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Social

Une "formation" pour apprendre à aller vers les SDF

©SrdjanRandjelovic/Shutterstock

Penser à sourire, se mettre à hauteur des yeux ou ne pas penser à leur place : une "formation" a réuni mardi soir des Parisiens venus apprendre à fendre l'isolement de ceux qui dorment à la rue, dont des milliers sur les trottoirs de la capitale.

"Ce soir, vous n'allez pas devenir des super-héros du social", prévient à la vingtaine de participants Pauline, l'une des animatrices de cette "Form'action" dispensée par l'association La Cloche. A ses côtés, Gilles, 56 ans dont plusieurs à la rue, et J.S., 40 ans, qui vit dans le bois de Vincennes.

"Mais nous voulons vous donner envie de sourire, d'aller vers l'autre", ajoute-t-elle. De fendre l'isolement dont disent souffrir 83 % des SDF, selon une étude d'Emmaüs. Par petits groupes, les participants testent d'abord leurs connaissances. Combien de SDF en France ? Les réponses vont de 100 000 à 1 million. En fait, 143 000, selon une enquête de l'Insee déjà vieille de 7 ans. "Et le chiffre a augmenté de 50 % entre 2001 et 2012", précise J.S. On apprendra aussi que 21 % des SDF souffrent d'addiction à l'alcool, contre ... 19 % de la population globale. "C'est juste qu'une personne avec une bière sur un banc, vous la voyez. Celui qui boit son Petrus chez lui... ", sourit Gilles. Et que 30 % d'entre eux souffrent de troubles psychiatriques, selon les données de l'hôpital parisien Sainte-Anne.

A l'aide de petites mises en scène, la discussion s'ouvre ensuite sur les choses à faire et à ne pas faire. Dans l'une d'elle, un homme vient proposer son aide à une femme en train de ranger ses affaires. Sans méchanceté apparente, mais en se rapprochant beaucoup. "C'est un peu intrusif ?" tente Léo, 28 ans. "Ranger ses affaires, c'est un moment très important", approuvent les formateurs. "Dans le sac d'une personne à la rue, il y a ses papiers, ses affaires... Tout. C'est comme si quelqu'un entrait sans frapper dans votre chambre et s'asseyait sur votre lit. Dans la rue, on ne peut pas vraiment toquer, mais l'idée c'est au moins de dire bonjour avant tout". Et si la personne ne répond pas ? "Il ne faut pas insister. Si tu ne la sens pas, passe ton chemin. Une autre personne un peu plus loin aura peut-être besoin d'aide", disent Gilles et J.S, depuis plusieurs années "ambassadeurs" de La Cloche et, selon leurs mots, "haut-parleurs de la rue".

Dans la scène suivante, un passant dépose un sandwich aux pieds de quelqu'un recroquevillé. Oui ou non ? "Moi je prends tout", acquiesce J.S. "Mais il y a des gens qui sont allergiques aux tomates, ou qui ne mangent pas de jambon... Si vous allez faire des courses, demandez tout simplement à la personne si elle a besoin de quelque chose".

Parler, ça suffit

"Vous voyez quelqu'un recroquevillé dans la rue, quel numéro d'urgence composez-vous ?", demande Gilles. Pour les uns ce sera le 112, les autres le 15. "Aucun !", répond-il. "Vous allez demander à la personne comment elle va et si elle a besoin d'aide ! Elle dort peut-être, et n'a pas du tout envie d'être réveillée". "Aller parler, ça suffit souvent", conseille J.S. "Echanger, discuter, c'est la base. C'est la vie. Dans la rue, il y a des gens qui font la manche juste pour espérer un peu de lien social". "Mais je ne sais pas comment aborder quelqu'un. Je ne sais pas dire 'ça va ?', je me sens déplacée", lance une femme. "La première chose à faire", répond Gilles, "c'est un sourire". "Vous pouvez demander un service aussi, pour casser la glace", ajoute Pauline, "demander votre chemin par exemple".

Des conseils de bon sens, que Vincent, 26 ans, apprécie, lui qui est venu chercher quelques clefs pour agir, être plus à l'aise.

Aristide Boukaré, 30 ans, repart lui avec des idées pour faire venir les gens aux repas qu'il organise avec une paroisse. "Déjà, il ne faut pas leur forcer la main".

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Avec AFP.