Chronique

L’impact de l’intelligence artificielle : une question d’éthique

Sony a développé et commercialisé un chien-robot de compagnie en 2017.
©Philippe Clément/BELGA MAG

Le rapport Villani sur l’intelligence artificielle sorti en mars dernier a consacré un important volet sur la question de l’éthique dans le domaine de l’intelligence artificielle (IA). L’importance de l’éthique n’est pas à négliger dans un domaine comme l’IA compte tenu du développement rapide et massif de cette technologie.

L’intelligence artificielle étant vu comme un ensemble de théories et techniques développant des programmes informatiques complexes capables de simuler certains traits de l’intelligence humaine, implique nécessairement de se poser des questions sur sa régulation et sa portée.

Qu'est-ce que l'éthique ?

D’un autre côté, le manque de définition précise du mot "éthique", sujet à plusieurs usages, laisse place à une forme d’ambiguïté. Il est ici sujet de dépasser la question de la simple conduite des individus pour tenter de comprendre jusqu’où il est, ou non, souhaitable de voir se développer les algorithmes configurant l’intelligence artificielle de demain.

Les questions éthiques et sociétales que pose l’intelligence artificielle, relève indéniablement d’une transparence accrue des algorithmes sur l’innovation. L’intelligence augmentée pose donc une responsabilité éthique de transparence sur les recommandations et les usages de l’IA.

Néanmoins, ce n’est pas la valeur éthique seule de l’algorithme qu’il faut juger, mais aussi celle des données utilisées pour l’entrainement de l’IA, parfois à l’insu du programmeur.

L’idée est d’établir de façon claire et lucide des enjeux de l’IA. La question se posant est davantage de savoir comment exprimer l’éthique sur des sujets hautement complexes et évolutifs, à quel titre, selon quelles modalités ?

Les craintes les plus partagées sont évidemment la perte de contrôle humain, l’enfermement à travers l’uniformisation des recrutements par des algorithmes, ou encore la collecte disproportionnée de données personnelles. Ces questions, sont des interrogations éthiques, qui apparaissent comme permettant d’éclairer le droit. La norme éthique serait finalement vue comme une préfiguration de la norme juridique.

Rejet de l'inconnu

Au-delà même de l’éthique en tant que telle, il est possible d’analyser l’intelligence artificielle comme étant une technologie qui augmenterait la proportion des individus à ne fréquenter que des objets, des personnes, des opinions, des cultures conformes à leurs propres goûts et à rejeter l’inconnu.

L’ensemble des données collectées, le développement rapide et massif de l’intelligence artificielle tend à s’interroger sur le développement de l’IA et de ses limites. D’ailleurs l’observatoire société et consommation a publié une étude sur la perception et les usages de l’IA qui a montré que 24% des Français étaient réfractaires au développement de cette technologie.

L’exemple de l’IA "Norman", première IA "psychopathe" montre justement les limites d’une IA qui interférerait trop avec des perceptions qu’on lui inculquerait. En effet, Norman a été entraîné à la description d’images violentes, et ses réactions ont donc été influencées par les données inculquées.

L’intelligence artificielle est donc appréhendée de manière triviale. Il faut s’en méfier et connaître les limites à ne pas dépasser pour qu’elle ne s’immisce pas 24 heures sur 24 dans nos vies.

Me Arnaud TOUATI

Avocat Associé - Barreau de Paris et Luxembourg

et Sacha Gaillard

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