Niña d'une intensité comparable, et inversement.

Des conséquences sur les populations et les écosystèmes

L’Équateur a déjà été durement frappé par El Niño par le passé. L’épisode de 1997, l’un des plus violents qu’ait connu le pays, avait causé la mort de 300 personnes et en avait affecté 20 000 autres, selon les statistiques officielles. Les pertes économiques avaient alors dépassé les trois milliards de dollars.

Mais les effets d’El Niño ne se limitent pas à l’Équateur. Le phénomène peut également favoriser les sécheresses et les incendies en Amazonie, menaçant les populations qui y vivent, notamment les peuples autochtones, et fragilisant les écosystèmes. Plus largement, El Niño perturbe les conditions météorologiques dans de nombreuses régions du globe :

  • en Amérique du Sud et en Afrique orientale, il peut favoriser des pluies abondantes et des inondations dans certains pays ;
  • en Australie, en Asie du Sud-Est et en Afrique australe, il peut au contraire accentuer les sécheresses et le risque de feux de brousse ;
  • en Amérique du Nord, il peut également modifier les températures et les régimes de précipitations.

Au-delà de ses conséquences humaines et environnementales, El Niño peut aussi avoir un coût économique considérable. D’après les informations rapportées par l’Organisation météorologique mondiale, les pertes cumulées liées au phénomène pourraient atteindre jusqu’à 84 000 milliards de dollars au cours du XXIe siècle.

L’agriculture est notamment en première ligne. Dans les régions particulièrement exposées à l’ENSO, les sécheresses, les fortes pluies ou les inondations peuvent affecter les rendements agricoles et, par conséquent, la disponibilité de certains produits alimentaires. L'arrivée d'El Niño peut également accentuer temporairement la hausse des températures mondiales. Avec, à la clé, une augmentation des besoins en climatisation dans les régions touchées par les fortes chaleurs et donc une pression supplémentaire sur la demande énergétique.