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Imago TV : une plateforme pour accéder à des contenus engagés

Capture d'écran d'Imago TV
©Imago TV

Imago TV, lancée en décembre 2018, est une plateforme de streaming vidéo qui propose une offre de contenus aux formats variés et produisant une réflexion sur les alternatives aux modèles dominants. 

Le pari était ambitieux : proposer des contenus engagés mais manquant de visibilité, tout en conciliant les attentes qu'ont les utilisateurs en accédant à une plateforme de streaming. ID a rencontré Nicolas, co-créateur de la plateforme présentée par les médias comme un "Netflix de la transition". 

Pouvez-vous nous présenter la plateforme Imago TV ?

Imago TV est avant tout une plateforme vidéo permettant d’accéder facilement à des contenus engagés dans la transition. C’est-à-dire que ces contenus suivent deux aspects principaux : certains proposent une analyse critique des modèles en place, ce que l’on appelle communément les modèles dominants, et d’autres mettent en lumière des modèles alternatifs à ces modèles dominants.

Quels sont les résultats à ce jour ? 

La plateforme a été lancée le 18 décembre et le démarrage a été très rapide, principalement sur la base des deux ou trois premiers articles qui ont eu énormément de partages : plusieurs centaines voire plusieurs milliers pour certains. Nous sommes déjà à plus de 120 000 visiteurs, dont 100 000 visiteurs uniques. Ce succès peut aussi s’observer avec le nombre d’inscrits. Il n’y a pas besoin d’être inscrit pour regarder les contenus. S'inscrire permet de recevoir la newsletter et, à terme, d’accéder aux fonctionnalités coopératives. Or, nous comptons d’ores et déjà 2700 inscrits, ce qui est bien plus que ce que nous imaginions. Et nous recevons en moyenne quinze ou vingt mails par jour, ce qui nous dépasse un peu.

Il y a une nécessité de mettre en lumière des contenus sur la transition et sur des alternatives concrètes.

De quel constat êtes-vous partis pour lancer cette plateforme ? 

Le constat est double. Il y a d’abord une nécessité de mettre en lumière des contenus sur la transition et sur des alternatives concrètes. L’idée a germé à la croisée de mes activités professionnelles, qui consistaient à travailler dans le streaming vidéo pour les grands médias. En parallèle, avec Felipe, le co-créateur de la plateforme, nous travaillions sur un web-magazine sur internet qui s’appelle "Les gens qui sèment". Nous nous sommes rendu compte que nous-mêmes, en tant que créateurs, avions beaucoup de mal à accéder à un certain public. Pourtant, après avoir participé au salon Alternatiba il y a un an et demi, nous avions fait le constat inverse : le public, lui, avait beaucoup de mal à accéder à ce type d’information et ce type de contenu vidéo sur la transition. Nous nous sommes dit qu’il y avait probablement quelque chose à faire pour mettre en relation les créateurs et les spectateurs et que la solution tenait peut-être dans ce en quoi consistaient mes activités professionnelles, à savoir la création d’une plateforme vidéo de streaming.

Vous dites, et c’est la promesse de cette plateforme, que les droits des auteurs sont respectés. Comment vous en assurez-vous ?

Tout d’abord, pour la plupart des contenus - je pense aux émissions, aux web-séries, aux court-métrages, aux podcasts, à la musique - la réponse est simple : nous ne faisons pas d’hébergement des contenus. La plateforme est une plateforme fédératrice de contenus, c’est-à-dire que nous agrégeons des contenus aux formats variés autour d’une ligne éditoriale. Ce faisant, les contenus sont mis en ligne sur la plateforme via des dispositifs, ce que l’on appelle les embed ou les iframe, ce qui veut dire que les créateurs de contenus ont signé un contrat avec les plateformes d’hébergement. Dès lors que nous utilisons ces dispositifs, nous avons la possibilité de relayer une information ou une vidéo.

Hébergez-vous des vidéos en natif ?

Pour l’instant non. Nous aurions pu en intégrer à la manière de nombreux articles qui sont accompagnés de vidéos sans que l'autorisation de leurs créateurs n'ait été demandée. Mais nous sommes entrés en discussion avec la quasi-totalité d'entre eux avant d'utiliser les outils d'embed ou d'iframe (des outils pouvant être utilisés pour insérer du contenu issu d'une source externe sur une page web, NDLR). Nous leur avons présenté le projet en amont, il y a un an ou un an et demi pour certains.

Donc leur rémunération et leurs droits d’auteurs sont définis par la plateforme qui héberge en natif ces contenus et qui acceptent de l’embed ou de l’iframe en externe ?

Oui. La rémunération peut être de deux types pour les créateurs de contenus. Le premier type est la publicité, mais dans ce milieu-là la plupart des créateurs n’en mettent pas sur leurs vidéos. Quand on a peu d’audience la publicité n’a pas beaucoup d’intérêt puisque les sommes générées sont vraiment minimes. Par contre, la plupart des vidéastes vivent de leurs financements participatifs, via plusieurs dispositifs comme Youtube ou Tipeee pour les plus connus. Les plateformes d’hébergement mettent relativement mal en avant ces plateformes et c’est ce que nous cherchons à faire sur Imago TV. Le pari c’est de fédérer un public plus large que ce qu’un vidéaste indépendant peut avoir, de manière à ce que l’audience de leurs financements participatifs augmente. C’est ce qui explique un peu notre modèle économique : l’information est libre d’accès, il n’y a pas d’inscription et il n’y a pas de publicité.

L’objectif d’un offre comme celle-ci est-elle de toucher à un public un peu plus large que les personnes qui sont déjà en attente de contenus sur la transition ?

Tout à fait, cela décrit bien la genèse du projet. Nous pensions initialement que ce projet pouvait et devait intéresser principalement ceux que je qualifie de militants de la première heure, des gens qui sont d’ores et déjà très investis sur tel ou tel type de sujet, qu’il s’agisse de la protection animale, des monnaies libres, des questions démocratiques, toutes ces questions autour de la transition. Mais ce que nous nous sommes dit rapidement en pensant au projet, c’est qu’il y avait probablement beaucoup de militants potentiels qui s’ignoraient ou tout du moins des gens du grand public très intéressés par tous ces contenus. Nous avons voulu rendre la plateforme le plus accessible possible au plus grand nombre, en répondant le mieux possible aux attentes des utilisateurs habitués aux plateformes traditionnelles.

Je pense que c’est ce qui explique le fait que beaucoup d’articles sur notre plateforme aient titré autour d’un "Netflix citoyen" ou plutôt un "Netflix" de la transition. Effectivement, d’un point de vue graphique et ergonomique, la plateforme ressemble bien plus aux plateformes de streaming vidéo auxquelles les utilisateurs sont habitués, avec des contenus de divertissement, qu’elle ne ressemble aux plateformes plutôt austères du monde de la transition ou aux plateformes d’hébergement un peu techniques. 

Quelle est la vidéo qui a le mieux marché pour l’instant ?

Le projet est intimement lié au monde des libristes, les militants de l’Internet libre, et nous sommes très vigilants à la protection des données. C’est pourquoi nous nous sommes interdit d’avoir un monitoring qui soit trop précis ou trop intrusif, nous n’utilisons pas d’outils comme Google Analytics par exemple. Donc je ne peux pas vous dire actuellement quelles sont les vidéos qui marchent le mieux. Nous avons pu observer par contre, et cela nous a étonné car nous n’avions pas eu l’idée d’en mettre au départ, que les court-métrages et les documentaires fonctionnaient très bien alors que nous nous attendions plutôt à ce que ce soit les web-séries et les émissions qui aient le plus d’audience.

Je pense qu’il ne faut pas hésiter à aller se perdre sur la plateforme.

Et vous, à titre personnel, quel est votre coup de cœur ?

De manière générale, la plateforme est conçue pour ne pas décevoir les utilisateurs. C’est la raison pour laquelle nous avons une ligne éditoriale très précise et que nous sommes assez vigilants sur la qualité du fond et de la forme des contenus. Je pense qu’il ne faut pas hésiter à aller se perdre sur la plateforme. Ceci dit j’aime en mentionner quelques-uns. En particulier des court-métrages : je pense à "La Rapiette" et à "La valse mécanique" par exemple. Concernant les émissions, le réalisateur Simon Puech fait des montages extrêmement travaillés, qui ressemblent à des poèmes visuels et qui poussent à la réflexion : sa web-série s’appelle "Chrono". Je pense aussi à la petite web-série suisse "En vert est contre tout", de Leïla Roelli : ce sont de très courtes vidéos qui fourmillent d’informations sur des sujets d’écologie et qui sont très intéressantes à suivre.  

Une interview réalisée en partenariat avec France Inter. Pour écouter la chronique Social Lab :