Lundi 24 août, en quelques minutes à peine, une tornade d’une rare violence a ravagé une partie de Pomas, village d’un millier d’habitants situé dans l’Aude. Trente-neuf personnes ont été blessées, dont deux en urgence absolue, tandis que 300 des 476 habitations de la commune ont été touchées, selon l’AFP. Des lotissements ont été balayés, des toitures arrachées et certains bâtiments publics lourdement endommagés. "Il y a des gens qui ont tout perdu. Beaucoup de gens", témoignait le lendemain Hervé Giné, maire de la commune.
Malgré l’ampleur des destructions, aucun décès n’est à déplorer. Un bilan presque inespéré pour l’élu, qui estime que la commune aurait pu compter "20, 30 décès". Selon les premières estimations, la tornade aurait atteint une intensité EF2, voire EF3, un niveau rare en France.
Dans un été déjà marqué par des températures exceptionnellement élevées, le rapprochement avec le changement climatique paraît tentant. Mais contrairement aux canicules, aux sécheresses ou aux pluies extrêmes, le lien entre réchauffement et tornades est loin d’être aussi direct. À ce jour, les scientifiques ne disposent pas de preuves permettant d’affirmer que ces phénomènes deviennent plus fréquents en France.
Plusieurs ingrédients à réunir
Pour comprendre cette incertitude, il faut d’abord regarder comment naît une tornade. Celle-ci se forme sous un nuage orageux lorsque plusieurs conditions atmosphériques bien particulières se rencontrent.
Il faut d’abord suffisamment de chaleur et d’humidité pour alimenter un orage puissant. À cela doit s’ajouter un cisaillement des vents, c’est-à-dire des changements de vitesse ou de direction du vent avec l’altitude. Ce mécanisme favorise une rotation de l’air, ensuite redressée verticalement par les courants ascendants de l’orage. Les tornades les plus violentes sont généralement associées à des orages dits "supercellulaires", comme celui qui a touché Pomas, explique Flavio Pons, chercheur associé au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement, dans un entretien publié par Sud Ouest.
La chaleur constitue donc bien l’un des éléments du puzzle. Mais elle ne suffit pas. "Il est très difficile de répondre, parce qu’il y a plusieurs ingrédients qui sont requis simultanément pour former une tornade et que les changements climatiques en augmentent certains et pourraient en diminuer d’autres", souligne le chercheur.
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Des orages plus énergétiques
Le réchauffement climatique agit en revanche plus clairement sur l’environnement dans lequel se développent les orages. Plus l’air est chaud, plus il peut contenir de vapeur d’eau et fournir de l’énergie à certaines situations orageuses.
Dans le sud de la France, la Méditerranée joue également un rôle important. Fin août, sa température moyenne avoisinait 28 °C et dépassait localement les 30 °C, soit environ deux degrés de plus que la moyenne 1991-2020, selon Flavio Pons. Cette chaleur accumulée constitue un réservoir supplémentaire d’énergie et d’humidité à l’approche des perturbations.
C’est précisément l’une des particularités de l’épisode qui a précédé la tornade de Pomas. De l’air particulièrement chaud, humide et instable a rencontré une configuration des vents favorable à la rotation des orages. Tous les ingrédients étaient alors réunis pour produire un phénomène violent.
Cela ne signifie pas pour autant que chaque orage intense donnera naissance à une tornade. En revanche, le changement climatique peut renforcer certaines conditions propices aux orages sévères. Reste à savoir dans quelle mesure cette évolution affectera les tornades elles-mêmes. "Ce sont des sujets qui vont devoir être analysés dans le futur pour voir à quel point cette intensité orageuse qui augmente pourrait générer des tornades plus fortes", explique Guillaume Ferry, directeur des opérations de Predict Services, auprès de France 3 Occitanie.
Plus nombreuses ou mieux observées ?
Une autre difficulté complique l’analyse. Les tornades sont des phénomènes rares, extrêmement localisés et souvent très brefs. En France, quelques dizaines sont observées chaque année, d’intensité variable, selon Météo-France.
Surtout, les observations passées sont loin d’être exhaustives. Une tornade traversant une zone peu habitée il y a plusieurs décennies pouvait facilement passer inaperçue. Smartphones, réseaux sociaux et multiplication des témoignages permettent désormais d’en documenter beaucoup plus.
Ce biais d’observation rend les comparaisons dans le temps particulièrement délicates. Il est ainsi difficile de savoir si certaines évolutions traduisent une hausse réelle du nombre de tornades ou simplement une amélioration de leur recensement. Même aux États-Unis, où ces phénomènes sont beaucoup mieux documentés depuis les années 1950, les recherches mettent davantage en évidence des changements dans leur répartition géographique qu’une augmentation nette de leur nombre.
La tornade de Pomas ne peut donc pas être présentée comme une conséquence directe du changement climatique. Elle met toutefois en lumière une question appelée à prendre de l’importance. En réchauffant l’atmosphère et les mers, le dérèglement climatique modifie certains des ingrédients qui alimentent les orages les plus violents. Reste désormais à déterminer si cette nouvelle donne se traduira aussi, à terme, par davantage de tornades ou par des phénomènes plus intenses.