Le chiffre

Dans certains pays, enquêter sur les droits des femmes peut coûter la vie

Des journalistes mexicains protestent après l'assassinat de Miroslava Breach, le 25 mars 2017.
Daniel Cardenas/ANADOLU AGENCY

En marge de la journée internationale des droits des femmes, Reporters sans frontières alerte sur les exactions commises envers les journalistes qui enquêtent sur la condition féminine à travers le monde.

Dans certaines régions du monde, il ne fait pas bon être reporter lorsque l'on veut traiter la question des droits des femmes. Dans un rapport publié lundi 5 mars, Reporters sans frontières dévoile l'ampleur des exactions commises à l'encontre de journalistes répartis dans une vingtaine de pays "en raison d'enquêtes ou de reportages sur la condition des femmes". Résultat : entre 2016 et 2017 plus de 60 cas de violation des droits des journalistes ont été recensés par l'ONG, un chiffre "sans aucun doute bien en-deçà de la réalité en raison de la peur et de la résignation de certains au point de ne pas communiquer". Depuis 2012, ce sont "90 cas graves" qui ont été comptés.

Dans le détail, le cyberharcèlement représente "l'exaction la plus fréquente subie par les journalistes traitant de la cause féminine", avec 43% des actes répertoriés. Une situation symbolisée en France par l'affaire de la journaliste d'Europe 1 Nadia Daam, qui a été victime en novembre dernier d'une campagne de cyberviolence "pour avoir dénoncé le sabotage du numéro de téléphone anti-relous, destiné à aider les femmes victimes de harcèlement". Viennent ensuite les cas d'agressions (28 %) et d'emprisonnements (13,4%).

Mais enquêter sur condition féminine peut aussi, dans certains cas, entraîner la mort. Sur la période prise en compte, onze reporters ont été assassinés en raison des sujets traités. RSF cite les exemples de la journaliste indienne Gauri Lankesh, tuée le 5 décembre dans le sud de l'Inde, de la Mexicaine Miroslava Breach, qui a notamment couvert les féminicides de Ciudad Juarez ou encore de l'Irakienne Nawras Al-Nuaimi. Des "assassinats commis en toute impunité", dénonce l'ONG.

Parmi les coupables de cette violence, RSF pointe notamment la responsabilité de groupes religieux, de "pro-life", principalement aux Etats-Unis, d'organisations criminelles mais aussi de régimes autoritaires. En fin de rapport, l'ONG formule un ensemble de recommandations pour lutter contre ce phénomène, à l'adresse des rédactions, des journalistes ou encore des Etats et des institutions des Nations unies.