Près de Londres, une maison de retraite médicalisée cherche à rafraîchir ses résidents, affaiblis par une vague de chaleur exceptionnelle.
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Face à la canicule, la stratégie d'une maison de retraite anglaise pour protéger ses résidents

Ventilateurs dans les chambres, courants d'air et glaces à l'ombre dans le jardin : près de Londres, une maison de retraite médicalisée cherche par tous les moyens à rafraîchir ses résidents, affaiblis par une vague de chaleur exceptionnelle.

Kingsley Court, dans la ville de Hayes, à l'ouest de la capitale britannique, accueille 85 pensionnaires, dont au moins un centenaire, en majorité atteints de démence.

Alors que le mercure avoisinait les 36°C mercredi après-midi en Angleterre, en pleine vague de chaleur prévue pour durer jusqu'à la fin de la semaine, la plupart d'entre eux étaient réunis sous un large auvent dans le jardin, où ont été installés des plateaux de fruits, des boissons fraîches et même une petite piscine gonflable pour pêcher aux canards sur l'herbe.

Lucine Nazikian, 97 ans, prend l'air sur un fauteuil de jardin aux côtés d'autres résidentes. "Je n'aime pas cette chaleur, naturellement, mais on doit bien trouver des moyens de se protéger", constate-t-elle. Faute d'appétit, elle se limite à des repas légers, comme des sandwichs aux concombres, et s'autorise parfois à manger une glace pour se rafraîchir, "tout en restant raisonnable".

Personnel proactif

Installer les résidents dehors peut surprendre en pleine vague de chaleur, qui accable le Royaume-Uni et l'Europe occidentale depuis plusieurs jours. Mais selon Shiny Mathappan, responsable de l'établissement, l'air circule davantage à l'extérieur, les résidents restent alertes grâce aux interactions et le personnel peut ainsi veiller plus facilement sur eux.

Le bâtiment présente aussi l'avantage d'avoir été construit relativement récemment, en 2010, avec une attention particulière portée à la ventilation, dit-elle, alors que la plupart des maisons anglaises ont été bâties pour garder la chaleur lors des froids hivers.

"Les personnes âgées sont vulnérables à la chaleur, principalement parce que leur corps n'est plus capable de réguler la température", souligne la responsable.

La déshydratation "est un risque important car les plus âgés ne ressentent pas la soif (...) et lorsqu'ils sont atteints de démence, ils oublient de demander : c'est au personnel d'être proactif", ajoute-t-elle, insistant sur l'importance de la préparation des équipes à de tels épisodes.

"Nature en colère"

Charles Good, devenu centenaire au printemps, se repose dans un fauteuil de la salle commune, à côté du jardin, où tournent un ventilateur et une télévision en fond sonore.

"Ça fait trois jours maintenant et ça ne fait qu'empirer", soupire-t-il, disant se sentir plus fatigué qu'habituellement.

"Quand le soir arrive, l'air devient plus frais. Ça me redonne vie", ajoute cet ancien emballeur de journaux, qui au fil des décennies a vu les étés "devenir de plus en plus chauds".

"La nature est en colère contre nous car nous détruisons tout", juge Lucine Nazikian, visiblement contrariée. "Si nous ne faisons rien, ce sera trop tard. Ca m'angoisse car j'ai des enfants, et ça n'est pas normal".

Leçons de 2022

Une étude publiée en avril par la London School of Hygiene & Tropical Medicine (LSHTM) souligne que "l'augmentation du nombre et de l'intensité des vagues de chaleur ces dernières années a eu un impact considérable sur la santé des résidents" d'établissements pour personnes âgées.

Selon les chiffres officiels, quelque 334 400 personnes vivent dans de telles structures en Angleterre, qui peuvent être des maisons de retraite, des établissements médicalisés, ou les deux, comme Kingsley Court.

Lors de la vague de chaleur de juillet 2022, quand les températures ont dépassé pour la première fois les 40°C au Royaume-Uni, le nombre de décès a augmenté de 34,1 % dans les établissements médicalisés et de 13 % dans les maisons de retraite, selon l'Office national des statistiques (ONS).

Kingsley Court a tiré les leçons de cet épisode, installant des points d'hydratation avec eau et jus de fruits dans tout le bâtiment. L'établissement propose aussi à chaque résident d'avoir un ventilateur dans sa chambre, et met à disposition yaourts, glaces et smoothies rafraîchissants.

En l'absence d'air conditionné – solution coûteuse et peu répandue au Royaume-Uni – "davantage d'ombre autour des bâtiments, une ventilation nocturne sécurisée et l'utilisation de matériaux de construction réfléchissant la lumière du soleil" peuvent améliorer le confort des résidents, selon Shakoor Hajat, auteur de l'étude de la LSHTM.

Avec AFP.