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Comment devenir un internaute responsable avec Lilo

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Le 3 septembre dernier, le moteur de recherche éthique Lilo a annoncé avoir fait don de plus d'un million d'euros à des associations depuis sa création en février 2015. Rencontre avec Clément Le Bras, co-fondateur de Lilo.

Après plus de trois ans d'existence, quel est le bilan de Lilo ?

Le bilan est assez positif même si beaucoup de défis nous attendent encore. Nous venons de passer la barre des un millions d'euros reversés à plus de 145 associations. On se rend compte qu'il y a une vraie demande des internautes pour un internet plus éthique.

Quel est le rapport des internautes au développement durable ?

De façon générale, les enjeux environnementaux et sociaux sont aujourd'hui énormes et les internautes se sont saisis de ces thématiques. Sur Internet se pose la question de l'argent généré par sa navigation ou celle des données. Aujourd'hui tout est vraiment opaque, on ne sait pas qui fait quoi. Notre vision c'est de transformer Internet pour le mettre au service de l'Homme et de l'environnement et non l'inverse.

Comment comptez-vous atteindre cet objectif ?

Très concrètement, nous avons développé plusieurs services qui vont dans ce sens. Le plus important aujourd'hui c'est notre moteur de recherche lilo.org. Il va permettre aux internautes de gagner une goutte d'eau à chaque recherche. Son fonctionnement est le même qu'un moteur de recherche classique comme Google, on ne change pas les habitudes. Ce qui fait toute la différence c'est que l'on va reverser la moitié de notre chiffre d'affaires aux différents projets sociaux et environnementaux que vous allez pouvoir choisir en tant qu'internaute.

Comment est généré votre chiffre d'affaires justement ?

Il provient des liens commerciaux situés en haut de page lorsque vous effectuez une recherche. Nous parlions de transparence tout à l'heure mais aujourd'hui beaucoup ignorent que ce genre de système génère de grosses quantités d'argent. Rien qu'en France c'est plusieurs milliards d'euros par an. Notre souhait est donc de permettre à l'internaute de reprendre le pouvoir sur une partie de cet argent pour le rediriger vers des associations ou des projets qu'il peut choisir.

Que répondez-vous aux utilisateurs qui craignent de ne pas avoir un moteur de recherche assez performant ?

C'est effectivement un des freins principaux au changement de moteur de recherche. Ce que je peux leur répondre c'est déjà que l'on compte plus de 700 000 utilisateurs quotidiens en France. Ce qui montre bien que nos résultats sont tout à fait pertinents. De plus, quand on change de moteur de recherche après plus de dix ans d'utilisation, certaines habitudes sont ancrées en nous mais il suffit de s'habituer à un autre moteur. La pertinence des moteurs de recherche est globalement la même.

Comment fonctionne l'algorithme de Lilo ?

Si nos résultats de recherche sont pertinents à plus de 95 %, c'est parce que nous utilisons un métamoteur. Elle consiste à puiser des informations en utilisant les algorithmes d'autres moteurs de recherche comme Bing, Google ou encore Yahoo. Nous possédons d'ailleurs un onglet qui permet de comparer nos résultats avec ceux de Google. On s'aperçoit que les utilisateurs font beaucoup de comparaisons au début mais que petit à petit la crainte de ne pas trouver les bons résultats disparaît.

Que faudrait-il pour que les moteurs de recherche durables comme le vôtre ou Ecosia soient utilisés par le plus grand nombre ?

C'est vrai que même si nous comptons 700 000 utilisateurs, ça ne représente qu'entre 0,5 % et 1 % de part de marché, tandis que Google reste ultra-dominant. Il faut déjà une prise de conscience des internautes qu'il existe d'autres moteurs de recherche. Les partenariats avec d'autres entreprises jouent un rôle. Les institutions publiques doivent également s'emparer de ce sujet, ce qui commence à être le cas. Mais selon nous l'internet éthique ne doit pas limiter qu'au moteur de recherche. Aujourd'hui nous avons une cinquantaine de partenaires qui proposent des produits sur le module Lilo achat. ce dernier vous permet de reverser gratuitement le montant d'une partie de votre achat à une association. Nous avons par exemple un partenariat avec la SNCF qui vous permet de reverser une partie du prix de votre billet à une association si vous utilisez Lilo. Nous sommes convaincus que le changement d'échelle viendra de ces différents outils. Nous espérons parvenir à avoir 6 % ou 7 % de part de marché en ayant des parts plus importantes sur d'autres outils et en créant de l'innovation. C'est-à-dire que nous n'essayons pas simplement de faire du "Google social". Notre but c'est de faire de l'innovation et de créer du lien entre nos utilisateurs et des projets. Dans ce but nous travaillons beaucoup avec les associations sur des sujets comme les mesures d'impact qui peuvent provoquer un changement d'échelle.

Avez-vous des attentes vis-à-vis du secteur public ?

Bien sûr, nous avons des attentes et nous commençons déjà à travailler avec des collectivités et des écoles qui nous contactent. Nous sentons une véritable envie du secteur public sur ces sujets et c'est évident qu'il a sa carte à jouer.  Nous avons des attentes mais nous ne nous reposons pas sur ça. Il y a beaucoup de débat pour savoir si c'est la secteur public, privé ou la société civile qui doivent faire plus pour l'environnement. Pour nous c'est tout ça en même temps et le changement d'échelle ne pourra avoir lieu que si tous ces acteurs se coordonnent.

Une interview réalisée en partenariat avec France Inter.